Nicolai Massa Veneti Liitr de morbo Gallico
prétendent certains autres ', le rendirent odieux au sacré tribunal de l'Inquisition, par ordre duquel il fut poursuivi et forcé à quitter Bologne (1523). Bérenger vint donc à Rome, oiiil réalisa une grosse fortune en préconisant les frictions mercurielles contre la vérole '^, et alla mourir à Ferrare en 1550.
Eustachi (1510-1574) est surtout connu pour avoir laissé son nom au repli membraneux situé à l'embouchure de la veine cave inférieure, dans l'oreillette droite du cœur (valvule d'Eustachi), et au conduit qui s'étend de la partie antérieure de la caisse du tympan vers la paroi externe de i'arrière-cavité des fosses nasales (trompe d'Eustache , tuba Eustachiana, conduit guttural). C'est d'ailleurs à de minutieuses recherches sur l'organe de l'ouïe qu'il s'est principalement appliqué ^. Nous avons de lui une bonne description des muscles du marteau, de celui de l'étrier et de la cavité du limaçon. Eustachi aperçut pour la première fois le canal thoracique.
Au nom d'Ingrassia (1510-1580) se rattache le souvenir d'un sublime désintéressement. Pendant la durée de l'épidémie qui sévit à Palerme en 1575, la conduite de ce médecin fut vraiment héroïque , et ses services assidus auprès des pestiférés lui valurent le surnom d' Hippocrate Sicilieii. Mais lorsque la ville reconnaissante voulut acquitter avec de l'or sa dette envers lui, l'homme du dévouement n'accepta qu'une faible portion de la somme qu'on lui offrait, et encore l'employa-t-il à l'embellissement de la cité. Ingrassia donna tous ses soins àl'ostéologie et aux
1. On l'accusait d'avoir ouvert vivants deux Espagnols, pour étudier sur eux les battements du cœur.
2. Le cardinal Colonna n'obtint les soins de Bérenger de Carpi qu'au prix d'un tableau de Raphaël.
3. Haller célébra cet anatomiste dans les meilleurs termes, et Vésale, dit-on, redoutait beaucoup ses critiqueB,
organes des sens. Les petites ailes du sphénoïde portent son nom (apophyses d'Ingrassia, ailes orbitaires, sphénoïde antérieur ou lugrassial), et on lui doit la découverte de l'étrier, que Fallope fut le premier à décrire.
La célébrité de Yarole (1543-1576), premier médecin du pape Grégoire XIII, tient probablement à la nouvelle méthode qu'il inaugura dans la dissection du cerveau, et le mésocéphale reçut en son honneur le nom de pont de Varole.
Fabrice d'Acquapendente (1537-1619) s'adonna tout spécialement à l'anatomie comparée et découvrit les valvules des veines, sans tirer toutefois de ce fait aucune déduction relative au cours du sang. Daremberg Faccuse d'avoir eu plus de réputation que de mérite.
Arantius (1530-1589) fut un des élèves de l'illustre Yésale. Il s'occupasurtoutde la structure du fœtus et du placenta ^ et décrivit avec beaucoup de soin les petits tubercules des valvules sigmoïdes (tubercules d' Arantius), ainsi que les cornes d'Ammon.
Gabriel Fallope , célèbre anatomiste né à Modène en 1523 et mort à l'âge de 39 ans, fait justement époque dans l'histoire de notre science. Il eut le rare mérite d'allier des talents supérieurs à une modestie profonde. Après avoir étudié la médecine à Ferrare, il devint plus tard professeur, à Padoue. L'organe de l'ouïe attira spécialement son attention et, outre les indications magistrales qu'il a laissées
1. « n décrit avec autant d'exactitude que de précision le cordon ombilical, les artères et la veine qui le forment, leur distribution dans le placenta ; il n'admet ni l'allantoïde, ni l'ouraque dans le cordon humain, où ce dernier est remplacé par le ligament supérieur de la vessie. La description du fœtus présente un grand nombre de remarques neuves et importantes. Arantius décrit parfaitement les différences du cœur du fœtus comparé à celui de l'adulte, la disposition du canal artériel, le trou ovale et sa valvule, leur occlusion après la naissance, la communication de la veine ombilicale avec la veine portOi n (Dezeimeria, Diot, hitt.)
