HARVEY ET LA CIRCULATION DU SANG
« Yoici Harvey, s'écrie Daremberg-. Comme au jom^ de « la création, le chaos se débrouille, la lumière se sépare (( des ténèbres. Harvey regarde longtemps et il finit par « voir, il cherche avec patience et il finit par trouver, il « fait peu d'expériences, mais elles sont décisives, il use « des raisonnements, mais ils sont concluants, »
Guillaume Harvey naquit à Folkestone, dans le comté de Kent (Angleterre), le r'' avril 1578. Après avoir voyagé en France, en Allemagne, en Italie, il étudia quatre ans àPadoue, sous Fabrice d'Aquapendente, puis revint dans son pays et s'établit à Londres. On le vit, durant longues années, n'ayant d'autre livre que la nature et d'autre maître que son génie, se livrer à des vivisections assidues sur des reptiles ou des poissons dont il utilisa la résistance vitale pour mieux observer les mouvements du cœur, et ainsi se préparait dans le silence et le recueillement du laboratoire la plus grande découverte du xvii*^ siècle.
En liant les artères, Harvey constata l'afflux du sangdans l'espace compris entre la ligature et le cœur, et put au contraire se convaincrie, par la ligature des veines, de l'état de vacuité de l'organe cardiaque. C'était là une première observation. Etudiant ensuite le rhythme des contractions, réminent physiologiste fut surpris à la vue de l'énorme quantité de sang expulsée par chacune d'elles ; ce fut un éclair de génie, il en fit la preuve la plus convaincante de sa découverte. « Les artères, se dit-il, se rompraient inévitablement, si une heureuse disposition ne leur permettait de se vider au fur et à mesure qu'elles s'emplissent. »
De là à imaginer le grand mouvement circulaire^ il n'y
avait plus qu'un pas, Ilarvey le franchit aisément, et sa découverte restera comme un modèle d'induction basée sur une expérimentation parfaite.
Après avoir exposé sa doctrine dans ses leçons anatomiques, il en fit plus tard la démonstration aux membres du Collège des médecins de Londres, et la livra définitivement au public, en 1628, dans son livre intitulé : Exercitatio anatomica de motii cordis et sanguinis circulatione.
Le triomphe fut primitivement moins complet qu'on n'aurait dû s'y attendre : d'acerbes critiques surgirent de toute part, et de nombreuses objections furent adressées à l'illustre Anglais, que Ton appela par dérision le Circulateur ^ .
Les membres de la Faculté de Paris s'élevèrent euxmêmes en détracteurs de sa doctrine, et Riolan, qui se fit l'organe de leurs plaintes, parvint à maintenir, à force de talent, la balance un instant égale entre l'erreur et la vérité *. Il fut d'ailleurs le seul adversaire qu'Harvey jugea digne d'une réponse.
Guy Patin était, lui aussi, trop servilement attaché aux anciens, pour ne pas jalouser les modernes ; il s'en donna à cœur joie, et débita toutes sortes de mauvaises plaisan-