Calamus scriptorius
7. Hérophile continua sur le pouls les curieuses études inaugurées par Praxagore, et distingua dans la pulsation artérielle la rapidité, la force et le rythme.
8. On prétend qu'Erasistrate se concilia la faveur de Séleucus, roi de Syrie, en délivrant son fils Antiochus d'une maladie consomptive, dont il reconnut la cause avec un tact exquis. Cette affection était due, paraît-il, à l'amour d' Antiochus pour la reine Stratonice.
rapport : sa dislinction des nerfs en moteurs et sensitifs, sa description des valvules cardiaques et celle non moins remarquable qu'il nous a laissée des circonvolutions cérébrales \ l'attestent assez haut.
Mais la physiologie ne progressait malheureusement pas proportionnellement à l'anatomie : c'était, disait-on, à l'air vital dont l'organisme se pénètre pendant l'inspiration que les diverses fonctions se trouvaient redevables dé leur régulier accomplissement : on croyait, au reste, que les artères et le cœurgauchene renfermaientaussi que de l'air.
En thérapeutique, Erasistrate désapprouva également et l'usage de la saignée et celui des purgatifs, réservant ses préférences aux vomitifs et aux lavements. L'hygiène était appelée, suivant lui, à jouer le rôle principal dans le traitement des maladies ^.
Parmi les anatomistes qui suivirent Hérophile et Erasistrate et précédèrent Galien, il en est deux auxquels nous devons une mention spéciale : Rufus d'Ephèse, qui vécut sous Trajan, et dont les œuvres ont partiellement échappé au naufrage du temps ^, et Marinus, que Galien envisagea comme le restaurateur de l'anatomie. Il appartint au règne de Néron, et on lui doit la connaissance des nerfs palatins, ainsi que la description du grand hypoglosse.
« Erasistrate et Hérophile n'ont été, dit Galien, qu'à
1. « Nulle part, dit-il, dans toute la série animale, je n'ai trouvé des circonvolutions si nombreuses et si marquées, séparées par des anfractuosités si profondes, que chez l'homme. »
2. « Erasistrate leur donne pour cause l'excès de nourriture, les digestions et la putridité des humeurs qui en sont les suites ; il ajoute qu'une diète modérée, dont le besoin seul est la règle, fait la santé. » (Plutarque.)
3. Consulter : Œuvres de Rufus d'Ephèse; texte collationné sur les manuscrits, publication commencée par Ch. Daremberg, continuée par Ch.- Bmile Ruelle. 1 vol. grand in-S, Paris, 1879.
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demi-médecins dogmatiques » ; quelques-uns de leurs disciples s'éloig-nèrent plus encore des véritables idées d'Hippocrate et donnèrent dans l'empirisme.
Empirisme i. — Philinus de Cos et Sérapion d'Alexandrie furent les promoteurs de la nouvelle doctrine, qui devint plus tard synonyme d'observation pure. Pour l'empirique, en effet, il n'est de jugement admissible que celui qui nous est fourni par les sens : remarquable rapprochement d'une antique conception avec les théories de nos sensualistes modernes ; nous verrons ces mêmes idées, sur lesquelles les siècles essayeront vainement de jeter le sombre voile de l'oubli, revivre un jour fécondées par le souffle puissant de Loke et de Condillac !
« Les principes de la philosophie pyrrhonienne, dit Andral, furent évidemment ceux qui inspirèrent le fondateur de l'Ecole empirique. Observer sans raisonner, ne s'occuper que des phénomènes, négliger dans les sciences la recherche de l'essence des choses, et, en médecine, l'étude de la cause prochaine et de la nature intime des maladies, tels étaient les préceptes que Philinus de Cos donnait à ses disciples. Puisque, disait-il, le raisonnement ne peut mener qu'à l'incertitude, à quoi bon raisonner ? — Si les théories sont trompeuses, à quoi bon les théories? Le raisonnement et les théories sont pour lui des jeux d'esprit, des jeux d'enfant, une forme de passe-temps, sans aucune importance ^.
L'expérience revêt aux yeux de l'empirique trois formes distinctes : elle est parfois le fruit du hasard ; dans
1. Voy. pour la bibliographie : Richter, Programma âe vetervm empirieo. rum inffemntate Gotting:, 1741. — Kaiser, De medicinœ empirieœ veteris atque hodiernœ diversitate. Helmstadt, 1741. — Zimmermann, Von der Erfahrung in der Arznexknnde. Zurich, 1787. — Schulze, De veteris empiricœ soholœ dianitate. Halse, 1800, etc.
2> Anrîral, lno> oit.
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d'autres conditions, elle devient le produit d'un essai, ou enfin le résultat d'une imitation de la nature, du hasard ou de l'essai indiqué. L'observation, l'histoire et la comparaison forment la trilog^ie essentielle des doctrinaires qui nous occupent. Rejetant l'étude de toutes les causes qu'ils appellent occultes, on ne les voit guère s'appliquer qu'à la recherche des signes diagnostiques de la maladie et aux effets des médicaments {jiwantia et lœdentia). Parmi les causes occultes, les empiriques rangent toutes celles qui sont relatives aux premiers éléments entrant dans la composition du corps, et leur refus d'admettre l'utilité de cet ordre de faits engendre fatalement pour eux la négligence de l'anatomo-physiologie. Ennemis des dissections, ils accusent les dogmatistes de choquer en s'y livrant les principes de Thumanité la plus vulgaire K
En pathologie, l'accident simple (toux, chaleur, etc..,)diffère pour eux d'avec ce qu'ils sont convenus d'appeler le concours des symptômes : ils désignent de la sorte un groupe d'accidents que l'on a coutume de voir évoluer simultanémentet auquel ondonne un nom demaladie connue (péripneumonie, inflammation, etc.).
