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Sonnini, Voyage en Grèce et en Turquie, 1801, tome II

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spéculative, laquelle trop souvent s'égare en hypothèses, qu'Hippocrate s'est le mieux distingué des philosophes de l'antiquité ^ ». Celse nous le dit d'ailleurs : « Hippocrates Coiisprimus ex omnibus memoriâ dignis, a studio sapientiae medicam disciplinam separavit, vir et arte et facundiâ insignis )>.

Ce serait cependant une erreur de croire que l'illustre médecin de la Grèce ait refusé d'admettre l'intervention du raisonnement en médecine ; pour prouver au contraire la large part qu'elle lui concéda, son école prit le nom significatif de dogmatiste, et il nous le déclare d'ailleurs luimême : u Le médecin philosophe est égal aux dieux «.C'est dans le seul but de montrer l'inanité des vues purement théoriques, si la consécration pratique vient à leur faire défaut, qu'il s'est toujours efforcé de corroborer son dire par de fréquents exemples. On ne doit pas envisager ses œuvres comme d'hypothétiques conceptions de l'esprit; elles sont le fruit d'une longue et sage expérience, et la génération actuelle trouve à y glaner avec profit.

« L'hippocratisme, dit Boyer "2, est un éclectisme, mais

1. « Hippocrate sépara la saine philosophie, ou, si l'on veut, la véritable logique, c'est-à-dire l'art d'observer, de comparer, de juger et de tirer des conséquences rigoureuses, d'avec ces systèmes philosophiques plus ou moius absurdes, ou d'avec ces cosmogonies plus ou moins ridicules de tant de prétendus sages, ses devanciers, qui étaient non seulement inutiles, mais encore nuisibles à la médecine. C'est là ce qu'ont voulu exprimer quelques auteurs, Celse entre autres, en disant : qu'Hippocrate sépara la philosophie de la médecine .

« Mais quand on dit, du Vieillard de Cos, qu'il a introduit la philosophie dans la médecine, on doit voir en cela la désignation de l'immense service qu'il rendit en portant, dans la médecine, cette recherche sévère de la vérité, cette logique rigoureuse, cette induction si féconde en précieux résultats, destinées à devenir, entre les mains de Bacon, un flambeau impérissable, à l'aide duquel ce grand philosophe éclairerait les sciences de tous les siècles à venir. » (Kiihnholtz, Cours dHiistoire de la médecine et de bibliographie médicale. Montpellier, 1837.)

2. Boyer, Dict. encycl. des sciences médicales. Art. Médecine.

un éclectisme immédiat^ c'est-à-dire sortant directement des faits ; car notre science a ce caractère. Il est tour à tour solidiste ou humoriste, méthodiste, tenant compte du mécanisme ou du dynamisme, selon qu'il représente tel ou tel ordre de faits. Aussi chaque système l'a-t-ij regardé comme son promoteur *, sans s'apercevoir qu'il n'appartient à aucun, tandis que tous lui appartiennent, parce que les faits, envisagés sans exclusivisme, doivent finir pardonner tous ces éléments unis et fondus ensemble dans une harmonieuse unité. L'hippocratisme n'est point parfait ; il a ses erreurs et ses lacunes; mais on doit redresser les unes, combler les autres, en suivant sa méthode, sa logique, en profitant de tous les perfectionnements qu'il n'aurait point négligés, en agrandissant et remplissant le cadre qu'il a tracé. »

Dans sa conception de la maladie, Hippocrate s'est départi de cet éclectisme dont nous parle le professeur Boyer, pour se montrer véritablement humoriste. Il la considère en effet comme produite par une humeur qui se localise en un point quelconque du corps. La crise ^ donne issue à cette humeur peccante, etlemode suivant lequel celle-ci est évacuée prend le nom de 'phénomène critique. Si, par suite àQ?> sympathies organiques'^ ^ l'humeur, au lieu d'être rejetée au dehors, gagne une autre région, il y a métastase .

1. M. Forget a revendiqué naguère Hippocrate au nom de l'organicisme.

2. Outre le Traité apocryphe des crises, il est encore question de ces dernières dans maints ouvrages, dont la paternité remonte incontestablement à Hippocrate, et le Traité des crises lui-même n'est qu'une compilation de sentences tirées probablement du Pi'onostic, des Epidémies, des Aphorismes&t des Prénotions de Cos.

3. Le corps vivant est un tout harmonique dont les parties se tiennent dans une dépendance mutuelle, et dont tous les actes sont solidaires les uns des autres. » (Hipp.)

4. Hippocrate, Œuvres. Trad. Littré, VI, 41 — VI, 173 — VI, 217.

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Le mot crise (du grec xptatç, jugement) a été transporté dans Je domaine médical, par suite de l'analogie que l'on a cru trouver entre la situation de l'accusé attendant son arrêt et celle du malade arrivé à un moment décisif de l'affection qui l'obsède ^ Ce terme, laplupartdu temps interprêté dans un sens favorable, fut cependant parfois pris en mauvaise part. Pour que la crise pût s'effectuer, il convenait que les humeurs fussent parvenues à un degré de coction suffisante, et dès lors le phénomène critique s'opérait par un des grands émonctoires de l'économie (urine, sueur, déjections alvines, vomissement). La crise appartient en propre aux maladies aiguës, la coction humorale n'existant pas dans les maladies chroniques. Elle se montre de préférence à certaines périodes, et la détermination de ces époques est connue sous le nom de doctrine des jours critiques : « Les fièvres, dit Hippocrate , se jugent le quatrième jour, le septième, le onzième, le quatorzième, le dix-septième, le vingt-unième et encore, dans les maladies aiguës, le trentième, puis le quarantième, puis le soixantième; mais, passé ces nombres, la conduction des fièvres devient chronique ». Si la doctrine des crises est parvenue jusqu'à nous, les siècles ont fait une suffisante justice de celle des jours critiques ; Hippocrate lui-même n'a pas été absolu à leur égard. Et laissant le poète latin répéter à l'envi le fameux « numéro deiis impare gaudet », tandis que Galien se plaira à considérer le sixième jour comme un tyran, nous dirons avec Chauffard c( qu'admettre ou rejeter les jours critiques ne saurait être en médecine une affaire de doctrine et ne touche pas aux notions essentielles comprises dans la doctrine des crises )->. Celles ci

