ROYAUTÉ
Régence de Marie de Médicis. — Le 1 4 niai 1 6 1 o, au moment où la voiture du roi rentrait dans la cour du Loule chancelier de Sillery, le président Jeannin et le secrétaire d'Etat Villeroy, qui venaient d'apprendre la &tale nouvelle, accoururent auprès de la reine. Elle
3 HISTOIRB. T^:fA TX^IÇ. ^QDEKNt^.
s'ëcria, en les voyant : « Hélas ! le roi est mort ! ^> — « Vous 4c vous trbmpez, Madame | lui répondit aussitôt le chante celier : en France, le roi ne meurt point. »
Le fils de Henri IV, qui régna depuis sous le nom de Louis XIU, n avâit alq^^()u«|^)iit api^«t|d|pyi)i.Sa mère, Marie de Médicis, fiit proclamée régente par un arrêt du parlement. Et cependant des soupçons graves planaient sur elle. Henri IV lui avait toujours reproché d être Espagnole de cœur. Au moment m raie où ce prince se préparait à combattre 1 £spagne , qui n'était pas en état de lui opposen une forte résistaBoa^ elle témoi* gnait une grande déférence pour Fambassadeur de cette puissance , et elle fonriail avec lui des projets de mariage pour ses enfants. Les Italiens qui Fentouraieiit entretenaient tous des relations seoiètes aveo rfispagne: Le duc d'Épernon enfin, dont la conduite avait été si suspecte au moment de lassassinat, et qui depuis avait particulièrement contribué à faire décerner la régence à Marie de Médicis, était le représentant de la politique espagnole; à lui se rattachaient tous les vieux ligueurs, tous les catholiques ardents» qui maudissaient une guerre entreprise contre une puissance catholique, avec l'aide des protestants d'Allemagne et de Hollande, I^prsq^e Sully, fut v^(Mé à cheval pour se rendre au Louvre, il reçut en chemin une foule d'avis qui rengageaient à se défier de la reine* « Mon^ « sieur, où allez-vous? lui disait«on; aussi bien, cen « est fait. Je Tai vu mort; et si vous entrez dans le « Louvre^ vous u eu i;échappere% pas^. uou p^ qu^ « lui. »« Pensez à vous, lui disaitunaptre, car ce coup si « étrange aura dé terribles suites. » Plus loin , Vitry^ capitaine des gardes, lui dit: «Mais, Monweur^ où n allez-vous avec tant de gens? L'on ne vous laissera « pa& appcochec* du Louvce , ni entrer dedans^ qu avâc « aeu& ou trois:; et comme cda , je ne voualo oonaMile » pas, et pour cause.«*« J'ai vu* des», pensoimageft qui»
UlT&ODUCTiOir.
armés, ils rendient de sanglants combats contre les Ttircs, contre les Mongols. Aussi ont-ils peu de loisir pour fiiire des progrès dans les arts de la paix, et leur efarilisation n'est qti*une civilisation d'emprunt, qui^ de longtemps, ne pourra avoir toute la force, tout le développement d un produit indigène.
Derrière eux, le reste de TËurope travaille, étudie, penae, défriche la terre et la science, développe, en un mot, la civilisation ^*elle portera ensuite aux nations les plus éloignées. C est pour elle le siècle de la 7-e nais- ^ance, de ractivité intellectuelle, mais aussi des guerres sanglantes que suscitent Tambition et la rivalité de ses princes, du roi d'Angleterre, qui se donne toujours le titre de roi de France ; de Ferdinand le Catholique, qui voudrait joindre IN aples aux Espagnes; de Charles VIII, qui rêve la conquête de CoDStantinople et de Jérusalem; de Maximuien enfin, que les titres d'empereur, de dbc de Bourgogne, de comte de Flandre, d'archi-^ duc d'Autriche, jettent dans des guerres continuelles pour l'héritage de Charles le Téméraire, la luaiu d Anne de Bretagne, ou la suzeraineté de Tltalie.
Esaminons maintenant plus en. détail la situation politique de l'Europe au milieu du quinzième siècle.
Lorsqu'on jette un coup d œil sur Tétat de 1 Europe en 1453, on est d'abord frappé de ce fait, qu'aucune puissance n'occupe le premier rang et ne mérite de f occuper. Le quiozièma stède est unei époque de àé^ cadence, ou|^tôt une époque dë transition. La France et l Empire qui avaient tenu le premier ran«^ en Europe depuis le douzième jusqu'au quatorzième siècle, ont perdu leur suprématie , et n'occupent plus dans l'histoire un rang supérieur à celui deS' autres États de rCnrope.