Enfin les empiriques excluent l'indication de leur thérapeutique, car elle suppose la connaissance de causes, dont ils contestent l'utiHté.
Quoique rejetant en principe le raisonnement, ils sont
1. « C'est une cruauté inouïe, disent-ils, de disséquer des hommes tout vivants, et de faire d'un art destiné à la conservation du genre humain l'instrument de sa destruction, et cela de la façon la plus barbare ; surtout si, par des voies aussi horribles, on ne peut parvenir à découvrir une partie des choses que l'on cherche, et si l'on peut connaître les autres sans exercer
une pareille inhumanité Peut-on dire que ces parties, dans le cadavrei
soient dans l'état où elles étaient dans le sujet vivant? — Qu'a donc fait ce médecin ? — Il a égorgé un homme de la manière la plus cruelle et n'a pu venir à bout de voir les viscères tels qu'ils sont dans l'homme pendant la vie. » (Celse, De re mcd. Traduct. Ninnin. Paris, 175i, Tome \, page 17.)
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néanmoins moins absolus sur cette matière que ce qu'on a voulu rinsinueri, et se seraient parfaitement accordés avec Néoptolème, lorsqu'il a dit : « qu'il devait nécessairement philosopher, mais qu'il couperait court, n'étant pas d'humeur à philosopher à fond ».
Aucun écrit ne nous est parvenu de cette secte ; nous ne la connaissons quepar le témoignage de ceux qui nous en ont parlé. Galien, un des auteurs qui lui est le moins favorable, avoue quelque part qu'il a failli « être ébranlé par ses raisons ». Cœlius Aurelianus l'exalte élogieusement, et en jugeant la dispute des empiriques et des dogmatistes, Celse prend manifestement parti pour les premiers. Si nous jetons nous-mêmes un regard scrutateur et impartial sur cette doctrine, nous sommes obligé d'avouer qu'elle fut un symbole de décadence à l'époque et dans l'école oiielle se produisit, et un signe d'abaissementintellectuel partout où elle a rég-né depuis lors ^.
Dès ce moment, l'éclat de la médecine commence à pâlir à Alexandrie, et nous la voyons faire son entrée à Rome avec Asclépiade de Bythinie, l'ami de Gicéron.
Rénovateur de l'atomisme professé avant lui par Leucippe et Démocrite, ce grand révolutionnaire parvint bientôt à s'attirer une brillante réputation. Le corps humain, comme tous les corps qu'on rencontre dans la nature, est, suivant lui, composé de molécules ag"glomérées, éternelles et douées d'un mouvement continu ; il est criblé en outre
1. C( Neque enim se dicere, consilio medicum non egere, et irrationabile
animal hanc artem posse prsestare » (Cornel. Celsi, De re medica.
Liber I. Prsef.)
« Les empiriques disaient eux-mêmes qu'ils étaient bien éloignés de penser que le raisonnement fût inutile en médecine, ou qu'un animal sans raison pût exercer cet art. » Celse, Traduct. Ninnin. Paris, 17.54.
2. L'expression d.' empirique sert, dans le langage vulgaire, à désigner les ignorants, les charlatans, les gens qui trafiquent de leur art.
d'imperceptibles orifices, portant le nom de pores^ et dans lesquels se meut librement le fluide moléculaire. La santé résulte de l'harmonie entre les pores et les atomes ; si cette harmonie est par hasard troublée, il y a maladie ^ Les fonctions qu'accomplissent les corps vivants sont soumises aux lois de la mécanique.
Les idées thérapeutiques d'Asclépiade sont d'ailleurs en rapport avec ses théories ; dans le but de dilater les pores, il prescrit l'exercice, les frictions, et accorde aussi une vertu des plus salutaires au bon vin, qu'il ordonne parfois mélangé à de Teau de mer ou à d'autres préparations diverses. C'est, en un mot, surtout àThygiènequ'il s^adresse; mais, quelle que puisse être l'excellence des moyens dont celle-ci dispose, un médecin éclairé ne doit pas restreindre ses ressources à leur seul usage ^.
Méthodisme. — Thémison de Laodicée, un de ses disciples, voulut, en créant le méthodisme, répondre à un impérieux besoin de généralisation, toujours inhérent à l'esprit de l'homme ^. Son système fut perfectionné par deux de ses successeurs : Soranus d'Ephèse, le plus estimé des méthodistes, et Thessalus de Tralles, qui se fit à luimême cette orgueilleuse épitaphe : « Ci-gît Thessalus, le vainqueur des médecins ». Cœlius Aurelianus, qui fut le dernier etl'un des plus remarquables représentants decette secte, contribua surtout à la faire connaître par ses écrits.
1 . C'est donc à Asclépiade qu'il convient de faire remonter la doctrine de l'obstruction, que Boerhaave entourera plus tard du prestige de son nom.
2. Celse attribue à Asclépiade l'adage : Cita, tvtd et jucundè, appliqué depuis par les chirurgiens à la médecine opératoire. Voy. Cocchi, Discorso 2)rimo sojn-a Asclépiade. Florent., 175'8 ; et Bianchini, La Medicina d'Asclépiade. Venet., 1769.
3. Juvénal porte sur Thémison un jugement empreint de sévérité : « Quot Thémison œgros, dit-il, autumno occiderit uno ».
Consulter, en ce qui concerne le méthodisme : Prosper Alpin, JDe medicina metkodicâ, libri xiii. Lugd. Bat., 1719.