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CHAPITRE VII

SUCCESSEURS d'hIPPOCRATE. — PLATON ET ARISTOTE.

Le célèbre médecin dont nous venons d'étudier l'œuvre s'éteignit, mais son génie lui survécut, et longtemps encore no us verrons ses idées régner en souveraines dans la science.

Ses fils embrassèrent la profession médicale^, et son gendre Polybe continua à enseigner sa doctrine. Après eux et avant lafondationde l'Ecole d'iVlexandrie, nous retrouvons quelques hommes, dont nous ne pouvons nous empêcher de citer les noms.

Tels furent Ctésias le Cnidien *, surtout célèbre par son Histoire des Perses, et qui n'est guère connu en médecine que pour avoir blâmé le chef de l'Ecole de Cos d'avoir tenté la réduction des luxations du fémur ^.

Diodes de Chanjste, surnommé par les Athéniens le second Hippocrate, et auteur de plusieurs livres sur les maladies, s'occupa surtout de celles qui afïectent spéciale-

1. Il était, suivant Galien, parent d'Hippocrate. Outre son Histoire des Perses, Ctésias en écrivit aussi une de l'Inde. Photius nous a conservé un extrait de ces deux ouvrages. Ce fragment original, publié pour la première fois en 1557 par Henri Etienne, fut réédité par les soins du même auteur en 159-1, et traduit plus tard en français par Larcher,àla suite de son Hérodote.

2. « Le style de Ctésias est clair et simple, ce qui lui donne beaucoup d'agrément. Il emploie le dialecte ionien, non pas perpétuellement comme Hérodote, mais seulement en quelques expressions ; et il ne s'écarte pas de son sujet par des digressions à contre-temps, comme cet historien. Quoiqu'il reproche à Hérodote beaucoup de fables, il n'est pas exempt lui-même de ce défaut, surtout dans son Histoire de l'Inde. Le principal agrément de son histoire consiste dans la manière dont il raconte les événements, tantôt en surprenant le lecteur par des récits auxquels on ne s'attendait pas, tantôt en émouvant les passions, et beaucoup plus encore en se servant du fabuleux pour l'embellir. Quant à sa diction, elle est le plus souvent décousue, et il se sert fréquemment d'expressions basses ; bien éloigné en cela d'Hérodote, dont la narration claire, vive et variée, se soutient également partout, et sert de règle et de modèle du dialecte ionien. « (Extr. de Photius.)

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ment le sexe féminin ; on lui attribue le mérite d'avoir distingué la pleurésie d'avec la pneumonie. Dioclès fut le premier, suivant Galien, à composer des ouvrages en faveur de ceux qui n'étaient point issus de pèresmédecins*. C'est à lui, paraît-il, qu'on doit le premier traité d'anatomie humaine.

Praxagore de Cos, le dernier des Asclépiades, soutint noblement l'honneur de la médecine raisonnée et appela l'attention de ses successeurs par ses remarquables travaux sur le pouls.

Chnjsippe de Cnide (vers Tan 320 av. J.-G)^ conçut l'audacieuse prétention d'exclure les purgatifs et la saignée du domaine de la thérapeutique. Il écrivit sur les vertus des plantes et consacra un ouvrage spécial au chou.

Au milieu de tous ces hommes, on vit briller deux grandes et nobles figures de philosophes,, dont les noms ne sauraient être indifférents au médecin historiographe ; je veux parler de Platon, que l'élégance de son style et sa correcte diction firent surnommer le Cygne de l'Académie, et du chef des Péripatéticiens, le célèbre Aristote.

Plus physicien que médecin, Platon eut recours, dans sa recherche de la vérité, plutôt à Fintuition mentale qu'aux données de l'expérience ^ : déplorable méthode pour quiconque veut en essayer l'application aux sciences naturelles! « Son Anatomie, dit Andral, tout étrange et toute bizarre qu'elle est, est cependant curieuse à lire comme

1. Dioclès avait composé un ouvrage intitulé : Des maladies^ de leurs causes et de leur traitement, où, au dire de Galien, toute la médecine était passée en revue. Il osa émettre en plein règne hippocratique l'idée hardie que la fièvre n'est qu'un symptôme.

2. Chrysippe fut mîiître d'Erasistrate : c( Il renversa, dit Pline, par un babil extraordinaire les maximes des médecins qui l'avaient précédé. »

3. Galien nous enseigne cependant que Platon eut une plus grande admiration pour Hippocrate que pour aucun des hommes illustres qui avaient existé avant lui.

œuvre d'imagination. » La matière, suivant lui, a d'abord dû affecter la forme triangulaire, puisque celle-ci est la plus simple et qu'une particule matérielle, quelque figure qu'elle ait d'ailleurs, peut toujours être convertie en triangle. Plus tard cette matière a produit les éléments (eau, feu, air, terre).

