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CHAPITRE I La philosophie moderne avant Kant

(xii« et xiiie s.)

I lO. Résumé. — Les fondateurs de la philosophie moderne sont Descartes et Fr. Bacon {§ i). Le premier donne le branle au mouvement rationaliste, accentuant les droits de la raison (ratio) dans l'acquisition de nos connaissances et dans leur mise en valeur ; le second inaugure la tendance empirique (éjUTTeipîa, expérience; et considère la sensation comme l'unique source de notre savoir.

Ce qui rapproche ces deux hommes, c'est que l'un et l'autre ont voulu, en dehors des voies battues par la scolastique, découvrir une méthode nouvelle pour arriver à la certitude (Discours de la méthode ; Novum Orgaiion). La philosophie du xvir siècle est pénétrée de la doctrine cartésienne, non qu'elle en descende directement, mais par l'action d'une série de systèmes originaux auxquels le cartésianisme a donné naissance (§ 2). L'empirisme, qui s'élève rapidement au-dessus des doctrines élémentaires de F. Bacon, se répand en Angleterre (§3) et en France (§ \) aux xviP et xviiP s. On le retrouve secondairement en Allemagne, où l'influence d'un système issu de Descartes — celui de Leibniz — demeure prépondérante (§ 5).

§ I . — Descartes et François Bacon

II ï. Descartes (15 95-1 659) i) fut en rapports suivis avec tous les hommes de science de son temps, non seulement à Paris, mais aussi dans les Pays-Bas, où sa doctrine reçut un

i) Discours de la mcthodc, Mcditaiicjies de prima philosophia, Principia philosopJîiœ, Traite, des passions de Pâme.

DESCARTES g^

accueil des plus favorables. En 1649, sur l'invitation de la reine Christine de Suède, il se rendit à Stockholm, 011 il mourut.

Descartes cherche une méthode nouvelle et, l'ayant découverte, la met en œuvre pour construire sa philosophie.

I. La méthode nouvelle. Descartes rêve de fonder le savoir sur un principe unique, d'où il put déduire « more ^^eometrico » tout un système de vérités. Pour découvrir ce principe, il fait peser un doute sur toiis nos actes de connaître, actes de conscience, sensations externes, premiers principes, etc.; bien plus, il doute de l'aptitude même des facultés, qu'un «'malin génie » peut avoir viciées. De ce doute universel il soustrait — par une voie illogique — la certitude de son existence, saisie, par intuition, dans son acte de penser. « Je pense, donc je suis » constitue la première application de la méthode nouvelle, et il y perçoit son critère de certitude.

Ce critère le voici : la conscience intellectuelle claire et distincte d'une chose comporte l'existence de la chose (réalisme ; rationalisme). Tout acte conscient, continue-t-il, qui m'apparaîtra aussi clair et aussi distinct que le fait de mon existence me mettra en présence d'une certitude.

Reste donc, pour construire la philosophie, à réunir et à coordonner les claires vues de la conscience.

II. La construction philosophique . Les vues claires et distinctes de la conscience se rapportent :

i) à Y existence du moj, de Dieu et du monde. «Je pense, donc je suis ». — Dieu existe, car j'ai l'idée de l'infiniment parfait, et je vois que cette idée, antérieure à celle de l'imparfait, a dû être déposée en moi par Dieu même. — J'ai l'idée du monde extérieur : Dieu, qui m'a donné cette idée, n'a pu m'induire en erreur. Bien plus, toutes les idées claires a^^ant Dieu pour auteur, l'erreur est œuvre de la volonté et non de l'intelligence.

2) à \d. 72 attire de Dieu, du monde et du moi. Dieu seul mérite le nom de substance, ou d' « être qui pour exister n'a besoin du concours d'aucun autre être », les créatures ne pouvant s'appeler substances que pour autant qu'elles sont indépendantes de tout être autre que Dieu. — Le corps ne réside pas dans les qualités sensibles (qualités secondaires) que nous lui attribuons, mais dans l'étendue (qualité primaire) : le corps est une chose étendue, infiniment divisible et continue (influence de l'esprit

mathématique;. La notion de mouvement n'étant pas comprise dans celle de corps, le mouvement est extrinsèque au corps (mécanisme cosmique, hypothèse des tourbillons). — L'essence du moi est la pensée, c'est-à-dire l'acte conscient. Le moi est une res co gitans. Supprimez l'acte conscient (synonyme de pensée dans le langage cartésien), il ne reste rien du moi. Entre l'étendue et la pensée il y a incompatibilité absolue. L'homme est une chose pensante (moi) unie violemment à une chose étendue (corps). De là chez Descartes une tendance à ramener tous les phénomènes psychiques à des représentations conscientes, à amoindrir le rôle de la volonté (primat du connaître sur le vouloir) ; de là la nécessité de ranger tous les phénomènes non conscients parmi les phénomènes étendus et mécaniques (théorie des esprits animaux, automatisme des bêtes, théorie des passions).

112. Bacon de Vérulam. (1561-1626). — Après s-'ètre élevé, sous le règne d'Elisabeth et de Jacob I, à une haute situation politique. Bacon fut disgracié, et il se consacra, dans sa retraite, à la rédaction de deux ouvrages i) où, lui aussi, cherche une méthode nouvelle pour fonder la science certaine.

L La méthode nouvelle. Elle consiste, d'abord, à ne considérer comme certain que ce qui tombe sous l'expérience sensible — non point l'expérience vulgaire, mais l'expérience dépouillée des nombreuses « idoles » ou sources d'erreur ; — puis, au moyen de l'induction scientifique, appliquée aux données de l'expérience épurée, à interpréter la nature corporelle. Bacon décrit avec précision les méthodes inductives, qui d'ailleurs n'étaient pas inconnues des scolastiques (tabuhe preesentia^, absentia3, graduum).

IL La construction philosophique. Bacon pose les principes du naturalisme matérialiste : la nature matérielle, psychologique et sociale est soumise à Tempire d'une nécessité mécanique, exclusive de toute finalité.

Les successeurs de Bacon compléteront son œuvre.

I ) De dignitate et migmentis scientiarum ; IVovum organon scientiaruvi.

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