‹ Précis d'histoire de la médecineChapitre 76 sur 179 · C'est un cerveau de bœuf que Galien nous décrit · texte numérisé non relu

C'est un cerveau de bœuf que Galien nous décrit

3. Malgré cette distinction des nerfs en moteurs et sensitifs, Galien ignorait que, par sa double origine sur les parties antérieures et postérieures de la moelle, chaque nerf contînt des filets destinés au sentiment et d'autres au mouvement. Cette découverte était réservée au grand expérimentateur Magendie.

4. Dans ces nerfs cérébraux sont compris tous ceux qui sont encore admia aujourd'hui, sauf l'oculo-moteur externe.

128 ÉCOLE d'aLEXANDRIE. MÉDECINE ARABE.

de simples prolongements de Fencéphale, non comme de véritables nerfs, et décrit fort bien les connexions de la paire vag"ue avec le sympathique. Enfin les ganglions nerveux eux-mêmes ne lui sont point étrangers, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par le passage suivant :

« Quand la nature doit conduire un nerf par un long trajet, dit-il, ou l'employer au violent mouvement d'un muscle, elle entrecoupe sa substance d'un corps plus épais, mais du reste semblable. Yous croiriez, en effet, voir un nerf s'enrouler sur lui-même ; il vous semblera, au premier aspect, surajouté et développé autour de ces nerfs ; puis, en disséquant et en examinant avec soin, vous trouverez que ce n'est pas un corps surajouté et développé autour du nerf , mais une certaine substance semblable aux nerfs, unie de tout point et parfaitement identique à la partie du nerf qui vient à elle et qui lui fait suite. Cette substance, semblable à ce qu'on appelle ganglion ', a pour but de renforcer, d'épaissir les cordons nerveux, en sorte que la portion du nerf qui lui fait suite paraît évidemment d'un diamètre supérieur à celui qui la précède. Yous verrez que cette substance existe dans certaines autres parties, et dans ces nerfs descendus de Tencéphale, vous la rencontrerez, non pas une fois ou deux, mais six fois : la première dans le cou, un peu au-dessus du larynx (ganglion cervical supérieur) ; la deuxième, quand ces nerfs entrent dans le thorax (ganglion cervical inférieur), pour aller aux racines des côtes ; en troisième lieu, au moment où ils sortent du thorax (ganglion semi-lunaire) *. »

Le médecin de Pergame remarque aussi qu'en comprimant le cerveau d'un animal, on abolit chez lui l'usage des

1. On a,pi)e\a.it ff an fflio7is, au temps de Galien, de petites tumeurs prenant naissance sur le trajet des tendons, i. Galien, Œuvres. Traduct. Daremberg. Tome II, page 172.

facultés ; il sectionne ensuite la moelle au niveau de ce qu'on est convenu d'appeler aujourd'hui nœud vital, détermine de la sorte la mort subite, et constate enfin, en la coupant à diverses hauteurs, la perte du mouvement et de la sensibilité dans les régions situées au-dessous du point sectionné.

C'est en le voyant ainsi à l'œuvre que nous nous convaincrons aisément de la fausseté des assertions de ceux qui s'obstinent à le faire passer pour un vain dialecticien ; il fut en vérité plus que cela, et les remarques que nous venons de faire nous permettent de saluer en lui dès à présent le père de l'expérimentation physiologique.

Splanchnologie. — L'appareil de la digestion est assez bien décrit par Galien ; il compare l'estomac à un grenier d'abondance d'oii les veines, assimilées par lui à des portefaix, charrieraient le blé au foie, organe hématopoiétique par excellence, qui représente la boulangerie, et dans lequel les aliments subissent une nouvelle purification. L'anatomie qu'il nous a laissée de ce viscère et de la rate se rapporte plutôt à ces organes considérés chez le singe que chez l'homme. Ceci apparaît d'ailleurs clairement lorsqu'il nous parle de la pluralité des lobes de Torgane hépatique ' ; cette disposition ne se montre, il est vrai, ni chez les orangs, ni chez les chimpanzés, mais existe réellement chez les magots, ainsi que Cuvier l'a parfaitement indiqué. Le foie, au reste, ne se borne pas à fabriquer le sang, il en sépare aussi la bile ; quant à la rate, elle sécrète l'atrabile et a pour rôle de purifier les liquides formés dans le foie.

