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La filiation directe de l'occasionnalisme

Nicole Malebranche (i 638-1715) i), de la congrégation de l'Oratoire, l'ami de Bossuet et le correspondant d'Arnauld, est un défenseur attitré de l'occasionnalisme 2). Ce système ne s'écarte pas des principes rigoureux du cartésianisme, mais formule ses conséquences logiques, principalement en psychologie. Puisqu'il y a incompatibilité entre l'étendue, attribut du corps, et la pensée, attribut de l'esprit, il ne peut 3^ avoir d'interaction de l'âme humaine et du corps. Leurs influences réciproques se réduisent à de simples coïncidences d'actions indépendantes : la production de l'une est Voccasion de la production de l'autre ; et leur coïncidence harmonieuse est réglée par Dieu. Bien plus. Vidée même de corps ne nous pouvant venir du corps, doit nous être donnée par Dieu. Nous ne voyons pas les choses matérielles en elles-mêmes, mais en Dieu, « Raison universelle », « Lieu des esprits ».

115. Le mysticisrne. — La thèse de la communication de nos intelligences avec Dieu se retrouve chez Blaise Pascal

I ) De la recherche de la vérité.

2) L'occasionnahsme est déjà formellement contenu dans les écrits d' Arnold Geulinx (1625- 1669).

S6 PRÉCIS d'histoire de philosophie

(1623-1662J i). Parti du cartésianisme, il se convainquit dans la suite que la raison ne peut conduire au vrai total et chercha dans le sentiment le critère de la certitude. « Le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas ». Des aspirations analogues se manifestent chez Poiret. Mais le mysticisme religieux n'eut pas grand succès en France 2).

De même l'occasionalisme ne recruta que peu d'adhérents.

En introduisant dans le cartésianisme des éléments étrangers, Spinoza et Leibniz lui imprimèrent une évolution plus marquée.

116. Baruch Spinoza (i 632-1 677) 3) appartenait par sa naissance à la colonie des Juifs portugais d'Amsterdam. Il étudia successivement le Talmud et la Cabale, Descartes, Bruno, F. Bacon, Hobbes. Repoussé par ses coreligionnaires à cause de ses idées personnelles, il mena une vie errante, et finit par se fixer à La Haye où il mourut.

Pour résoudre l'antinomie de l'étendue et de la conscience, Spinoza considère ces deux attributs comme appartenant à une substance unique, Dieu. C'est le panthéisme. La définition cartésienne de la conscience est appliquée à la lettre. — De Xidée de Dieu, Spinoza déduit more geomeirico tout un système sur l'univers.

En lui-même, Dieu infini est le vide métaphysique {natura 7iatura?tsj. Il ne peut exister qu'en revêtant des attributs nécessaires. Ces attributs sont nombreux, mais nous n'en connaissons que deux : l'étendue et la pensée, qui apparaissent en toutes choses (modes divins) parallèlement, quoiqu'à des degrés divers. L'ensemble des modes divins (natura naturata) se déroule suivant une absolue nécessité mécanique. La notion même de finalité est absurde, car elle implique prévision, et brise le parallélisme nécessaire du mode-étendue et du modeconscience. L'homme n'est plus une anomalie dans la nature. Nos représentations se succèdent fatalement et parallèlement aux modes de l'objet représenté. De même nos actions se suivent fatalement, et s'expliquent « comme s'il s'agissait de

i) Lettres provinciales. Pensées.

2) FÉNELOX et BossuET ont subi l'influence du cartésianisme. Il en est de même de Huet qui, dans la suite, devint fidéiste.

3 ) Ethica more iieoinetriro dcmonstrala ; Tractiitus politiciis ; de intellertus emendatione (inachevé).

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