1. Pour plus grands détails sur les crises, consulter : ïïamelin, Dict. encycl. des sciences méd., art. Crise ; et Eobichon, Considérations i,énérales sur la doctrine des crises. Thèse de Paris, 1864.

existent en effet réellement ; elles sont l'expression vraie et ultime des efforts effectués par la nature médicatrice ^ pour la conservation des êtres. Niées par les organiciens, elles seront toujours reconnues par les vitalistes, disposés à admettre une certaine spontanéité dans l'évolution pathologique. On doit les considérer comme de rapides mouvements de l'économie vivante, représentés par diverses opérations organiques et ayant pour résultat l'achèvement de la maladie. Ainsi comprises, elles sont susceptibles de recevoir des modifications de la part de diverses influences étiologiques d'ordre hygide ou d'ordre morbide. Nous les définirons donc simplement « des synergies variables par lesquelles se jugent les maladies ».

Les métastases "^ [iJ.Exa.azaaiç, déplacement) signifientpour les humoristes changement de l'humeur morbifique d'un point à un autre de l'économie ; les solidistes en firent plus tard une sorte d'irritation ou de spasme pouvant gagner de nouveaux organes. Fort négligée au moyen âge, leur étude fut reprise au xviii'' siècle, où l'on vit tour à tour régner la théorie humorale et la théorie solidiste. Au commencement du siècle actuel, les métastases ont été

1. « Il n'est pas de maladie organique, écrit Bouchut, dans laquelle on ne découvre la preuve de son existence, soit par des résultats curatifs complets, soit, au contraire, par une simple ébauche, lorsqu'une action intempestive l'arrête et l'empêche de réaliser complètement son œuvre de réparation. Hippocrate donnait à cette puissance le nom de natvre, et la doctrine qui a consacré son intervention dans les actes pathologiques est connue sous le nom de naturisme. C'est ce que d'autres ont appelé puissance intérieure, force ou nature médicatrice, ou enfin, d'après moi, l'agent vital. » (Bouchut, Nouveaux éUmintR de pathologie générale. 4« édition. Paris, 1882.)

2. a Si quelque humeur flue hors du corps plus que ne le veut la surabondance, cette évacuation engendre la souffrance. Si, au contraire, c'est en dedans que se fait l'évacuation, la métastase, la séparation d'avec les autres humeurs, on a fort à craindre, suivant ce qui a été dit, une double souffrance, savoir au lieu quitté et au lieu engorgé. » Cette citation est extraite de la Nature de Vhemme, ouvrage attribué à Polybe, gendre d'Hippocrate. (Traduct. Littré. Tome VI, page 41.)

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formellement niées, et, de nos jours, il est aisé de constater dans les esprits une sorte de retour vers leur admission \

Plusieurs historiens attribuent en outre au père de la médecine la connaissance des constitutions médicales , et considèrent les l^*" et ^^ livres des Epidémies comme les bases réelles de cette doctrine; mais, bien qu'il ait observé l'influence des saisons sur les maladies populaires, il n'est nullement question dans Hippocrate, comme le dit Andral, d'une maladie générale, unique, variant suivant les diverses conditions atmosphériques et imprimant son cachet aux affections qui se développent sous son influence.

En résumé donc, les crises, les métastases, les sympathies ou synergies organiques servirent de fondement au naturisme d'Hippocrate \ Cette doctrine présuppose d'ailleurs l'action réelle d'une nature prévoyante, dans toutes les opérations physiologiques aussi bien que dans tousles actes vitaux : il n'est pas de déchéance plastique si avancée qui ne pui?se rétrocéder sous la salutaire influence de cette naturel morborum curatrix, et tous les efforts du praticien doivent tendre à l'aider dans son œuvre de restauration : « Quô natura vergit, eô ducendum ».

1. « De l'union de la clinique, de la physiologie et de la chimie, dit Quinquaud, est né un déterminisme pathologique plus éclairé, qui nous montre la métastase existant réellement, mais beaucoup plus rare qu'on ne le croyait. La grande question des métastases est dominée par la maladie générale ou généralisée ; la métastase est une localisation insolite, dérivée d'une autre manifestation, et se produisant là où existe un locus minoris resistentùe. La métastase est partout d'ordre sécrétoire ; en effet, la localisation morbide peut être considérée comme une sécrétion interne qui sert d'émonctolre ; dans ce cas, les matériaux qui la constituent sont préformés dans le sang, et si elle vient à cesser brusquement, il en résultera une dyscrasie plus intense ; de là, possibilité de métastase. Au contraire, dans certains cas, la localisation n'a rien de commun avec l'émonctoire ; si alors elle vient à cesser, même rapidement, il n'en résulte aucun accident fâcheux. » {Des métastases. Thèse présentée au concours de l'agrégation par E. Quinquaud. Paris, 1880.)

2. Voy. Sprengel, Ajjologie des Rippocrates uni seiner Grundsœtze. Leipzig, 1789-1792.

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