‹ Précis d'histoire de la médecineChapitre 22 sur 179 · Hérodote, Livre II. ch. civ · texte numérisé non relu

Hérodote, Livre II. ch. civ

2. La chaleur du climat nous explique la prédisposition qu'eurent pour elles les Egyptiens.

Les notions anatomiques des Egyptiens furent, nous l'avons vu, fort obscures et très restreintes.

Leursconnaissancespathologiquesparaissent étrele fruit d'un certain degré d'observation, mais la grossière magie et l'immixtion de Tastrologie en médecine, auxquelles vinrent se surajouter plus tard les incantations et les charmes, tendirent à ruiner de plus en plus ces notions primitives, et c'est bien le cas de répéter ici une parole célèbre de Zimmermann : L'esprit d'observation souffre énormément de la superstition en fait de physique et de médecine.

La thérapeutique fut surtout préventive et hygiénique. C'est ainsi que les médecins préconisèrent la frugalité des repas, l'abstention de certains ahments et de certaines ■boissons (abstention un peu forcée peut-être en ce qui concernait le vin, puisqu'on n'en récoltait que fort peu en Egypte \ les lavements fréquents), etc.

Ils eurent cependant quelques notions de matière médicale : la Mercuriale leur était connue, et ils l'employèrent comme de nos jours. Il en fut de même de l'Ellébore, dont ils firent un fréquent usage contre la folie. Les Egyptiens possédaient en outre un médicament dans lequel ils parurent avoir une généreuse confiance, et que Diodore de Sicile a dénommé « l'antidote de la colère et du chagrin ». On a longuement discuté sur la nature de ce remède, et un auteur peu connu, Olaus Borrichius^ pense qu'il ne fut autre chose qu'un mélange d'opium et de stramoine. Le vin de palmier, le vinaigre, le lait de femme, les produits des excrétions animales jouirent également de la plus grande faveur. Pas plus d'ailleurs en thérapeutique qu'en

1. Les prêtres, qui auraient dû prêcher par Texeinple, buvaient de grandes quantités de vin que leur fournissait l'Etat. Ils emportaient en outre des autels du bœuf et des oies (Hérodote).

pathologie, la superstition ne fit défaut ; l'assistance divine était envisagée comme une condition essentielle au traitement. Des prières devaient donc être faites pendant la préparation du médicament, et le malade en récitait luimême en prenant ses remèdes. « De même que chaque partie du corps, chaque plante était gouvernée par un corps céleste ; le siège d'une maladie étant connu, il suffisait de chercher la plante corrélative soumise à la même influence ^. »

Contrairement enfin à l'opinion de Sprengel, renouvelée par Littré, Champollion a fait voir que les exercices gymnastiques furent fort en honneur dans l'ancienne Egypte ; il les a représentés en plus de deux cents tableaux, où sont retracées les diverses attitudes des lutteurs ^ .

Mystérieux sanctuaire de la civilisation antique, l'Egypte nous offre le type le plus parfait d'une médecine surchargée de dogmes et de pratiques qui ont entravé chez elle le progrès véritable.

Page 1