‹ Précis d'histoire de philosophieChapitre 23 sur 69 · LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE AU XIP S · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE AU XIP S

rates. La scolastique reprend de plus belle le problème des universaux, et la révélation des nouvelles œuvres logiques d'Aristote attise le feu des discussions.

On assiste, pendant la première riioitié du xii^ s., à un regain du réalisme outré : Guillaume de Champeaux (i 070-1 120, i) qui d'aileurs varia dans ses formules, enseigne à Paris que l'essence unique et universelle est contenue dans chacun des subordonnés du genre et de l'espèce. A Chartres, qui fut une place forte du réalisme, Bernard de Chartres 2) professe pendant les premières décades du xir s. un réalisme assez voisin du platonisme antique, attribuant un état réel universel aux genres et aux espèces. Son disciple Thierry de Chartres (i^"" moitié du XIP s.) 3), qui fut en même temps l'âme de ce mouvement humaniste et littéraire dont se glorifiaient les écoles chartraines, fit de Dieu Vacte existentiel Aq toute créature. Quant à Guillaume de Conches (vers 1080-1154) 4), il se rallia d'abord aux solutions de ses maîtres, mais s'appliqua dans la suite à des études de ph3^siologie, de cosmologie et de morale.

56. Les formules antiréalistes. — Sous ce titre nous groupons de nombreuses solutions, apparaissant pendant la i""^ moitié du xiP s. et qui, fidèles à la pensée de Boèce, partent de cette thèse que les genres et les espèces ne sont autre chose que le sujet indi\'*iduel, envisagé sous divers aspects. C'est la théorie des respectns de l'anglais Adélard de Bath 5), ou celle des status de Gauthier de Mortagne, ou encore celles connues sous le nom de théorie de Y indijfêrentisme et de théorie de la collectio. Toutes ces théories sont des déclarations de guerre au réalisme outré, et malgré leurs nuances, elles constituent des étapes vers la solution définitive. Leur imprécision s'explique dès qu'on les replace dans leur milieu 6).

57. Abélard. — Critique d'une vigueur peu commune, Pierre Abélard (1079-1142) 7) porte le coup de grâce au réalisme

i) Livres de sentences, traités de dialectique.

2) De exposiiione Porphyrii.

3) Eptateiichon ; de inventioiie rhetorica ad Hcrenniujîi.

4) Magna de naturis philosophia, Drngmaticon philosophiœ, Siimina inoralhim philosophorwu .

5) De eodcni et diverso, Quœstioncs naturales,.

6) Voir dans notre Histoire de la philosophie médiévale, 4™® édit., des développements nouveaux sur cette question.

7) TractatiLS de unitate et trinitate divina ; Theologia christiaiia ; Introdiictio

outré. Il couvre de ridicule G. de Champeaux et met à nu les illogismes de Roscelin. Son antiréalisnie ne marque pas un grand progrès sur les théories contemporaines : l'universel n'est pas une vox (Roscelin), mais un sermo, ou ce qui est susceptible d'être prédiqué de plusieurs, natiim praedicari de pluribiis. Abélard établit entre la théologie et la philosophie un système théorique de rapports qui le rattache aux scolastiques, mais il fléchit dans l'application qu'il en fait au dogme. Il est aussi le vulgarisateur d'une méthode didactique nouvelle en philosophie, où à propos de chaque question il expose le pour et le contre.

58. Gilbert de la Porrée et l'avènement du réalisme mitigé. — C'est Gilbert de la Porrée (i 076-11 54) qui fit faire au problème des universaux le pas décisif i), en mettant en lumière le fondement objectif de la notion universelle. L'esprit compare (colligitj les déterminations essentielles (diversae suhsistentiae) réalisées en de nombreux êtres, et opère une union mentale de leurs réalités semblables ; et c'est cet élément semblable, conforme (cum-forma, ayant la même forme) qu'on appelle le genre, l'espèce. La doctrine de la similitude deg essences, fondement de l'opération abstractive, est définitivement amorcée. On trouve la même doctrine chez le chroniqueur Otto DE Freisingen 2) (vers 11 15- 11 58), disciple de Gilbert. Enfin la théorie de l'abstraction et son rôle dans le problème des universaux apparaît pleinement dans un traité anonyme, de mtellectibus, datant de la seconde moitié du XIF s.

50. Jean de Salisbury est un esprit coordonnateur. Familier des écoles de Paris]dès 11 36, intime des rois d'Angleterre et des papes, évêque de Chartres de 11 76 jusqu'à sa mort en 1180, J. de Salisbury, dans deux ouvrages remarquables 3) se révèle comme le leader de l'humanisme chartrain et le plus bel écrivain du XH'- s. Il s'élève contre un parti de verbalistes ergoteurs et d'ignorantins qui en voulaient à tout savoir (les Cornifîciens). C'est lui aussi qui tenta la première histoire de philosophie contemporaine. 11 donne la solution exacte de cette

nJ thcolo^iam qui n'est que la première partie de la Theologia ; Sic et non ; Scito te ipsum <ieu Ethiai : Dialogue intcr philo?,of>hum. judœum et chriatianum ; des gloses sur Aristote, Porphyre et Boèce ; Dialectica; Historia calamitalmn. i) Lihr sex principorum ; commentaires de Boèce,

2) Chronique ; Gesta Fredcrici.

3) Entheticus de dogmite philosophoruui, de scptcm Septcnis, et surtout le Polycraticus et le Metalogicus.

Page 1