Lutte entre l'école italienne et l'école nationale
— Le trinmpiie de lécole italienne, nous l'avons dit, ne si' produisit i)as sans protestation, et il faut répéter que, dans une certaine mesure, ces protestations étaient naturelles, disons plus, légitimes. Certes, la lyrique, quand parurent les novateurs, se mourait d'épuisement: elle avait un besoin urgent de se rajeunir dans le fond et dans la forme. Le sang nouveau qu'on allait lui infuser pouvait lui redonner lavie,mais l'opération élaitdangereuse. Elle risquait de faire perdre à la poésie espagnole ce qu'elli' conservait encore d'originalité et de personnalité, et d'y sulislituer des sentiments, des idées, des aspirations, des formes d'art (jui lui étaient trop étrangères. — En fait, c'est un peu ce (jui se produisit. Les lyriques que nous venons de passeren revue sont aussi peu espagnols que possible : ils sont tout autant italiens ouantiques. L'originalité leur manque tropsouvent; l'imitation est le fondement de leur poétique. Cependant les formes mêmes de la poésie nationale ne méritaient point la proscription dont on voulait les frapper : les copias de arte wc/ior, les variétés métriques de Provence et de Calice étaient devenues, par l'usage, vraiment espagnoles. Elles se pliaient à tous les caprices de l'imagination ; à côté d'elles les procédés de la lyrique italienne paraissent pauvres. L'arte maxjor avait besoin sans doute de s'assouplir et de se ri'-gulariser ; mais c'est, entre les mains d'un bdii ouvrier tel que Mena, un instrument qui ne parait point infi'iieur à l'hendécasyllabe. Et surtout, toute la vieille jioésie — et il faut entendri' par là en premier lieu les genres populaires — avait ses racines dans le sol national, où elle puisait sa sève. Or,
162 >?1ÈCLE DOli. PREMIÈRE PAHTIE. — POÉSIE
les formes métriques étaient alors, en matière de poésie lyrique, si intimement unies aux sujets que l'adoption de celles-là déterminait infailliblement la nature de ceux-ci. L'opposition des anti-pétrarquistes ne manquait donc point absolument de sens. Elle eut le malheur de ne point trouver l'homme de génie qui en eût prouvé la légitimité, moins par des arguments ou des autorités que par des chefs-d'œuvre. Ceux qui la représentèrent n'eurent pas d'ailleurs toujours le sens bien net de ce qu'il fallait faire. Aussi la lutte tinit bientôt par une sorte de transaction, qui mêla, sans beaucoup de critique et un peu au hasard, l'antique tradition au nouveau procédé.
L'adversaire le plus décidé, le plus persévérant et le plus habile de lécole italienne fut Cristôbal de Castillejo, car nous considérerons surtout Torres Naliarro comme dramaturge, et d'ailleurs ses poésies lyriques, insérées dans la Propal ad la [i")0~), sont bien antérieures à (iarcilaso. — Né dans la dernière décade du xV siècle, ce fut entre 1530 et 1.t50 que Castillejo déploya son activité littéraire. Il fut, pendant la majeure partie de sa carrière, attaché à la personne du frère de Carlos V, Ferdinand, roi de Bohème
,et empereur. Il mourut très âgé. dit-on, vers 1556, à la Char-
[treuse de Val-de-Iglesias, près de Tolède.
Ses poésies ', contenues dans un recueil en trois livres, (1573), sont parmi les meilleures de l'époque. Elles mêlent des inspirations fort différentes : des chansons d'amour, des jeux d'espriis il'hrofjnc cfianr/c en moucheron\ des développements moraux traités quelquefois avec une liberté excessive (Seiinôn de amores), mais souvent avec finesse et agrément 'ta vie de la cour, Diàlogo de la vida de Corte, dialogue entre l'auti-ur et sa plume, Diâlogo de las condiciones de las nnijeres, œuvre plus importante que le titre ne le laisserait croire), des polémi(iues littéraires, dont la plus retentissante fut la satiredirigée Contreceu.r qui abandonnent ' . V ■ .." ; : . ,^ ..... r^ . ./-...iv. -' '■■'-'■. > ' ■ "■ ■ ■