‹ Précis d'histoire de la médecineChapitre 121 sur 179 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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Ruysch, Malpighi^ Leeuwenhoeck, ont jeté les bases de l'anatomie de texture, mais c'est à Th. Bonet et à Morgagni que reNÎent l'honneur d'avoir édifié à l'anatomie patholo-

1. Voy. son éloge lu à l'Acad. de Médecine le 9 juillet 1833, in HUt. des membres de l'Acad. RoyaU de Médecine, par E. Pariset. Paris, 185<).

2. Consulter l'Histoire de la Zoologie depuis les temps les plus recules jusqu'à nos Jours, par Ferdinand Hœfer. Paris, 1>73, etl'Bist. de la Zoologie depms Vantiquité jusqu'au XiX^ siècle, par Victor Carus, et notes par A. Shneider. Paris, 18S0, 1 toI. in-8.

gique un monument véritablement digne d'elle et de la médecine elle-même ^ .

Les anciens avaient bien observé certaines altérations; Hippocrate s'efforçait déjà de son temps de rattacher le symptôme à la lésion qu'il supposait devoir le produire. Hérophile et Erasistrate, Celse, Arétée, suivirent en cela Texemple du Père de la médecine, et on vit Galien lui-même proclamer bien haut le rapport nécessaire du trouble fonctionnel avec l'altération causale.

Mais ce principe si nettement formulé par le médecin de Pergame resta longtemps infécond, et ce ne fut guère que vers la fin du xv'' siècle qu'on essaya d'en tirer les conséquences pratiques. Benivieni de Florence et Benedetti de Venise méritent une mention spéciale pour leur empressement à pratiquer des autopsies.

Plus tard l'essor que communiquèrent aux sciences anatomiques les travaux si remarquables du xvn'' siècle imprima encore aux études nécroscopiques une impulsion nouvelle. Les observations se multiplièrent ; les cas intéressants furent publiés, on les présenta aux sociétés savantes. Enfin Thomas Bartholin, Panaroli, Peyer, etc., projetèrent aussi par leurs recherches cadavériques une vive lumière sur la nature et le siège des maladies. Mais les relations de tous ces savants se trouvaient malheureusement enfouies dans de gros volumes ; le besoin se fit sentir de les exhumer et de les isoler : ce fut la tâche que s'imposa Théophile Bonet (1620-1689).

Le vaillant précurseur de Morgagni ne se dissimulait d'ailleurs aucunement la difficulté de son entreprise et comprit d'avance toute la peine qu'il aurait à réaliser

1. Voy. le Mémoire de Saucerotte, en réponse à cette question : Quelle a été Vinfluenne de V anatomïe patJiologiq^ue sur la médecine, depuis Morgagni jusqti'à nos jours 1 Paris, 1837. — Kisueno D'Amador, i/i/^MCTtce de V anatomie pathologiq'ue sur la médecine, deptiis Morgagni jusqu'à nos jours, Paris, 1837.

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noblement son dessein. Nonobstant ces considérations personnelles,, Bonet se mit résolument au travail, et le nombre d'observations éparses qu'il a reproduites dans son Sepidchretum ^ estprodigieux. Mais si ce fut là une œuvre gigantesque, elle brille bien plutôt par l'érudition et la patience que par l'ordre et la méthode ; il y règne beaucoup de confusion, parfois de l'inexactitude^ et son auteur a le tort de ranger parmi les causes productrices de la maladie certains phénomènes que l'on est autorisé à envisager comme survenus réellement après la mort. Le Sepidchretum comprend quatre livres : les trois premiers sont consacrés aux affections de la tête, de la poitrine et de Tabdomen ; dans le quatrième, Bonet étudie celles qui lui paraissent d'une localisation difficile. Malgré ses imperfections nombreuses, cette compilation quelque peu indigeste n'en est pas moins le recueil le plus complet qui ait été publié jusqu'à la fin du xvir siècle, et l'influence qu'il exerça sur la marche ultérieure de l'anatomie pathologique et l'évolution de la clinique elle-même nous semble absolument indéniable.

