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LA PHILOSOPHIE DE KANT I

de jugements (car toute connaissance est un jugement) nécessaires et universels. Quelle est la nature d'un pareil jugement ? — Le jugement «analytique», dans lequel l'appartenance du prédicat au sujet résulte de l'analyse de ce dernier, n'a pas de valeur scientifique. Il en est de même de tout «jugement synthétique a posteriori», dans lequel l'expérience sensible sert de fondement à l'union du prédicat au sujet (sans que néanmoins celui-ci contienne celui-là), car l'expérience, qui est forcément contingente et variable, ne peut engendrer la science faite de théories nécessaires et immuables. Seul, le jugement « S3mthétique a priori» a une portée scientifique, et peut régir universellement et nécessairement le monde expérimental : la synthèse du prédicat et du sujet est a priori, c'est-à-dire repose sur la structure de nos facultés et non sur l'expérience.

Comment donc nos facultés de connaître sont-elles faites et quelle certitude peuvent-elles nous donner ? Distinguons avec Kant la sensibilité, l'intelligence, la raison.

2) La sensibilité. L'impression de nos sens externes et internes dont Kant fait le matériel de toute science, est élaborée en nous selon deux formes a priori ou déterminations qui tiennent à la structure de notre sensibilité : l'espace et le temps, intuitions pures (reine Anschauungen). Les jugements des mathématiques, objet de « l'Esthétique transcendantale », sont basés sur cette double intuition.

l^Q^ formes de la sensibilité sont universelles et nécessair-es, c'est-à-dire objectives : en ce sens que, chez tout homme, toute impression sensible apparaît nécessairement dans l'espace et le temps. Néanmoins, comme ces formes tiennent uniquement à l'organisation de la faculté, leur valeur est phénoménale : rien n'autorise à appliquer aux choses mêmes les propriétés suivant lesquelles celles-ci apparaissent, — Quant à la matière ainsi élaborée, ou l'impression, elle est incapable de nous apprendre quoi que ce soit sur la nature intime du monde extérieur, puisque toute impression est informée. La chose-en-soi (par opposition à la chose telle qu'elle apparaît) ou le noumène (par opposition au phénomène) demeure un .r, inconnu et inconnaissable. Kant ne s'attarde pas d'ailleurs à l'origine de cette impression et à sa raison suffisante.

3) L'intelligence (Verstand). Les intuitions de la sensibilité, qui nous fournissent des sensations spatiales et temporelles

(matière)^ sont élaborées à leur tour par \e^ formes ou catégories de l'entendement, qui établissent entre ces sensations de nojnbreiix rapports. Les jus^ements de 1' « Analytique transcendantale » formulent ces synthèses et constituent la science et l'unique science rationnelle du monde sensible. Les types de relations nécessairement établies par toute intelligence humaine (élément a priori entre les intuitions sensibles, et les régissant toutes, sont au nombre de douze : particularité, pluralité, universalité (catégories relatives à la quantité des jugements); affirmation, négation, limitation (qualité des jugements), inhérence et substance, causalité et dépendance causale, communauté ou réciprocité (rapport énoncé entre le sujet et le prédicat), possibilité et impossibilité^ existence et nonexistence, nécessité et contingence (modalité des jugements). Une des catégories les plus intéressantes est celle de causalité : entre un phénomène antécédent et un phénomène conséquent nous construisons une relation de dépendance, et jugeons l'un comme cause de l'autre.

Puisque les catégories sont des déterminations de l'entendement, nous ne pouvons les appliquer aux choses : la science du monde est le produit de notre organisation mentale. De la chose-en-soi, l'intelligence ne peut rien savoir. Le problème de sa nature est insoluble.

Rappelons que Kant entend par objectivité d'un jugement la nécessité et l'universalité avec lesquelles il s'impose à tous les hommes et s'étend à tous les cas possibles de l'expérience. Or la condition de cette objectivité est 1' « aperception transcendantale du moi » : au-dessus de la conscience empirique, variable et individuelle, il doit y avoir une conscience supraindividuelle, la même chez tous, a priori et inconnaissable en elle-même, dont les intuitions de la sensibilité et les catégories de l'entendement ne sont que les fonctions.

4) La raison (Vernunft). Puisque la connaissance scientifique ne s'étend qu'au monde sensible, le suprasensible est inconnaissable. Toutefois nous sommes obligés de le concevoir^ car nous éprouvons le besoin de rapporter les phénomènes conditionnés et relatifs, objets de nos connaissances, à des réalités inconditionnées et absolues : le inonde et Vâvie, totalités inconditionnées auxquelles nous rapportons les phénomènes du sens externe et du sens interne, et au-dessus, Dieu, que nous concevons comme la cause suprême du monde

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