sur la conformation de l'oreille interne, il a encore pour la première fois décrit l'étrier. A lui l'honneur d'avoir fait connaître aussi l'aqueduc qui porte son nom et d'avoir appelé Ugament de Fallope l'arcade crurale ou fémorale, qui s'étend de l'épine iliaque antérieure et supérieure à la symphyse du pubis. Aucune des parties constitutives du corps humain ne resta d'ailleurs indifférente à l'anatomiste de Modène : les notions si exactes qu'il possédait sur les os du fœtus, la découverte de plusieurs muscles ', la connaissance d'anastomoses veineuses difficiles à apercevoir % l'énumération des nerfs de l'œil, enfin une mention particulière du rameau nasal récurrent et du nerf glossopharj'iigien, témoignent suffisamment de sa compétence, et il poussa même assez loin ses investigations pour entrevoir les vaisseaux chylifères, dont l'invention était réservée à Aselli '.
Fallope possédait primitivement un canonicat , mais naturellement enclin aux études pratiques d'anatomie, on le vit déserter l'état ecclésiastique pour les dissections et devenir disciple de Vésale ; son nom est désormais inséparable du nom de ce savant.
« Tel qu'un lion courageux, dit M. Chéreau '', on vit bientôt s'élancer dans l'arène un jeune homme qui osa tout
1. Fallope découvrit les occipitaux, le releveur de la paupière supérieure, le génio-hyoïdien, le ptérygoïdien externe, les muscles de l'oreille externe, le droit latéral de la tête, les muscles du voile du palais et du pharynx, le pyramidal de l'abdomen.
2. Les anastomoses, par exemple, des diaphragmatiques avec les mammaires ; des mammaires avec les épigastriques et les intercostales ; de l'azygos avec les veines émulgentes et les veines lombaires.
3. La plupart des découvertes de Fallope ont été consignées dans ses Ob. sefvationes anaiomicœ ; c'est d'ailleurs le seul ouvrage que le célèbre anatomiste ait publié lui-même ; tous les autres sont posthumes et ont été imprimés par ses élèves.
4. A. Chéreau, Bict. encycl. de» sciences médicales. Art. Anatomie (Histoire).
LES RÉFORMATEURS DU XV^ ET DU XVf SIÈCLES. 177
au profit de la vérité, de la science et de la raison^ et qui, sans prendre soin des dangers dont sa carrière va être environnée, brise tout sur son passage et renverse les barrières qui avaient arrêté l'essor de ses prédécesseurs, » André Vésale fut en effet une noble et belle figure; reflétant à la fois le génie et le malheur, elle inspire un respect mêlé de compassion. Trop loué par les uns, indignement calomnié par d'autres, l'illustre anatomiste s'est vu rarement apprécié à son juste mérite : l'exagération ou l'envie ont tour à tour élevé ou rabaissé son piédestal. Il serait injuste pourtant, malgré les services si nombreux qu'il rendit à la science, d'exalter trop brillamment sa mémoire aux dépens de celle de ses contemporains. S'il fut la personnification vivante des découvertes de son époque , d'autres savants ont pris une part active à ses labeurs et doivent conséquemment partager sa gloire.
Né à Bruxelles en i514, Vésale fit ses premières études à Louvain, sous Gonthier d'Andernach. Le goût de l'anatomie se dévoila de bonne heure chez le jeune écolier, qui employait ses heures de loisir à disséquer des taupes et des rats. Attiré plus tard à Paris, Yésale répéta chaque jour sur le cadavre les expériences de son maître Sylvius, et ne craignit pas d'errer nuitamment dans les cimetières pour y faire la chasse aux morts. A l'âge de 23 ans, il se voyait nommé professeur à Padoue, et il publiait à 29 son fameux ouvrage : De corporis hmnani fabricâ. Peu de temps après, Charles-Quint l'appelait comme premier médecin à la cour, et Philippe II lui continua sa confiajice.
