I . Résumé historique
Dynastie de Habsbourg. — Carlos V, Empereur (I" en Espagne, lol6-15ori). — Felipe 11 (lor.5-1598). — Felipe 111 (1598-1621). — Felipe IV (1621-1665). — Carlos II (166o-n00).
Avec les Habsbourgs nous entrons dans la période la plus brillante de la lilléralure. Cette période est longue et riche : elle se prolonge pendant plus d'un siècle jusqu'aux débuts du règne de Carlos II. Nous la diviserons en trois périodes, dont la première s'étendra jusqu'au règne do Felipe il, la seconde, jusqu'à la mort de Lope de Vega ;163d), la troisième jusqu'à celle de Calderôn (1681). Ces divisions, qui ne sauraient d'ailleurs avoir rien d'absolu, correspondent au début, — à l'apogée, — au déclin de ce que les Espagnols appellent le Siècle ou Age d'or, expression clironologiquenient assez imprécise, mais qui convient plus spécialement à la seconde de nos péinodes : c'est celle de Cervantes et de Lope de Vega.
Ou sait, sans qu'il soit désormais nécessaire d'entrer dans les détails, le rôle prépondérant que va jouer l'Espagne pendant cette période. Maîtresse d'elle-même, enrichie par les trésors du nouveau monde qu'elle peut croire inépuisables, elle lutte désormais non pour reconquérir son territoire naturel, ou pour assurer son unité, mais pour ladomination universelle, aussi biQ^\ dans l'ordre matériel que dans l'ordre des idées, et cherche à imposer par la force son idéal religieux et monarchique :
Unmonarca, unimperioy una espada*.
l. Sonnet d'Acuôa à l'Empereur.
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Afin d'assurer cette hégémonie, elle combat surtout contre la France, et c'est l'Italie qui est le théâtre ordinaire de ce duel aux niullipies péripéties. Les guerres religieuses sévissent dans les Pays-Bas et en Allemagne, sans parler des côtes méditerranéennes (où, de Tunis à Lépante, l'Espagne ira chercher ses anciens ennemis), ni de l'Océan, 011 Anglais et Flamands lui disputent la suprématie. Dans cette croisade contre l'hérésie, elle est puissamment aidée par riTiquisition, qui écrase impitoyablement en Espagne toute pensée hétérodoxe. La réalisation de ce double idéal politique et religieux, auquel la nation sacrifie ce qui lui restait de liberté communale (les Comuneros de Castille, les Germanias des côtes du Levant), surexcite, mais épuise à la longue l'énergie accumulée pendant les siècles précédents. La faillite finale de l'œuvre entreprise par le génie de l'Empereur et poursuivie par la patience habile de Felipe II, devient sensible dès Felipe III: elle se précipite et s'achève sous les deux règnes suivants. — Le Portugal, réuni à l'Espagne en 1580, s'affranchit de nouveau en 1640. Les Pays- Bas échappent à leur tour, par le traité de Westphalie (1648), à l'Espagne, qui gardera cependant ses possessions d'Italie et d'Amérique.
