‹ Précis d'histoire de la médecineChapitre 37 sur 179 · Père Duhalde, Histoire générale de la Chine · texte numérisé non relu

Père Duhalde, Histoire générale de la Chine

traduction latine '. Essayons d'en résumer les principales maximes -.

1° Chaque organe essentiel a un pouls contraire qui change avec les saisons et varie aussi suivant l'âge et le sexe de l'individu ;

2° Toute maladie a son pouls particulier^ et les pouls irrupteurs avertissent le médecin des divers troubles survenus dans l'économie ;

3" Il existe sept pouls externes ou pouls de la chaleur innée, huit pouls internes ou pouls de l'humide radical, et neuf pouls des grandes voies de communication, annexes des pouls externes et des pouls internes;

4° Il est des pouls dont le diagnostic est mortel ;

5'' Le pouls sert à reconnaître les affections du cœur, du foie., de l'estomac, du poumon et des reins. Il peut aussi indiquer la joie, la compassion, la tristesse, l'inquiétude, la crainte, la frayeur, la colère. Celui des femmes enfin est caractéristique de leurs divers états physiologiques et morbides.

La carrière médicale n'exige aucune sorte d'examen, et jadis une seule personne exerçait à la fois toutes les branches de notre art. Mais il n'en est plus ainsi de nos jours, et les médecins (p/iondo) ^ sont distincts des chirurgiens

1. André Cleyer, Spécimen medicinœ sinicœ, sîve opuscvla medica, etc. Francfurti, anno 1682, in-é».

2. Consulter, pour plus amples détails à ce sujet : La médecine chez les Chinois, par le capitaine Dabry. Paris, 1863.

3. « Les médecins de la cour ont été institués par l'empereur Kang-Hi ; ils sont au nombre de 30 environ, 2 à boutons bleus, 6 ou 8 à boutons blancs, les autres à boutons dorés des deux classes ; ces derniers sont, à la vérité, des aides plutôt que des praticiens.... Les médecins à boutons bleus ont seuls le droit de visiter l'empereur malade, mais sous aucun prétexte ne doivent lui adresser la parole; tout au plus ont-ils pu s'enquérira l'avance des principaux symptômes auprès des eunuques de service. Assis sur un fauteuil ou couché sur un lit, le Fils du Ciel tend un bras à chaque médecin. Ceux-ci tâtent le pouls et, recueillis dans une profonde méditation, doivent, par

[gecqua], ainsi que des spécialistes pour les maladies des yeux {ksieii-smka) ; la profession de pharmacien est à peu près inconnue.

Les honoraires sont peu élevés, et les pauvres ne payent que six sous sterling- par visite (60 centimes de notre monnaie).

De plus^ par une délicatesse digne de tout éloge, le médecin qui a vu une première fois un malade n'y retourne que si on le fait de nouveau appeler.

L'Etiologie et la Pathogénie sont fort peu avancées dans l'Extrême-Orient : le froid, le vent, l'humidité, telles sont à peu près les seules causes que l'on invoque.

Toute la symptomatologie doit être exphquéepar le simple examen du pouls, et ce même examen doit permettre de porter le diagnostic de l'affection. Il est d'ailleurs intéressant de suivre le médecindans une de sesvisites *. Dès qu'il est appelé, l'homme de l'art se rend en toute hâte auprès du malade et fait d'ordinaire apporter par quelque serviteur une sorte d'armoire à plusieurs casiers, dans lesquels sont rangées avec ordre les diverses espèces de racines ou de pâtes dont il croit avoir besoin. S'approchant ensuite du malade, il l'engage àreposer son bras sur un coussin et lui tâte le pouls. C'est ici surtout que doit s'exercer la sag-acité du praticien, car c'est à peu près le seul mode d'examen auquel il puisse procéder ; aussi assure-t-on qu'il n'y consacre jamais moins d'un quart d'heure. Cette première scène

ce seul examen, poser un diagnostic qui, sous les peines les plus sévères, ne saurait différer entre les deux. Pour l'impératrice et les princesses du sang, les choses se passent avec plus de. rigueur encore. Le bras de la malade est passé au travers d'une tenture de soie, l'endroit seul où se tâte le pouls reste à découvert. » (Morache, Dict. des sciences médic, axi. Chine.)

1. Nous avons emprunté d'intéressants détails sur cette question à l'excellente thèse de M. Lepage, Recherches historiques svr ii médecine des Chinois. Paris. 1813.

terminée, il se lève et proclame d'un ton aussi emphatique que convaincu le sièg^e et la nature de lamaladie,les symptômes qu'éprouve le patient, l'époque précise à laquelle ils céderont et l'issue favorable ou funeste. C'est un diagnostic et même un pronostic des plus complets que doit établir dès sa première visite un médecin chinois.