Traduit probablement devant les Inquisiteurs, sous la grave inculpation d'avoir disséqué vivant un gentilhomme espagnol, il dut effectuer un pèlerinage expiatoire en Terre- Sainteetmourutpendantla traversée. Quelques auteurs prétendent qu'il fut empoisonné par ordre du sacré tribunal.
Par sa connaissance approfondie du corps de l'homme,
178 DE LA RENAISSANCE AU XVIie SIÈCLE.
Vésale avait été Torgueil de son siècle et devait devenir un objet d'admiration pour la postérité. A une époque où le Galénisme, bien que défiguré et tronqué par l'Arabisme, régnait encore,, le savant Belge avait eu le louable courage, d'élever seul la voix contre le maître, en proclamant bien haut que Galien n'avait jamais pu disséquer que des singes. Reconnaissons-lui donc le mérite de s'être toujours montré jaloux de la vérité et d'avoir su au moins penser par lui-même.
III. Physiologistes. — Michel Servet (loll-155^) * , Mattéo Realdo Colombo * et André Césalpin (1519-1602)' forment au xvi« siècle une triade physiologique qui, sans éclat apparent, aplanit singulièrement les voies à l'immortel Harvey. Tous trois découvrent chacun de leur côté, et pour ainsi dire en même temps, la circulation pulmonaire; tous trois s'érigent aussi en précurseurs inconscients , mais réels, du grand physiologiste que l'Angleterre recueillie se prépare à enfanter.
Somme toute, plus d'essais dans les études physiologiques que de fruits véritables ; on amasse petit à petit et sans s'en douter les matériaux nécessaires à la découverte de la grande circulation.
lY. Pathologistes et Cliniciens. — La réforme par la
1 . Le fameux livre de Michel Servet, Christianismi restitutw, fut saisi par l'Inquisition et fit condamner son auteur au supplice du feu. C'est dans cet ouvrage que se. trouve décrite la circulation du sang à travers les poumons ; il échappa aux flammes du bûcher où fut brûlé Servet et est devenu, paraît-il, fort rare. On en conserve un exemplaire à la bibliothèque Nationale.
2. Colombo résume ainsi la circulation pulmonaire : « Sanguis per arteriosam venam ad pulmonem fertur, ibique attenuatur deinde cum aère una per arteriam venalem ad sinistrum cordis ventriculum defertur ».
3. Césalpin fut un naturaliste célèbre et proposa une classification des végétaux plus rationnelle que toutes celles qui existaient avant lui.
clinique est pour nous plus intéressante ; durant cette période, en effet, une glorieuse série d'éminents pathologistes attachèrent l'autorité de leur nom aux études nosographiques, dont Fernel et Baillou se montraient les dignes représentants. Ces deux médecins surtout réclament l'attentionde l'historien : le premier, par ses travaux, mérita le surnom de Galien moderne, tandis que, par son exhumation des dogmes Hippocratiques, le second se vit qualifié d'ilippocrate français.
Jean Fernel ^, premier médecin de Henri II, naquit à Clermont, en Beauvoisis, l'an 1496. Reçu docteur en 1530, il mourut à Paris le 26 avril 1558. « Fernel parut comme l'éclair, dit Bordeu 2, qui perce les nuages les plus épais ; il naquit dans l'Ecole et s'éleva bientôt jusqu'aux cieux. Jamais auteur si élégant n'orna nos chaires, jamais génie si aisé, si agréable, ne traita notre médecine. Tout le monde lui a donné un rang distingué parmi les médecins ; je le place à côté de Celse, de Thémison, d'Avicenne, presque de niveau avec Galien, et un peu plus bas qu'Asclépiade et qu'Hippocrate, *
C'est à lui que revient Thonneur d'avoir pour la première fois mesuré une portion du méridien, et, malgré les imperfections inhérentes à une méthode fort primitive, les résultats qu'il obtint furent assez exacts '. Scrupuleux observateur de la méthode Galénique, Fernel réintègre dans la science la distinction jadis établie par le maître des deux termes « affection et maladie » (jnorbi instrumentarii , morbi totius substantiœ). Ce n'est d'ailleurs pas là chez ce savant médecin une notion isolée de pathologie générale.
1. Catherine de Médicis se prétendait redevable de sa fécondité à Fernel.