‹ Précis d'histoire de la médecineChapitre 58 sur 179 · DIGNITÉ ET MORALITÉ PROFESSIONNELLES · texte numérisé non relu

DIGNITÉ ET MORALITÉ PROFESSIONNELLES

auteurs de mes jours ; je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échant^ je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et s'ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part des préceptes, des leçons orales et du reste de l'enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par un engagement suivant la loi médicale,, mais à nul autre. Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne de poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion; semblablement, je ne remettrai à aucune femme de pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté ! Je ne pratiquerai pas l'opération de la taille \ je la laisserai aux gens qui s'en occupent. Dans quelque maison que j'entre, j'y entrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. Quoi que je voie ou entende dans la société pendant l'exercice ou même hors de Texercice de ma profession, je tairai ce qui n'a jamais besoin d'être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. Si je remplis ce serment sans l'enfreindre, qu'il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire * I »

1. M. le docteur Charpignon, d'Orléans, a récemment composé un Traité sur Vohligation de ne point pratiquer la taille, imposée par le serment. A ses yeux, comme à ceux de plusieurs autres commentateurs (R. Moreau, Gauthier, Malgaigne), ce serait non la taille, mais la castration, qui aurait été défendue aux disciples d'Hippocrate.

2. On a reproché à Hippccrate d'avoir violé son serment, en ce qui concerne les remèdes abortif s.

Abrégé et modifié, le serment s'est pBrpétué jusqu'à nos jours dans l'Ecole de Montpellier '. Il y faisait jadis partie de ce qu'on était convenu d'appeler l'acte de triomphe. Le récipiendaire le prêtait, la main étendue sur le livre d'Hippocrate, le corps revêtu de la robe de Rabelais ^, un bonnet de drap noir surmonté d'une houppe de soie cramoisie sur la tête, un anneau d'or au doigt, les reins entourés d'une ceinture dorée. C'est sans doute au pompeux appareil dont on avait coutume d'entourer cet acte que Molière dut l'inspiration delà cérémonie du Malade imaginaire^.

Quoi qu'il en soit, le serment nous paraît être le couronnement suprême d'une pure morale qui place sur la tête du divin vieillard un impérissable diadème de grandeur.

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