La moelle épinière est la partie du corps de l'homme qui prend, naissance la première ; elle sert de jonction à l'âme et au corps. L'âme immortelle et raisonnable a pour siège le cerveau ; mais il existe aussi des âmes mortelles, sources de qualités moins élevées qui résident dans la poitrine et même dans le ventre ; « cette dernière a été placée dans cette région comme un râtelier,, pour que le corps puisse y trouver sa nourriture ».

Les maladies dérivent de l'excès ou du défaut dans le corps humain de l'un quelconque des éléments constitutifs. Enfin la matrice est pour Platon « un animal qui souhaite de concevoir », et les affections dont elle est le siège sont provoquées par ce besoin de conception.

A l'érudition de Platon, Aristote joignit le génie de l'observation la plus consommée. On pourrait peut-être, il est vrai, lui reprocher de s'être un peu trop occupé de métaphysique^ et d'avoir parfois fait intervenir les causes finales dans des questions qui relèvent de la science pure; mais il faut cependant bien avouer que nous devons en arriver à lui pour trouver un exposé de physiologie convenable. Et M. Milne- Edwards nous paraît avoir fait d' Aristote le plus bel éloge possible, en l'appelant « le père des sciences naturelles ». Un des principaux écrits du philosophe de Stagyre est certainement son Histoii^e des animaux, où il se dévoile comme grand anatomiste et profond penseur. Effleurons en quelques lignes cette œuvre immense :

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Aristote divise le corps de l'homme en quatre grandes régions (la tête, le cou, le thorax, les bras et les jambes), qui se subdivisent elles-mêmes en régions secondaires. L'ostéologie et Tarthrologie «ont assez bien connues de lui, mais il confond les nerfs avec les ligaments et leur assigne la même nature. Les mouvements sont volontaires et involontaires : les os, reliés entre eux par les articulations^ assurent l'exécution des premiers, tandis que c'est sous la seule influence vitale que s'accomplissent les seconds, et Aristote compare les organes qui en sont doués à des animaux renfermés dans l'animal lui-même.

L'aliment broyé dans la bouche passe dans l'œsophage, et de là dans l'estomac et l'intestin, où les sucs nutritifs qu'il renferme sont séparés d'avec les résidus excrémentitiels. L'estomac et l'intestin jouent à son égard le même rôle que la terre à l'égard des plantes ; les veines représentent les racines du végétal et sont de véritables agents d'absorption. Ainsi que le fait remarquer M. le docteur Geoffroy, dans sa monographie consacrée à l'anatomie et à la physiologie d'Aristote *^ cette comparaison a été plus tard reprise par Boerhaave, lorsqu'il dit, dans son langage imagé, « que l'animal porte ses racines dans son ventre ».

Le cœur est une source de chaleur ; c'est aussi le lieu 011 naissent les passions et le véritable siège de l'âme. Le foie sert à la coction des aliments, et la rate absorbe les vapeurs superflues de l'estomac. Quant aux reins, ils sont destinés à imbiber en partie l'excrément, mais semblent aussi devoir laisser filtrer les humeurs à travers leur propre substance. Les poumons peuvent être comparés à des soufflets de forge ; ils se dilatent, par suite de la chaleur intérieure, soulèvent le thorax et laissent pénétrer l'air ;

1. Jules Geo&Toj , L' Anatomie et la Physiologie d' Aristote exposées d'aprèt les traités qui nous restent de ce pMlosophe. Paris, 1878.

puis, quand la chaleur diminue, ils s'affaissent de nouveau, et l'air se trouve expulsé : tel est le mécanisme de l'inspiration et de l'expiration. Le cerveau est enveloppé de deux membranes (dure-mère, pie-mère) ; il est toujours privé de sang- et plus volumineux chez l'homme que chez la femme *. Le sperme représente un résidu utile de l'aliment, et la fécondation s'effectue par le mélange de la liqueur prolifique de l'homme avec le sang menstruel de la femme. La superfétation est admise comme possible, quoique très rare. Enfin, à propos de la lactation, Aristote parle d'un bouc de Lemnos qui fournissait une quantité de lait suffisante pour faire de petits fromages ^.

Prenant toujours l'homme pour point de départ, ce savant philosophe fait connaître les animaux en montrant les rapports qu'affectent les diverses parties de leur corps avec celles du corps humain. Il donne ainsi, grâce à ces fréquentes comparaisons, plus de force et de vivacité à son récit, que vient d'ailleurs étayer la plus scrupuleuse expérience, et son livre restera toujours un chef-d'œuvre zoologique.

1. Cette dernière partie delà phrase renferme vine vérité reconnue d'Aristote, et que les modernes n'ont fait que confirmer.

2. Geoffroy Saint-Hilaire a également fait mention dans ses curieuses études d'un bouc lactifère.

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