En 1762, parut le grand ouvrage de Morgagni, De sedi- 'bus et causis morbonim per anatomiam indar/atis ; il réalisait l'idée contenue en germe dans le Traité De locis affeclis de Galien. Les observations relatées dans ce volumineux travail appartiennent en propre à l'auteur ou sont empruntées à son maître Valsai va. Morgagni a* le mérite d'éviter les stériles discussions; il laisse parler les faits, et son œuvre est d'autant plus remarquable que les procédés dont il dispose sont plus primitifs et moins perfectionnés. Le style du professeur de Padoue est admirable de lucidité et ofl're néanmoins des éclairs d'originalité inouïe; sa cri-

Théophile Bonet, Sepuîehretum, sive Anatomia p^'actica. Genève,1679.

tique est ju^te, quoique sévère, et il ne cherche à déguiser aucun des emprunts qu'il fait soit à ses prédécesseurs, soit à ses contemporains. S'il interroge avec soin les organes, c'est pour mieux étudier les altérations que peut produire la maladie dans les solides et les liquides de l'économie, et afin aussi de dégager d'une façon plus évidente le rapport qui existe nécessairement entre la lésion et le symptôme.

Les données de l'histologie se trouvent ainsi appliquées à l'homme malade, et c'est au prince des anatomo-pathologistes, c'est à l'immortel Morgagni que revient le mérite de cette glorieuse tentative ^ S'il est vrai en effet de dire que Bonetlui prépara les voies, il est aussi juste de rapporter au célèbre anatomiste de Forli Thonneur d'avoir fondé à tout jamais l'école anatomo-pathologique. Cette école, sans doute, rencontrera des opposants, des adversaires même qui s'efforceront de la flétrir par d'injurieuses épithètes et en jetant le discrédit sur les études nécroscopiques. Mais aux ironiques sarcasmes de tous ses insulteurs elle répondra victorieusement en suscitant une généreuse pléiade de champions aussi ardents pour sa cause que l'avaient été les Aselli^ les Pecquet, les Wharton, etc., pour celle de l'anatomie elle-même.

Les noms de Corvisart^ de Bichat, de Dupuytren, de Cruveilhier % d'Andral et de Lebert^ suffisent à rappeler

1. Mercandetti grava en l'honneur de Morgagni une grande médaille représentant une Pal las qui offre à Esculape un scalpel avec lequel ce dernier pratique l'ouverture d'un cadavre.

2. Cruveilhier, Anatomie patliologiqne du corps luimain, ou descriptio'n' avec figures litltographiées et coloriées des diverses altérations morbides dont le coips Jmmain est snseeptible , Paris, 1830-1842, 2 vol. in fol. 230 pi. col.

3. Lebert, Traité W anatomie pathologique générale et spéciale, ou description et icoriographie pathologique des affections morhides, tant liquides que solides, observées dans le corps humain. Paris, 1855-1861, 2 vol. in fol. avec 200 pi. col.

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cette g-énération nouvelle qui a si puissamment contribué, par la contemplation de la mort, à éclairer les mystérieux rouages de la vie. L'illustre Ecole de la Salpélrière poursuit de nos jours cette œuvre avec succès, et, brillamment secondée par l'obs^^rvation clinique, l'anatomie morbide avance sûrem.entdans la voie des découvertes qui en assureront le progrès véritable.

Les xvii" et xvm^ siècles virent éclore bon nombre de doctrines opposées. Aladescription de chacune d'entre elles nous rattacherons, comme de juste, les noms des pathologistesou cliniciens qui la représentèrent, et l'étude de leur œuvre au point de vue médical avec tout le développement qu'elle comporte.

Le Père de la médecine considérait dans le corps humain les solides, les liquides et les forces. Cette division, toute simple qu'elle est, nous semble s'adapter merveilleusementaux trois grandes classes de systèmes que nous devons maintenant passer en revue. Aux solides correspond le solirfwme; aux liquides, r/zw7zomme; les forces enfin se trouvent assez bien représentées par le vitalisme et Vaiiimisme.

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