La variole est connue, dit-on, depuis fort long-temps ' ; on l'appelle Tchou-hoa,ç.i le geime de cette maladie semble se développer dans certaines conditions atmosphériques, dont la détermination est difficile.

La vaccination, si l'on en croit certains auteurs, aurait même été pratiquée en Chine, bien avant qu'on l'expérimentât en Europe ^. « La fatale nécessité d'avoir la petite vérole, ou dans l'enfance ou dans un âg-e plus avancé, nous dit le Père Cibot, fit imag-iner à un médecin d'aller audevant de ses coups, pour ainsi dire, par l'inoculation, afin de vaincre sa malig-nité en s'y préparant. Le premier succès de celte tentative sing-ulière étonna la médecine et enthousiasma le public. On crut ici, sur la fin du dixième siècle, que l'inoculation qu'on venait d'imag-iner pour le petit-fils du prince Tchin-siang- allait fermer pour jamais tous les tombeaux que la petite vérole faisait ouvrir. Le secret s'en répandit rapidement dans toutes les provinces de l'empire et pénétra jusque dans les villag^es. Tout le

1. Les Chinois assignent l'an 1122 avant J.-C. comme date de l'apparition de la petite vérole dans le Céleste-Empire. Il a été publié par les membres du collège impérial de médecine un traité analytique de cette maladie, dont le Père Cibot a donné la traduction dans les mémoires rédigés par les missionnaires de Pékin. Plusieurs historiographes élèvent des doutes sur l'ancienneté de la variole dans l'Extrême-Orient, et Anglada croit entre autres que, « quelle que soit l'inviolabilité des barrières qui isolaient la Chine du reste du monde, on ne saurait comprendre qu'elles n'aient pas laissé passer le virus de cette affection, pendant cette longue série de siècles qui auraient précédé son invasion parmi nous ».

2. On la pratique en introduisant dans les narines du coton imbibé de virus vaccinal.

monde prétendait que quiconque avait été inoculé ne pouvait plus avoir la petite vérole, et tout le monde faisait semblant de le croire ; mais cette opinion, si consolante pour les pères et mères, n'a pas pu se soutenir plus d'un demi-siècle. Les petites véroles épidémiques ont coulé à fond les systèmes et les raisonnements par des faits si décisifs et si multipliés qu'il a fallu se rendre. »

La chirurgie n^a guère plus progressé que la médecine.

On considère la cataracte comme étant sans remèdes.

Quelques topiques, quelques aiguilles à acupuncture \ des moxas ^ forment à peu près tout l'arsenal chirurgical des Chinois.

Néanmoins^ s'ils ne sont pas forts chirurgiens, il est une opération, paraît-il, dans laquelle ils excellent : je veux parler de la castration. Ils la pratiquent, dit-on, avec tellement d'habileté, que les malheureux patients peuvent reprendre presque aussitôt leurs occupations sans être trop incommodés ^.

1 . a Pour faire l'opération de l'acupuncture, on se sert d'aiguilles fabriquées avec des naétaux très flexibles, très durs, très ductiles, et autant que possible inoxydables ; l'or et l'argent doivent être employés de préférence. On fabrique également d'assez bons instruments avec l'acier bien trempé, recuit et parfaitement poli. » (Dabry, loc. cit.)

2. C'est aux Chinois que nous' devons l'usage des moxas; on les emploie aussi fréquemment en Chine que rarement en Europe.

8. Les intéressants détails que nous donne M. Morache sur le manuel opératoire de la castration paraissent cependant témoigner contre cette prétendue innocuité : « Le patient, adulte ou enfant, affaibli par la misère, a besoin d'être préparé pendant quelque temps par un bon régime ; au jour dit, on le plonge dans un bain très chaud, et on exerce sur la verge et les bourses un massage gradué, afin d'engourdir probablement la sensibilité. Ramassant ensuite les deux organes en un seul paquet, on les enroule d'une petite bande en soie, régulièrement appliquée de l'extrémité vers la base; on serre progressivement jusqu'à donner aux parties la forme d'une espèce de boudin allongé. A ce moment, l'opérateur, armé d'un couteau bien tranchant, sectionne d'un seul coup les organes au niveau du pubis, et son aide applique immédiatement sur la blessure la main remplie de poudre styptiqne — Les eunuques assurent que l'hémorrhagie se produit rarement, avec

Les femmes s'occupent seules d'accouchements, tant est grande la fanatique exagération de la décence chez ce peuple, et l'instruction des matrones est loin de répondre à toutes les exigences de l'art '. « La plupart des Chinoises accouchent à genoux, les genoux plies et écartés, les mains placées sur les cuisses, fournissant en avant un point d'appui au corps. Jamais un homme, pas même le mari^ encore moins un médecin, n'est admis auprès de la parturiente. »

La thérapeutique et la matière médicale^ sont peut-être un peu mieux connues que la pathologie ou l'obstétrique.

