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CHAPITRE PREMIER LA POÉSIE

2. Lyrique italienne. — Celle époque est earaclérisée, comme la précédente, par Timilalion des modèles antiques, mieux étudiés et plus connus, et surtout de la poésie italienne considérée, plus ou moins inconsciemment, comme une source do rénovation et d'enrichissement. La poésie de làge précédent, trop artificielle, en liénéral, dans ses inspirations, trop compliquée dans ses formes vieillies, ne suffisait plus aux idées et aux goûts nouveaux : on avait le sentimeni qu'il lui manquait la noblesse, l'ampleur et la perfection classique. Comme rilalie était l'héritière directe de Rome, que les poètes y abondaient,- et que les événements politiques tendaient de plus en plus à rapprocher les deux nations, ce fut naturellement de ce côté que se tournèrent les poètes de la péninsule, en quête de nouveautés. On a retenu, comme signin<iative, l'anecdote de la rencontre à Grenade, en 1520, du Vénitien Navagiero avec Boscân ; mais l'ilalianisation de la poésie castillane, déjà commencée d'ailleurs, devait forcément se produire et se développer. Elle souleva au surplus quelques protestations, en partie fondées, de ceux qui restaient attachés à la vieille école nationale, et cette lutte est l'un des épisodes intéressants de l'époque que nous allons étudier.

Il n'est point douteux que la double imitation des i:rands modèles classiques et italiens n'ait été très profitable à la perfection de la forme poétique et qu'elle n'ait fourni un idéal de beauté inconnu ou à peine entrevu jusque-là. La poésie et la littérature en général acquirent, par l'étude et la fréquentation des chefs-d'œuvre, quelques-unes de ces

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qualités qui caractéiiseiit les " classiques >■. Mais n'y perdirent-elles point par contre quelque chose de leur originalité et de leur sincérité ? Le divorce entre la littérature et la vie réelle ne date-t-il pas de cette époque, ou du moins ne devint-il pas particulièrement sensible à cette époque? [>a poésie lyrique, en particulier, quoique s'inspirant d'autres principes littéraires, ne va-t-elle pas, plus encore que dans l'âge précédent, se désintéresser de toutes les grandes questions, de toutes les fortes passions contemporaines, et, parla, ouvrir le champ à toutes les conventions, à tous les artifices, à tous les caprices d'une imagination sans frein et sans contrepoids dans les réalités"? « Tandis que se résolvaient, pendant le x\\^ siècle et les suivants, les plus redoutables problèmes de la conscience, soit dans les controverses religieuses, soit sur les champs de bataille, la poésie, indifférente à ces profonds changements, s'amusait à reproduire des fables mythologiques, à célébrer les prouesses merveilleuses de héros imaginaires, à peupler plaines et forêts de satyres, de bergers, de nymphes et de bergères, à tracer des tableaux fantastiques où tout apparaissait faussé : la terre et le ciel, l'homme et la nature... Qui reconnaîtrait dans les vers de Hurtado de Mendoza l'habile diplomati-, le politique expérimenté, ou, dans les strophes aimables de Garcilaso, le valeureux soldat de cet àse de fer ' ? »

ii.Boscàn. — O JuanBoscânAlmogaver v. 1490-io't2), qui le premier introduisit. systéni;ilii|uciiieiit et de propos délibéré, les procédés et les formes de la lyri([Ui' ilalienne en Espagne, était un Barcelonais, presque un étranger pour les purs Castillans. Le recueil de ses vers parut en 1543, un an après sa mort, par les soins de sa veuve-. Le contenu et la disposition de cet ouvrage sont instructifs. Le premier livre

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