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CHAPITRE III

Au XVI* siècle, Galien, nous l'avons dit, était encore réputé infaillible ; chacun préférait invoquer une anomalie de la nature que d'oser élever un doute sur la parole du maître. De longs débats surgirent pourtant à l'effet de savoir si, oui ou non, il avait pu disséquer des hommes ; mais, obéissant à un servilisme tout au moins déplacé en pareille matière, les médecins de l'époque n'osèrent se prononcer librement \ Aujourd'hui la partialité scientifique a fait place à l'esprit de recherches, et des hommes dont l'indépendance garantit la sincérité ont éclairé la question d'un jour nouveau. Quelques-uns parmi eux, trop jaloux peut-être de la gloire du médecin de Pergame, persistent à croire qu'il a eu à sa disposition des cadavres humains. Me rangeant, pour mon compte, à l'avis de Daremberg, qui considère comme empruntées au singe toutes les des-

1. Vésale a affirmé le premier que Galien n'avait jamais disséqué de cadavres humains.

criptions anatomiques de Galien*, je dirai avec ce savant: « que son seul tort est d'avoir presque toujours conclu de cet animal à l'homme ».

L'anatomie était à ses yeux une base fondamentale de la médecine pratique, et ses efforts pour l'étudier furent d'autant plus fructueuxqu'il sut tirer un admirable parti des progrès réalisés par ses devanciers dans cette branche de l'art de guérir.

Ostéologie^ Arthrologie. — Le Traité De ossibus décèle sur les os des connaissances presque égales aux nôtres. Ils y sont envisagés comme des corps durs et secs, produits immédiats de la semence et empruntant la sensibilité à leur membrane d'enveloppe^ le périoste ; la plupart d'entre eux renferment une moelle qui leur sert de nourriture % et leur union réciproque s'effectue par symphyse ou par articulation ; des corps blanchâtres plus résistants que les membranes et désignés sous le nom de ligaments maintiennent les extrémités en contact.

Myologie. — Galien a le mérite d'avoir le premier distingué les muscles les uns des autres, et la description qu'il nous en a laissée présente même une assez grande exactitude. Dans son Traité De musculorum dissecliojie, il envisage ces organes comme composés de fibres qui reçoivent à leur tour des artères, des veines et des nerfs ; les tendons terminaux y sont nettement indiqués et les usages du muscle s'y trouvent également mentionnés : « Ce sont, pour lui, les instruments du mouvement volontaire ». Mais il faut malheureusement toujours une ombre au tableau, et les

1. Daremberg a répété toutes les dissections du médecin de Pergame et a été, par de longues et fréquentes séances au Jardin des plantes, fortifié dans cette conviction, qu'il n'eut jamais à sa disposition que des animaux. Guvier et de Blainville pensent qu'il disséqua surtout des magots.

2. Galien décrivit certains os mieux que ses prédécesseurs ; tels furent l'ethmoïde, le sphénoïde, le canal nasal, les cornets, etc.

126 ÉCOLE d'aLEXANDRIE. — MÉDECINE ARABE.

muscles du singe ont été pris pour ceux de l'homme. On attribue au médecin de Pergame la découverte du buccinateur, du pyramidal du nez, du peaucier, du petit pectoral, du rhomboïde, du petit droit antérieur de la tête, de quelques extenseurs du dos, des intercostaux, du poplité, du plantaire et du palmaire, des lombricauxet des interosseux, des sphincters de l'anus.

Angéiologie. — L'ouvrage qui a pour titre De venarum arterianimque dissectione ne renferme que des données fort inexactes sur le système circulatoire ; le rôle du cœur est complètement méconnu * ; le foie passe pour être la source des veines en même temps qu'un agent de sanguification générale, et les divisions de la veine-porte forment dans cette hypothèse les racines du système veineux, comme celles de l'artère pulmonaire constituent les racines du système artériel.

De nombreuses erreurs se glissent encore dans le Traité des organes respiratoires. Bien qu'il ait été le premier à reconnaître l'existence du sang dans les artères, Galien présume néanmoins qu'elles doivent en outre contenir de l'air et considère l'aorte comme appartenant à l'appareil de la respiration. Il existe d'ailleurs, suivant lui, deux aortes : l'une supérieure, l'autre inférieure, et s'il n'eut que des données assez confuses sur la première^ les branches de la seconde au contraire ne lui furent aucunement étrangères. Ajoutons en outre à sa louange qu'il proclama la supériorité numérique des veines sur les artères (il avait en effet parfaitement constaté que tandis que les veines cheminent parfois seules, toute artère est accompagnée de veines satellites^) et décrivit les anastomoses des vaisseaux

1. Il n'ignorait cependant pas l'existence de la cloison interauriculaire.

2. « Vous trouverez donc certaines veines sans artères, mais vous ne trouverez aucune artère sans une veine conjointe. 7) {Œuvres de Galien. Traduct. Daremberg. Tome II, page 197.)

mammaires avec les intercostaux etlesépigastriques. Enfin Ja situation profonde des gros troncs vasculaires, que la nature semble avoir voulu ainsi dérober à la violence des chocs extérieurs, fut loin de lui échapper : « En aucun endroit des membres, dit-il, ni aux pieds, ni aux bras, il n'existe de g^ros vaisseaux à la superficie ; mais, comme il a été dit, ils avancent cachés dans les parties profondes, et plus encore les artères que les veines, attendu qu'elles sont plus importantes et qu'elles font courir de plus grands risques pour l'hémorrhagie, si elles viennent à être coupées ' ».

La Nécrologie ne reste pas en arrière, et Galien fait dériver tous les nerfs du cerveau ^ et de la moelle épinière. Il a, il est vrai, le tort immense de confondre dans une même description le cervelet et le cerveau, et de passer sous un silence complet les anfractuosités et les saillies de la masse encéphalique ; mais il possède des notions assez exactes pour son époque sur les ventricules, la cloison transparente, la voûte à trois piliers, les glandes pinéale et pituitaire, les tubercules quadrijumeaux, l'aqueduc de Sylvius, la protubérance annulaire. Nous ne le voyons établir, dans sa description de la moelle, aucune distinction entre la substance blanche et la substance grise ; les nerfs sont cependant divisés en durs ou moteurs et mous ou sensitifs ^. 11 compte sept paires de nerfs cérébraux * et trente paires spinales, envisag-e les nerfs olfactifs comme

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