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CHAPITRE VI

Les Chinois nous offrent le remarquable exemple d'un peuple dont les mœurs, la science, la religion se trouvent depuis plus de quatre mille ans immobilisés dans une torpeur sans égale. Pas plus que celle des Indiens, leur

1. Rig- Véda. Tiadnction Langlois. Paris, 1848-1851. Cet ouvrage remonte au moins à 1500 ans avant Jésus-Christ.

2. Susruta- Ayurvéda. Id est medicinœ xystevia, etc. Traduction latine par Fr. Hessler. Erlangen, 1844-1850, 3 vol.

médecine n'a progressé, et l'état actuel nous représente assez exactement l'histoire primitive.

L'isolement presque absolu où s'est volontairement confinée cette nation et la difficulté qu'éprouve le vulgaire à déchiffrer les écrits des Mandarins ou lettrés du pays sont autant de causes qui ont empêché le flambeau civilisateur de la science de pénétrer plus avant dans le Céleste- Empire.

lies Chinois font remonter leur monarchie à la plus haute antiquité et considèrent comme leur premier roi Fohi, à qui suc«éda Ciningo, célèbre, dit-on, par les expériences auxquelles il se livra pour constater la vertu des plantes. L'époque oii vécurent ces deuxsouverains reste fort obscure, et c'est seulement à partir d'un de leurs successeurs nommé Yao que la chronologie revêt les caractères d'une probabilité voisine de la certitude '.

Quoi qu'il en soit, la Chine possède quelques écrits fort anciens concernant la médecine, mais les Mandarins regardent comme son véritable fondateur Hoang-ti, auteur d'un ouvrage fort apprécié, le Nuy-Kim^ composé 2706 ans avant l'ère chrétienne *. Ce livre s'occupe surtout d'anatomie et renferme des notions fort peu exactes. Il servit néanmoins de code médical aux Chinois pendant longues années, et nous nous rendons aisément compte de l'ignorance de ces derniers sur la structure du corps humain^ en songeant à la défense expresse qui leur fut faite d'ouvrir

1. Des preuves sérieuses d'authenticité témoignent au reste en faveur de cette chronologie : les points de repère qui y sont indiqués (éclipses, règnes» révolutions, etc.) ont été admis par tous les peuples, et Confucius , cette autorité si compétente, ne l'a jamais révoquée en doute.

2. D'après de nouveaux documents, l'auteur du Niiy-Kini resterait inconnu, et cet ouvrage aurait été rédigé dans les premières années de l'ère chrétienne.

des cadavres : le respect dû aux morts motiva chez eux cette interdiction.

Au commencement du dernier siècle, un empereur du nom de Cang-hi fit traduire en langue du pays (tartare mantchoux) le Traité d'anatomie de Dionis ; mais pas plus cette traduction que l'autorisation accordée par le même souverain d'ouvrir quelques corps de suppliciés ne modifièrent les idées anatomiques des Chinois *.

Us admettent deux principes de vie : la chaleur vitale (yang) ; l'humide radical (yn). Les esprits et le sang servent de véhicule à ces deux principes. Quant au corps lui-même, ils le comparent, dans leur langage imagé, à une sorte de luth dont les artères, les veines et les nerfs représenteraient les cordes. Diverses relations existent entre le principe de vie et les différentes régions du corps. C'est ainsi que l'humide radical réside à gauche dans le cœur, la rate et le rein gauche, et à droite dans le poumon, le foie et le rein droit; ce rein est considéré comme le réservoir de la semence. La chaleur vitale, à son tour, siège dans l'estomac, l'intestin, la vésicule du fiel, les uretères ; elle communique d'ailleurs avec l'humide radical par des canaux destinés à répandre une vigueur spéciale dans l'économie tout entière.

Ici, comme dansTInde, on attache la plus grande importance aux caractères du pouls, et le Père Duhalde ajoute même qu'on arrive parfois à des résultats surprenants -.

Le principal traité que possèdent les Chinois sur ce sujet est attribué au médecin Ouang-chou-ho, qui a vécu quelques siècles avant l'ère chrétienne ; le Père Hervieux l'a traduit en notre langue, et A. Cleyer en a donné une

1. Voir, pour plus de renseignements : Lieutaud, Anatomie des Chinois. {^Gazette des hâpitanx, 1844.)

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