RÈGNE DE JUAN II. — PROSE
gueur satirique, même saveur populaire dans la façon de dire. Si « l'inlensité de la conception poétique, la force créatrice de personnages et de scènes, la continuelle invention d'heureux détails, l'amplitude du cadre et la variété et complexité d'éléments ou de thèmes littéraires est beaucoup plus grande dans Ruiz ' », la prose si castiza de Martinez, délivrée des entraves du mètre, se donne iibi'e carrière et, au risque de paraître diffuse et redondante, étale avec une abondance inconnue toutes les ressources de la langue, toute la variété pittoresque du vocabulaire populaire, tous les modismes, proverbes et refranes des faubourgs de Salamanque ou des campagnes tolédanes. On a rapproché souvent (et le rapprochement s'olire de luimême) le Corbacho de la Celestina. Nul doute que cette dernière ne doive beaucoup au premier, Jion seulement dans le fond, mais aussi dans la forme. Bien des emprunts de détail ont été signalés. Il n'y a entre ces deux œuvivs maitresses que la différence qui existe entre des croquis d'un artiste richement doué dont quelques-uns seulement sont poussés ou achevés, et un tableau définitif, où tout a été habilement disposé et rais en place. Le Corbacho a complètement relégué dans l'ombre les autres écrits d'AlfonsD Martinez, VAtalaya de las Crônicas (1443), compilation historique sans grande originalité qui résume l'histoire d'Espagne, depuis Walia jusqu'à Juan I" inclusivement, et les Vies de Saint Isidore et de Saint lldefonso il444;.
12. La pbilosopliie morale est encore représentée avec distimtion par le bachelier Alonso delà Torre, auteur de la Vision deleitable de la Filo^^o/ia y aiics Ithciales. La nature et le plan de cette encyclopédie se comprendront mieux si l'on songe qu'elle fut compilée, à la ilemandc; de Jean de BeaumonI, prieur de Navarre, pour l'instruction du prince