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LA SCOLASTIQUE ESPAGNOLE

des doctrines organiques, et par rintrodiiction de certaines théories nouvelles (dont plusieurs s'inspirent des préoccupations de la Renaissance). Pour ces diverses raisons, la scolastique espagnole est un mouvement d'idées autonome. Cette restauration a son centre en Espagne et en Portugal, avec des ramifications en Italie ; elle s'opère au sein de l'ordre dominicain

(F. DE ViTTORIA 1480-I566, MeLCHIOR CaNUS I509-1560,

Bannez 1528-1604 i), Jean de S. Thomas 1589-1644) 2), et de l'ordre des Jésuites. Parmi les jésuites Suarez (1548-1617) 3} est le plus célèbre. Sa philosophie est une remarquable interprétation de la S3'nthèse scolastique, qui emprunte au thomisme nombre de matériaux, mais qui s'en écarte dans d'importantes questions, telles que la distinction réelle de l'essence et de l'existence, la possibilité de l'existence séparée de la matière première, la connaissance intuitive de l'individuel par l'intelligence. Le de legibus de Suarez agite notamment la question alors célèbre de l'origine du pouvoir, et soutient, non sans hardiesse, à l'encontre de la théorie du droit divin immédiat, que le consentement du peuple est le titre originel de l'autorité. Sous l'impulsion de P. Fonseca, les Jésuites du collège de Coïmbre menèrent à bonne fin un commentaire immense de la philosophie d'Aristote, connu sous le nom de Collegium Conimhricense, cicrsits Conimbriceiisiiun. En Italie on rencontre G. Vasouez (mort en 1004)4), Alamannus 5) et SiLVESTER Maurus 6).

La restauration espagnole provoqua un revirement profond, qui témoigne assez combien les doctrines scolastiques reprenaient de vitalité, dès qu'elles étaient servies par des capables et non par des ignares. Malheureusement, elle demeura locale ■Qi éphémère. De plus, d'autres groupes de scolastiques continuaient de compromettre la scolastique sur le terrain scientifique, oi^i leur ignorance suscita de lamentables malentendus. io8. Le malentendu des scolastiques et des hommes de science au XVIP s. — Les grandes découvertes

i) Comment, sur la i« et la 2^ 2* de la 5. Theol. de S. Thomas.

2) Cursus philosophicus ad exactam, veram et genuinam Aristotelis et doctoris angelici menteni.

3) Dispiitationcs metaphysicœ ; de legibus.

4) Disputationes metaphysicœ.

5) Siunvia philosophica.

6) Ouœstioniun p'iilosophicariini \. V.

8o PRÉCIS d'histoire de philosophie

de Copernic, de Galilée^ de Kepler, de Newton, de Torricelli, de Lavoisier révolutionnent l'astronomie physique et mécanique, la physique, la chimie, la biologie, en même temps que Descartes, Newton et Leibniz reconstruisent les mathématiques sur d'autres bases. C'est la condamnation de la plupart des théories scientifiques relatives à la ph3'sique céleste et terrestre, telles que le moyen âge les avait incorporées dans sa conception synthétique de l'univers. Galilée substitue au système géocentrique le système héliocentrique. Il découvre au télescope les taches du soleil, des étoiles nouvelles dans diverses constellations, les phases de Vénus : c'en est fait des théories de la solidité des cieux, de l'immutabilité des corps célestes, de leurs ingénérabilité et incorruptibilité. Or ces théories, et bien d'autres théories étaient rivées, par des attaches séculaires, bien que factices et fragiles, à des principes de métaphysique générale et de cosmologie.

Le sort de ceux ci n'était-il pas solidaire du sort de celles-là, et le bouleversement de la science ne devait-il pas entraîner celui de la philosophie ? Pas nécessairement, car au milieu des ruines de la science médiévale restaient debout assez d'observations pour servir d'étai aux doctrines constitutionnelles de la philosophie. Il eût fallu faire le départ entre les principes organiques et une série d'applications arbitraires à des questions intéressant les sciences particulières ; montrer la pérennité des unes et se tenir prêt à renoncer aux autres.

Au lieu de cela, les aristotéliciens s'obstinèrent à défendre dans son entièreté la conception aristotélicienne du cosmos, comme un monument dont on ne peut enlever une pierre sans ébranler tout l'édifice.

Est-iJ étonnant qu'ils se soient attiré les railleries des savants ? Ceux-ci rendirent la philosophie scolastique responsable des égarements de la science médiévale, dont on la déclarait solidaire

Entre hommes de science et scolastiques le malentendu était inévitable et il fut irrésistible. Les uns ont abattu un chêne puissant sous prétexte qu'il portait quelque bois mort dans sa couronne ; les autres ont prétendu sottement qu'on ne pouvait toucher à l'arbre séculaire, et qu'en le dépouillant d'une branche desséchée, on lui ôtait la vie.

La scolastique est tombée faute d'hommes, mais non faute d'idées.

La philosophie moderne

log. Caractères généraux et division. — Tandis que l'œuvre philosophique de la Renaissance est principalement négative, la philosophie moderne est avant tout constructive. De nombreuses synthèses voient le jour, et en général s'affranchissent de tout dogme. Beaucoup sont puissantes et fortement structurées, quoique disparates — car tous les modernes se piquent de faire œuvre originale. La séparation définitive des nationalités, la diversité des langues favorisent X individualisme des systèmes.

Une place prépondérante est faite à la ps3^chologie et à la critériologie.

Les problèmes de Xoj'igine et de la valeur de nos connaissance priment tous les autres. Tandis que les scolastiques avaient résolu le problème critériologique par la doctrine métaph3^sique de la finalité, les modernes le traitent d'un point de vue analytique et psychologique.

Or, Kant ayant imprimé aux études critériologiques une orientation nouvelle et exercé une influence décisive, on peut diviser la philosophie moderne en trois périodes :

L La philosophie avant Kant.

IL La philosophie de Kant.

IlL La philosophie postkantienne.

Un appendice comprendra quelques notes sur la philosophie contemporaine.

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