Les Beaux-Arts. — Au point de vue artistique, cette époque est aussi, dans l'ensemble, la plus brillante de l'histoire d'Espagne. Le pays tout entier se couvre de monuments, de statues, de tableaux, d'œuvres d"art qui en font un vaste musée. La Renaissance italienne exerce son influence prépondérante, jusqu'à ce que les artistes espagnols, élevés pour la plupart à cette école, deviennent euxmêmes des rnaîtres, et acquièrent une originalité propre. L'architecture dite plateresque est toujours en honneur, moins admirable, à coupsùr, par l'originalité ou par l'unilé du style que par son inépuisable lichesse décorative. On en peut voir de remarquables exemplaires dans les cathédrales de Salamanque (commencée en 1509), de Ségovie (1525-77),
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de Plasencia. de Grenade, de Jaéii, de Màlaga, à San Marcos de Lei'm, à rHôpilal de Santa Cruz, de Tolède, etc. — Les principaux architectes soutDiego de Siloe (-j-lUôS), Enrique et Antonio Egas, Juan de Valleja, Alonso Rodriguez, Juan (lil et Rodrigo Gil de HontafKUi, Alonso de Covarrubias, Machuca, Riano, etc. Les caprices d'un art qui se plait à rivaliser avec Texubérance luxuriante de la nature et à semer ses créations de monstres fantastiques l'ont fait appeler, dans ses manifestations postérieures et décadentes, Grotescoide l'italien i/rotta, grotte et rocaille) ou Monslnioso. Vers la tin du xvi^ siècle, Juan de Herrera inaugure un style pseudo-romain, conforme au canon antique et dont l'Escorial 'I.j75-82) et la cathedra!'' de Valladolid restent les modèles : la nudité et la froideurdeces masses énormes causent d'ordinaire plus d'élonnement que d'admiration. — La sculpture, de son côté, se développe avec éclat. Felipe Vigarni ou de Bourgogne, Gil et Diego de Siloe, Vasco de la Zarza, Francisco de Villalpando, Pompeio Leoni, Guillén Xamete,Juan de Badajoz.les Aragonais Damiàn Forment et Diego Morlanes, Juan de Talavera, Rodrigo et Martin Raya, en sont les principaux représentants. — Une variété particulièrement espagnole est la sculpture sur bois. '^ous ne parlons pas seulement des rétables, portes ou stalles sculptées, qui nesont nulle part plus riches qu'en Espagne (Burgos, Tolède, Zaniora, Lei'ai, Séville, Astorga, S. Benito de Valladolid, Barcelone, Palma, etc.), mais dont les équivalents se retrouvent ailleurs. Nous faisons allusion aux statues en bois, peintes et le plus souvent rehaussées d'or estofado;, dont les plus beaux échantillons sont à Séville (les Pasos, ou scènes portatives de la Passion), et au musée de Valladolid. Les plus célèbres représentants de cet art national sont Alonso Berruguete 1480-loGi , Gaspar Becerra 'l520-'/0), Juande Juni (vers 11396), Miguel de Ancheta; puisGregorio Hernândez (1566,fv. 1622 , Jer.'mimo Hernândez (y v. 1646), enfin Marti'nez Montanès (f 1649), le plus illustre peut-êlre, et enfin Alonso Cano (1001-67). Beaucoup de ces sculpteurs furent aussi peintres.
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La dynastie des Arfe (Eniique, Antonio, Juan) se distingua dans l'orfèvrerie religieuse. Les plus remarquables rhefs-d'œuvre en ce genre appartiennent à ce siècle [custodias de Cordoue (15.j3), Tolède ilo2i , Sahagùn, Santiago (4544), Âvila (1571), Séville (1587), Valladolid (1590); las andas (brancards) de Leôn, etc.[. La ferronnerie d'art (les grilles des cathédrales) produisit aussi des œuvres admirables à Burgos, à Tolède, à Pampekme, etc.
Nous ne pouvons qu'énumérer ici les noms les plus connus parmi les peintres : ils appartiennent d'ailleurs pour la plupart à la fin duxvi<^ et à la première moitié du xvii« siècle : Luis de Morales, el divino (f 1586), Antonio Moro, Sânchez Coello, Pantoja delà Cruz (1551-1610), portraitistes; Teotocôpuli, dit El Grcco (1548-1625), l'un des artistes les plus originaux et le vrai prédécesseur de Velâzquez, Juan de las Roelas (1560-1625), Francisco Herrera (1576-16.S6), les Valenciens Ribalta (f 1628) et José Ribera (1588-1656), les Andalous Zurbaràn il598-166li, Céspedes (1538-1608), auteur d'un poème sur la peinture, Alonso Cano, nommé plus haut, et enfin les deux grands maîtres, gloire de la peinture espagnole, Diego Velâzquez (1399-1660), et Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682).
L'art de la musique s'honore des noms d'Urena, de Francisco de Salinas, de Soto, de xMorales et de Victoria.
Le mouvement scientifique au xvi" siècle en Espagne est remarquable, quoique les Espagnols soient assez portés à en exagérer la valeur absolue. A ce point de vue encore, le xvi'^ siècle est la grande époque. Les savants dans toutes les branches des connaissances abondent. On en trouvera la liste et l'éloge dans la Cultura cientifica de Espana en el sifjlo XVî (1893\ par D. Acisclo Fernândez Vallin, et dans La Ciencia Eftpailola, de M. Menéndez Pelayo 3^ édition. Colecciôn de E>^crilorcs Cantellanos, tomes LU, LVII ^t LXIV.