LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE AU XII^' S
' 1° L'initiation de l'Occident, par l'intermédiaire de traductions gréco-latines, et de traductions arabo et hébraïco-latines, à un grand nombre d'ouvrages philosophiques, notamment aux traités fondamentaux d'Aristote (Ph^^sique, Métaphysique, traité de l'âme), aux ouvrages de la science grecque, aux traités philosophiques d'Avicenne, d'Averroès, d'Avicebron, ainsi qu'à un groupe de productions apocryphes, pseudo-aristotéliciennes, dont la provenance alexandrine n'est pas douteuse.
Les traductions gréco-latines sont les plus parfaites. Robert Grossetète, Henri de Brabant, Bartholomée de Messine et surtout Guillaume de Moerbeke (mort en 1286), à côté de beaucoup d'autres traducteurs, méritent une mention spéciale. Les traductions sur l'arabe ou l'hébreu sont beaucoup • plus défectueuses. La plupart d'entre elles sont dues à une entreprise collective de traducteurs tolédains, devenue célèbre et patronnée par l'archevêque Raymond de Tolède (1126-1151) : le plus célèbre est Dominicus Gundissalinus.
Mentionnons aussi Gérard de Crémone et plus tard Michel Scot et Hermann l'Allemand.
2° La création des universités, principalement de celles de Paris, d'Oxford et de Cambridge, qui firent aux études philosophiques une place d'honneur.
Au début du xiip s. les écrits d'Aristote furent l'objet de plusieurs prohibitions de la part de l'autorité ecclésiastique. Mais peu à peu celles-ci tombèrent en désuétude, et à partir de 1255 la faculté des arts accueille Aristote dans son enseignement. C'est dans la faculté des arts qu'on étudiait la philosophie et on y subissait divers actes scolaires (baccalauréat, licence, maîtrise) avant dé s'enrôler dans la faculté de théologie. 3° L'érection des deux grands ordres mendiants, les Dominicains et les Franciscains. Ces corporations religieuses imposent l'étude à leurs membres et s'établissent dans les centres universitaires. Dans leurs rangs se recrutent les principales personnalités philosophiques du xiiP siècle.
A l'exemple des couvents dominicains et franciscains, et peut-être pour contrebalancer leur influence, on organisa plus tard des collèges pour séculiers : le plus célèbre est le collège de Sorbonne.
48 PRÉCIS d'histoire de philisophie
ART. II. — les PHILOSOPHIES SCOLASTIOUES
§ I. — iVoiio?îs générales
70. Caractères généraux et division. — Œuvre du temps et d'une collaboration internationale de penseurs, la philosophie scolastique atteint son apogée au xiiP s. Faisant large accueil à tous les problèmes que se pose une philosophie complète, elle leur donne des soIiitio?is spécifiques, harmonisées dans une imposante synthèse. Tous en acceptent les doctrines organiques. Et cependant, \ individualité des philosophes est frappante. ]\Iultiples et significatives sont les formes de la systématisation scolastique, chacun des grands scolastiques. co7îcrétisant la synthèse abstraite et commune suivant son propre génie.
On peut rattacher les systèmes scolastiques du xiiP s. à divers groupes dont la succession est à la fois historique et logique.
I. U ancienne scolastique du XIIP s. ou les systèmes préthomistes. Tout en s'ouvrant aux idées organiques du péripatétisme déposées dans les traductions d'Aristote, les premiers scolastiques du xiiP s. maintiennent bon nombre de doctrines léguées par la période précédente, alors même que plusieurs d'entre elles sont incompatibles avec le péripatétisme (p. ex. prééminence du bien sur le vrai, et primauté analogue de la volonté sur l'intelligence ; nécessité d'une action illuminatrice et immédiate de Dieu dans l'accomplissement de certains actes intellectuels ; actualité positive de la matière première, indépendamment de toute information substantielle ; « raisons séminales » dans les êtres corporels ; composition hylémorphique des substances spirituelles ; multiplicité des formes dans les êtres de la nature ; identité de l'âme et de ses facultés ; impossibilité de la création du monde ab œterno). De là on remarque dans leurs systèmes un certain nombre àUncohérences doctrinales.
On a appelé augustinisme l'ensemble de ces doctrines qui détonnent sur le fonds péripatéticien, etfractio?i au gustinie7i7ie de la scolastique (par opposition à fraction péripatéticienne) le groupe de philosophes qui les admettent.
U est bien vrai que plusieurs de ces doctrines sont de prove-