LA PHILOSOPHIE DE KANT
et de l'âme, sont les trois idées pures ou formes a priori de la raison. Ces idées ne s'appliquent même plus à un matérie] expérimental, et n'ont qu'une valeur subjective.
Concluons : La connaissance scientifique s'arrête au seuil du suprasensible. Celui-ci cependant occupe, dans le système de Kant, une place importante : c'est que la vie théorique est dominée par la vie morale, comme nous l'apprendra la seconde critique de Kant.
Ï41. La critique de la raison pratique i). —
La science n'a rien de commun avec la direction de notre conduite. Cette direction forme un domaine à part. Pour fixer les lois qui la régissent, Kant suit une marche parallèle à celle de la première critique : il précise la notion de moralité, et détermine d'après cela les conditions que la moralité suppose.
i) Notion de F obligation morale. Il existe une obligation : la conscience l'atteste. En quoi consiste-t-elle ? Elle n'est ni une maxivie, valable pour un cas déterminé, ni un impératif hypothétique, ou un ordre subordonnant l'acte commandé à l'obtention de quelque bien connu par l'expérience. La loi morale est un impératif catégorique, c'est-à-dire un ordre dépouillé de tout mobile utilitaire, valable pour tous les cas. Kant exprime amsi cet impératif formel : « Agis pour la loi, parce que c'est la loi » ; « agis par respect pour ta personnalité ». (Cf. le stoïcisme, 32).
2) Les postulats de la raison pratique. L'existence de la loi morale entraîne comme corollaire la réalité des conditions moyennant lesquelles la moralité, ainsi définie, est possible. Ce sont les postulats de la raison pratique :
a) La liberté, ou l'autonomie de la raison pratique (volonté) qui, ne relevant d'aucun mobile extérieur d'action, agit pour la loi parce que telle est la loi. La raison théorique, devant laquelle tout phénomène apparaît conditionné par un phénomène antécédent (catégorie de causalité efficiente), ignore la liberté et la finalité.
b) Uimmortalité de Mme. Bien que la vertu ou l'observation du devoir ne se confonde pas avec le bonheur, elle est digne du bonheur et X exige. La vie présente ne consacrant pas cette exigence, il doit y avoir une vie future, et par conséquent :
c) Uji Dieu, justicier suprême.
io6 PRÉCIS d'histoire de philosophie
La moralité d'un acte résidant dans l'intention et non dans la conduite extérieure, le droit naturel est déclaré indépendant de la morale.
3j Le primat de la raison pratique. La liberté, l'immortalité de l'âme, Dieu sont des certitudes, parce que sans elles le problème moral est insoluble. Elles reposent sur le besoin du vouloir. Devant la raison pratique surgit, comme certain^ un ensemble de réalités suprasensibles ou choses-en-soi, inconnaissables pour la raison théorique. Cette « antinomie suprême » est résolue par le primat de la raison pratique : le vouloir est supérieur au connaitre et complète ses informations. La théorie est neuve en philosophie.
142. La critique de la faculté déjuger (Urtheilskraft) ou du sentiment. — Cette critique doit, dans la pensée de Kant, accentuer les liens entre les deux premières critiques : nous jugeons que la nature sensible a une finalité, c'est-à dire nous contemplons les phénomènes sensibles, objets de la raison théorique, en leur appliquant une forme a priori de la raison pratique. La finalité n'étant pas une catégorie de l'entendement ne peut être objet de connaissance^ tout phénomène étant régi, au point de vue scientifique, par la catégorie de cause efficiente : la finalité ne peut être que sentie ou contemplée. Au surplus, le sentiment ou la contemplation de finalité est universel et nécessaire (objectif) ; il tient à la structure de la faculté.
Il y a deux espèces de jugements sur la finalité, l'un et l'autre S3mthétiques a priori.
i) Par le jugement téléologique, qui porte sur la finalité objective^ nous saisissons les phénomènes du monde sensible en rapport avec une fin que leur a assignée l'intelligence suprême de Dieu. Il va sans dire que cette finalité ne régit que le monde contemplé et non le monde en soi.
2) Par le jugement esthétique, qui porte sur la finalité subjective, nous saisissons les phénomènes dans leur rapport avec le sentiment d'harmonie qu'ils sont destinés à procurer à toutes nos facultés. Le beau et le sublime sont un attribut, non des choses, mais de nos états représentatifs. Le sentiment du beau est calme et serein ; il est un libre jeu, un plaisir désintéressé. Ce plaisir est l'indice d'une finalité, l'objet étant fait pour me