Le cœur prend place parmi les organes respiratoires ; sa fonction, éminemment attractive, consiste à attirer l'air du

1. Le foie de l'homme n'est composé que d'un seul grand lobe et du lobule de Spigel.

BOUILLET. fl

130 ÉCOLE D .U,EXA>'L'RIE. MÉbECIXE ARABE.

poumon, pour le lui renvoyer ensuite. Constitua par des fibres de diverses espèces , cest àlaction de ces fibres et à celle de ses tendons (colonnes charnues"; qu'il est redevable de ses contractions rbytlimiques (systole, diastole", et les vivisections imprimèrent de tels progrès à la physiologie expérimentale, que Galien s'aperçut, sans pouvoir toutefois l'expliquer, de la persistance des battements cardiaques après l'ablation de l'organe *.

Le poumon lui-même est formé par une trame de vaisseaux, dans les interstices desquels on trouve une chair molle, analogue à celle qui constitue le foie ou la rate. Les vaisseaux qui entrent dans sa composition sont la veine artérieuse, l'artère veineuse et la trachée-artère ou canal cartilagineux qui conduit l'air du gosier; l'embouchure de Tàpre artère (trachée-artère) s'appelle larynx : c'est l'organe principal de la phonation.

Malgré ses nombreuses erreurs anatomiques, Galien n'en connaît pas moins le jeu des poumons contre les côtes durant les deux temps de l'acte respiratoire ; le rôle du diaphragme lui paraît aussi familier, et il note sa paralysie, dans les cas de section du nerf phrénique. Les muscles, par le ministère desquels l'air est battu pour former la voix, reçoivent leur innervation des récurrents, dont il s'attribue glorieusement la découverte, bien que Rufus d'Ephèse en eût déjà fait mention avant lui ; ils président à la phonation, et leur section entraîne la perte de la voix.

S'il eut des notions assez précises sur le système urinaire *, bien qu'il n'ait pas connu la muqueuse vésicale, il se fit au contraire du système génital une idée qui est

1. Cette peraistaiice est due, comme on le sait auJoTiidTitii, à l'existence des ganglions intrinsèques ou automoteurs.

2. Galien lia les uretères, pour prouver que c'est bien par ces organes que l'urine se rend dans la vessie.

aujourd'hui tout à fait surannée. Les parties sexuelles de la femme sont pour lui analogues à celles de l'homme, mais retournées en sens inverse. La matrice se divise en deux portions : l'une droite destinée aux fœtus mâles, l'autre gauche destinée aux fœtus femelles. « Chez l'homme et les animaux analogues, dit-il, de même que le corps tout entier est composé de deux parties, droite et gauche, de même il a été établi pour l'utérus une cavité à droite et l'autre à g-auche K » Hippocrate l'avait d'ailleurs déclaré lui-même : « Les fœtus mâles se développent dans la cavité droite, et les fœtus femelles dans la cavité gauche. » Quoiqu'un peu moins absolu, Aristole voulut diagnostiquer le sexe d'après le côté où se produisent les mouvements : « Quant aux mâles, dit-il, leur mouvement commence vers le quarantième jour, et plus particulièrement à gauche ; celui des femelles se fait sentir au quatre-vingt-dixième jour, et surtout à droite ; mais on ne peut poser aucune règle certaine à cet égard, car j'ai vu beaucoup de femmes enceintes de garçons éprouvant le mouvement à droite, et réciproquement ^ d.

L'être humain dérive du fluide spermatique : « Le mâle, dit Galien, a des testicules d'autant plus forts qu'il est plus chaud. Le sperme qui y naît arrivant au dernier degré de coction est le principe formateur de l'animal ^ ». Au moment du coït, la semence de l'homme se mélange à celle de la femme, mais, tandis que cette dernière n'a d'autre rôle que de servir de nourriture à l'autre, la semence du mâle, au contraire, ne tarde pas à se transformer en membranes ; celles-ci s'épaississent dans la suite, augmentent de consistance, deviennent des cartilages, des os,

Page 1