Les Chinois emploient surtout les substances sous l'orme de décoction, mais se servent aussi de potions, de pilules, d'infusions, etc..

La saignée est fort rarement usitée parmi eux, et il en est de même des lavements, qu'on désigne dansle Céleste-Em-

gravité du moins, mais l'accident à craindre est l'oblitération du canal de l'urèthre. Si, au bout de trois ou quatre jours, le patient n'a pas uriné, il est regardé comme perdu, et l'on ne s'en occupe plus; dans le cas contraire, si les pièces de pansement sont souillées par l'urine, on lave la plaie avec soin, et le blessé peut être regardé comme hors de danger. Sur les enfants, l'opération paraît réussir deux fois sur trois; sur les adultes, moitié moins. Comme résultat définitif, on constate une cicatrice, large de 3 centimètres à peine, les bords de la plaie ayant été rapprochés par le mode de pansement ; au centre est un infundibulum où aboutit le canal de l'urèthre. La miction s'exerce régulièrement et nécessite seulement la position accroupie. » (Dict. encycl. des sciences médic, art. Chine.)

1. (S. Le lit sur lequel doit avoir lieu l'accouchement ne doit être ni trop dur, ni trop mou. Deux personnes seules, l'accoucheuse et une aide, assisteront l'accouchée. Refuser impitoyablement l'entrée de la chambre à toute autre personne. Eecommander aux gens de la maison de ne pas faire de bruit au moment de l'accouchement, et de veiller à ce que les portes ne battent pas, que les chaises ne tombent pas avec fracas, etc., de peur de nuire à la mère et à l'enfant. Acheter du vinaigre très fort, dont on se servira en cas de défaillance, et une certaine quantité de millet qui sera donné après l'accouchement. )) (Dabry.)

''. Voir Debeaux, Essai svr la iJJiarniacie et la matière médicale des Chinois, Paris, 18.56, et Léon Soubeiran et Dabry, Matih-c médicale chez les Chinois, Paris, 1874,

38 ORIGINE l'E LA MEDECINE.

pire sous le nom de remède des barbares^ parce que les Chinois en tiennent le secret des Européens.

On use parfois de vomitifs et de purgatifs, et la plus grande confiance règne dans l'emploi des ventouses et des bains.

Il existe dans l'Extrême-Orient plusieurs sources d'eaux thermales et minérales.

Pour ce qui concerne les médicaments proprement dits, les Chinois possèdent un ouvrage intitulé Herbier chinois (peut-sao-cang), qui ne renferme pas moins de 60 volumes et est attribué au médecin Li-ché-tchi ' ; le Père Duhalde en a donné un extrait, et on est étonné de voir le nombre des substances appartenant aux divers règnes de la nature, dont ils font un emploi journalier -. La réglisse, l'armoise, la Sabine, le camphre, la myrrhe, les écorcesde gingembre ont à peu près les mêmes usages qu'en Europe. Le quinquina a été importé en 1703 pour guérir un empereur atteint de fièvres tierces. Citons aussi parmi les végétaux le Gin-seng^ que les Chinois regardent comme un puissant aphrodisiaque; le Gy7iocardia odorata, dont ils préconisent les semences contre les dermatoses, et le Pardmithtis chinensis, doué, dit-on, de propriétés excessivement remarquables. On prône encore les nids d'oiseaux, les ailerons de requin comme des moyens propres à rendre la virilité aux tabescents.

1. Le musée Britannique possède une copie de l'ouvrage de Pun-Tsaou, indiquant 1111 médicaments ou substances médicamenteuses (Handvogel).

2. a Ce qui frappe au premier abord, dit Gubler [Rapport à l'Académie de médecine sur l'ouvrage de MM. Soubeiran et Dabry), quand on parcourt du regard ce vaste tableau, c'est qu'il reproduit, dans son ensemble et même dans un grand nombre de détails, les traits que nous sommes habitués à retrouver dans les matières médicales européennes. Ou y voit avec étonnement figurer la majeure partie des substances usitées parmi nous, et ce n'est pas non plus sans quelque surprise que l'on vient à constater la similitude des indications, et jusqu'à un certain point l'analogie des idées théoriques qui président à leur emploi . »

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