‹ Précis d'histoire de philosophieChapitre 52 sur 69 · LEIBNIZ · texte numérisé non relu

LEIBNIZ

lignes, de surfaces et de corps». En morale, c'est la négation de toute liberté ; en droit naturel, la confusion de la vertu et de la force brutale. L'égoïsme individuel déchaîne la guerre des appétits (Hobbes), à- laquelle met fin l'établissement de la société (Grotius). L' « intuition mystique » est le couronnement de la vie morale.

Spinoza fut incompris de son vivant, et son système n'obtint de faveur qu'au siècle suivant.

117. Leibniz (1646-17 16) i), qu'on a appelé le fondateur de la philosophie en Allemagne, marque un retour versl'individualisme cartésien. C'est une nature géniale. Leibniz ne connaît pas seulement Descartes et ses contemporains, mais Platon et Aristote, et aussi la scolastique dont il fait le plus bel éloge. De plus, il n'est étranger à aucune science de son temps; il crée le calcul différentiel et l'applique à la mécanique. En même temps, il s'occupe activement de politique, et rêve, comme idéal de sa carrière diplomatique, l'accord des églises de confessions différentes. Il fonde en 1700 l'Académie des sciences de Berlin.

L'idée maîtresse de la monadologie de Leibniz est une conception dynamiste du monde : la substance est une force, dont l'étendue et la pensée ne sont que des formes d'activité ; le monde est un agrégat de monades ou de forces ; la série des mouvements mécaniques est dominée par la finalité.

i) La 7nonade considérée en elle-même est immatérielle, éternelle, indépendante de toute autre monade — les monades n'ont pas des « fenêtres par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir », — impénétrable, douée d'un pouvoir de résistance dans les limites de son être (vis resistendi, matière) grâce à laquelle elle est, ou mieux apparaît étendue, et d'une puissance interne, grâce à laquelle elle développe son individualité (forme, âme, entéléchie). — L'activité de la monade est représentation : chaque étape de la vie monadique est autosignificative des étapes précédentes et suivantes. Car les représentations monadiques se succèdent sans solution de continuité^ elles ont entre elles un lien organique, et toutes sont

i) De scientia universali seu calcula philosophico ; Système 7iouveau de la 7iature ; Monadologie ; Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu et l'origine du mal ; Nouveaux essais sur l'entendement humain.

réglées suivant une harmonie préétablie, de manière à réaliser la fin de la monade : la monade poursuit son « rêve inné ».

Cette représentation comporte de nombreux degrés de clarté^ selon la perfection de la monade, depuis la représentation obscure, pleinement inconsciente, jusqu'à la représentation claire — confuse ou distincte — la représentation distincte étant pleinement consciente. Les états inconscients et conscients ne diffèrent pas en nature, mais en degré de clarté : c'est l'abandon du principe cartésien qui identifie la représentation et la conscience. L'homme possède des perceptions inconscientes ou moins conscientes et des perceptions ou idées distinctes ; des premières il s'élève insensiblement aux secondes, n'y ayant rien dans nos idées distinctes « qui n'ait d'abord sommeillé dans les régions obscures de l'âme ». Voilà comment, tout en admettant une connaissance empirique et expérimentale (vérité de fait), à côté d'une connaissance rationnelle et déductive (vérité éternelle), Leibniz considère la seconde comme le développement graduel de la première.

2) IJ ordre coexistant entre les monades est réalisé a) par la loi de la continuité : les êtres sont échelonnés dans une hiérarchie métaph3^sique oii chaque monade diffère de sa voisine selon de très petites différences (influence du calcul infinitésimal), si bien qu'aucune étape n'est sautée, — b) par l'harmonie préétablie : il n'y a dans l'univers que des coïncidences d'actions autonomes, mais Dieu les a si bien réglées que leur ensemble réalise à chaque instant l'ordre de l'univers, — c) par l'activité représentative, en vertu de laquelle chaque état monadique est un « miroir vivant » de l'univers.

3) Leibniz applique ces principes généraux à l'étude des divers êtres et principalement à l'homme. Le corps et l'âme sont réglés comme deux horloges, sans agir l'un sur l'autre (Geulincx, Malebranche). A côté de « petites perceptions », qui sont révélatrices de la personnalité, l'homme a des idées distinctes, et c'est son privilège.

Agir moralement, c'est suivre les représentations intellectuelles ; or celles-ci se déroulent suivant un ordre préétabli : de là le déterminisme psychologique.

Le beau est une perception sourde et moins consciente de l'ordre de l'univers.

4) Il existe un Dieu, monade suprême, car sa non-existence est inconcevable (Descartes). Il a créé le monde le meilleur.

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