Bordeu, Recherches sur V histoire de la Médecine
3. Ces résultats se trouvent contenus dans l'ouvrage qui a pour titre ; Cosmotheoria, 1528.
180 DE LA RENAISSANCE AU XVIIe SIÈCLE.
et les causes morbides deviennent l'objet d'une étude approfondie de sa part : c'est à les combattre, dit-il, qu'une thérapeutique vraiment rationnelle doit s'étudier, tout en tenant un compte rigoureux de la constitution particulière du sujet, de Tétat des forces, de la nature de la maladie, etc..
Un grand nombre de pages se rapportent aussi dans ses livres * à des généralités séméiologiques, et, abordant ensuite la pathologie spéciale , il établit deux grandes classes : les maladies générales et les maladies locales.
Tandis que la première ne renferme que les fièvres, à la seconde au contraire se rattachent toutes les affections des organes sus et sous-diaphragmatiques, et les maladies dites externes ou chirurgicales. La syphilis est, parmi les affections d'origine récente, la seule qu'il mentionne, et il la désigne sous le nom de lues venerea; toutes les autres descriptions sont reproduites d'après Galien.
En thérapeutique -, l'adage « contraria contrarm curantur » résume tout par la façon quelque peu élastique et arbitraire dont Fernel l'interprète. Les médications évacuante, purgative et altérante sont les grands modificateurs de l'organisme.
Tout en rendant un juste tribut d'hommages à ce médecin, aussi remarquable par l'élégance du style que par la solidité des doctrines , reprochons-lui de s'être parfois laissé un peu trop dominer par le milieu où il a vécu, et d'avoir aveuglément suivi les préceptes de Galien, lorsque sa destinée l'appelait à en être le régénérateur.
Né à Paris en 1538, Guillaume Baillou mérite d'être
1. Fernelii Pathologiœ libri septem. Paris, 1638. — Fernelii Medicina, Paris, lôôi.
2, Fernel, Therapeutices universalis, seu medendi rationis libri septem. Lyon, 1569.
LES RÉFORMATEURS DU XV^ ET DU XVl* SIÈCLES. 481
rang-é parmi les auteurs qui ont le plus contribué à faire revivre la médecine Hippocratique. Il prit le bonnet doctoral en 1570, et sa vivacité dans les argumentations le fit bientôt surnommer le fléau des bacheliers. Elève de Fernel, Baillou sut pousser plus loin que son illustre modèle l'imitation du Père de la Médecine. Dans son livre des Ephémérides ' , écrit lors des épidémies de 1570, il se dévoile comme le véritable créateur des constitutions médicales saisonnières -. La nature préside pour lui à tous les actes hygidos et morbides de l'organisme. A l'exemple d'Hippocrate, Baillou se déclare partisan de la théorie humorale et envisage la maladie comme produite par Taltération des liquides : la crise elle-même en est un mode de terminaison assez fréquent. Enfin , comme si ce ne fut point assez d'admettre l'existence des quatre humeurs cardinales (sang, bile, atrabile, pituite), il en imagine une cinquième, le sérum ou ichor, auquel il fait jouer un grand rôle dans les maladies épidémiques. Outre ses travaux de médecine, signalons les progrès qu'il imprime à l'anatomie normale et à l'anatomie pathologique. Enl580, ses collègues, dont il avait toujours su se concilier l'estime, l'appelèrent à être doyen de la Faculté de Paris et il mourut en 1616. A peu près à la même époque vivait à Montpellier Laurent Joubert (1529-1583) ^. Ce fut aussi un véritable médecin Hippocratique, et il a par cela même des titres assurés à notre sympathie. Une infinité de questions se trouvent traitées dans son ouvrage sur les Erreurs populaires'^, et le succès de ce livre, tiré à 4600 exemplaires,
1. Baillou, Epidemiorum et Epliemeridum libri duo. — Édit. d'Yvaren, in-8o 1858.
2. La découverte des constitutions médicales stationnaires était réserrée à Sydenham.
3. Joubert a signalé la putréfaction comme seul signe certain de la mort réelle.