LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE AU XIP S. 4I
question des universaux « qui a coûté plus de temps au monde que la d3niastie des Césars n'en avait mis à conquérir et gouverner le monde ». Mais il aborde aussi les domaines de la psychologie et notamment l'étude des facultés et des actes de l'âme. Certains principes aristotéliciens apparaissent, mais le fond de cette psychologie demeure augustinienne.
Nulle part la psychologie platonico-augustinienne n'apparaît plus pure et sous forme plus didactique que dans le liber de spiritii et anima d'ALCHER de Clairvaux, qu'on peut appeler le manuel de psychologie de la première période médiévale.
60. Alain de Lille (vers ii 28- 1202 i) est, comme Jean de Salisbur}", un dialecticien consommé, qui recueille et allie des éléments platoniciens, aristotéliciens et néo-pythagoriciens, le tout transposé dans une conception chrétienne. Il sait revêtir ses idées d'une livrée poétique, mais son style imagé et élégant est souvent allégorique et trompeur. La partie la plus intéressante de son œuvre est la polémique qu'il dirige contre les Cathares à l'effet de défendre l'immatérialité et l'immortalité de l'âme. Sa psychologie est tout entière d'inspiration augustinienne.
61. Hugues de S. Victor (109 6-1 141) est une personnalité complexe de philosophe, de théologien dogmatique et de mystique. Son Didascalicon est une classification complète des sciences qui suscita de nombreuses imitations. Son exégèse du pseudo-Denys corrige dans le sens de l'individualisme les formules monistes de J. Scot Eriugène. Ses preuves de l'existence d^ Dieu ouvrent une phase nouvelle dans l'histoire de la théodicée scolastique, car il renonce aux voies aprioristiques et se base sur l'expérience. Quant à sa psychologie, elle est augustinienne.
Section II : Les philosophies non scolastiques
62. Diverses formes de l'antiscolastique. — Toute théorie négatrice de la spiritualité de l'âme ou de la personnalité humaine, ou de la distinction essentielle entre Dieu et la créature, est subversive des principes fondamentaux de la scolastique
i) Principales œuvres : Traclatus contra hœreticos, Mars catholicœfidei, les theologicœ regulœ, Yanticlaudia7ius, de planctu natitrœ. Alain de Lille est aussi un mystique.
et doit être rattachée à une autre direction d'idées. Voilà pourquoi on ne peut ranger parmi les scolastiques quiconque enseigne le matérialisme, la migration des âmes, l'athéisme ou le panthéisme.
L'épicurisme matérialiste prend corps dans certaines doctrines des Cathares et des Albigeois et notamment dans leurs négations de la survie de l'âme, mais les formes principales de l'antiscolastique se rattachent au panthéisme, sous l'influence de Scot Eriugène. Ce sont :
1. le panthéisme chartrain représenté par Bernard de Tours i) ;
2. le panthéisme d'AMAURY DE BÈNES et des Amauriciens. Tout ce qui est est un, et Dieu est immanent à toutes choses. Amaury de Bènes mourut en 1204, mais ses idées lui survécurent et on vit des sectes se réclamer de ses théories sur la déification de l'homme. Ces théories ont d'ailleurs de nombreux points de contact avec des erreurs similaires répandues par Joachim de Floris et par l'auteur de X Evangelium Aetermini.
3. Le panthéisme de David de Dînant (dernières années du Xll^s.) formule le matérialisme le plus absolu. Tout est Dieu et Dieu est la matière. Son ouvrage de tomis id est de divisioîiibiis fut mis au ban des écoles par divers conciles, et il est perdu.
Section III : Le mouvement théologique au XII- siècle
63. Écoles de théologie scolastique. — Au xii^ s., la théologie scolastique est nettement détachée de la philosophie scolastique : les deux reines du savoir médiéval ont chacune leur autonomie, comme sciences distinctes. La théologie prend un essor considérable. De grandes écoles surgissent, où s'accomplissent deux progrès fondamentaux : la codification des matériaux, sous forme de Sentences (sententiae, libri sententiarum) et l'introduction de la « méthode dialectique » comme méthode subsidiaire, à côté de la méthode scripturaire. Par la méthode dialectique on recherche le caractère rationnel d'un dogme. Si bien que l'autorité des Ecritures, auctoritates, est appuyée d'une véritable apologétique, rationes : la distinction des deux termes apparaît chez Pferre de Poitiers, comme plus tard chez Thomas d'Aquin ; et elle est significative.
L'application de la méthode dialectique donne lieu entre
1 ) Dé mundi universitate.