France* — Unie intimement avec TEoflise, la l^raoce avait été, depuis saint Louis jusqu'à Tavénemenide la ^aatîe dés Valois, la premièce puissance de la çhré-
Oigltized
4 HISTOIBB OB8 TBIIP8 MOBBAIIBS.
tienté. L'Eglise seule, libre encore et entourée du reê-
pect et de la foi des peuples, avait fait équilibre à cette puissance et Tavait maintenue dans de justes limites. Mais la translation forcée du saiut-siége à Avignon, avait rompu cet équilibre. Les papes avalent cessé d'être les alliés des rois de France, pour devenir, pen* (lant un temps , les instruments de leur ambition. Dès lors, la France put aspirer à la monarchie universelle, et la liberté de TEurope se trouva menacée* Les victoires des Anglais à Crécy, à Poitiers, à Azincourt» vinrent arrêter son essor, et rassurer les peuples alarmes par le développement rapide de sa puissance. Mais ({uand l'Europe vit le roi d Angleterre prendre pour lui la couronne de France et se faire sacrer à iNotre^Pame, elle sentit le nouveau danger qui la menaçait et vit avec joie la nation tout entière se soulever contre Tétranger, et, guidée par la main d'une vierge, expulser 1 Anglais de ses conquêtes. Charles VII, qu'on avait appelé le roi de Bourges à son avènement au trône, était bien réellement le roi de France en i453, car les Anglais, chassés de la Nor* mandie et de la Guyenne, ne conservaient plus que Calais.
Toutefois, la France était loin d'avoir recouvré son ancienne prospérité* Ses champs étaient en friche, ses villages en ruine. Les grands seigneurs qui avaient aidé le roi à repousser les Anglais ^ avaient recouvré leur ancienne indépendance, et la féodalité semblait sur le point de se relever. Pour garantir le pays contre le retour de la féodfldité, Charles VU établit une milice permanente; de Taveu des états généraux, il institua une taille perpétuelle pour l'entretien de cette nouvelle milice, et prépara ainsi les voies à son fils Louis XI, qui devait achever la ruine de la féodalité.
. Jngleterre. — En Angleterre régnait Henri VI, de
LITEB m. CHAPITRE I.
lait, Leonora Galigaï; elle lavait admise dans sa confidence, et Léonora Galiiniï était parvenue bientôt à exercer le phis complet aLndant sur son esprit bible
et incertain. C*était une jeune femme très*habi le , capable de conseil , et d*un caractère résolu. Sa laideur lui laissait d'ailleurs tout loisir pour Tintrigue. Concuii, jeune Florentin , bien fait, aimable et spirituel , qai était également Tenu en France à la suite de Marie de Médicis, sut plaire à Léonora et finit par lepoiiser. Dès lors, la reine livra toute sa pense'e aux deux époux ) qui devinrent ses confidents les plus intimes, ses conseillers de tous les instants. Après la mort de Henri IV, leur funeste ascendant, jusque-là renferme dans les limites du secret, s'accrut avec l'autorité de la reine, et se manifesta par des preuves éclatantes aux yeux de la France indignée. Au bout de quatre mois, Concini devint T^al dès plus puismnts seigneurs, par ses titres, ses biens, ses emplois, ses dignités. Marie de Médicis lui avait abandonné un empire absolu sur ses volontés et sur les affaires. Parvenu au faîte du pouvoir et de Topulence, Concini, pour faire oublier son origine étrangère et obscure, tefit appeler le marquis d*Ancre, du nom d'une terre qu'il avait achetée en Picardie, pour la somme de trois cent trente mille livres. Il se qualifiait lieutenant général aux villes de Péronne, Roye et Montdidier, qui hii avaient été cédées par le marquis de Gréqui , pour cent vingt nulle livres ; puis premier gentilhomme de la chambre du roi, moyennant deux cent mille livres remboursées au duc de Bouillon. Il obtint, en outre, le gouvernement d'Amiens, de Dieppe, du Pont de l'Arche et de Bourg en Bresse. Enfin , quoiqu'il ignorât JQsquaux lois françaises, âl exerça les fonctions de premier ministre ; et , quoiqu'il n'etit jamais porté les ^rmes, il fut élevé au suprême honneur militaire, au lang de maréchal > de France.
«Cepeiiilaat tout le monde murmuTait contre Concinû P«wir «paiser les méûontieiits , il Wnr ouwk le ivasor pid»lic» Les «otfm^ iieoiplift ipwr Jtem ^ deyaient mllirie >à lént ^sitfiAké^ en «ttendant ^ue lé gOTiTernement eût pris assez de force pour ii avoiar ' plus besoin de leur appui. Jieb j)riiices du sanç^ des ckîcs, «des paîra, dâs .seigneuis du ftnemier rang , fae Mugirent pas d accepter ces hmteueee libéraHléBà hm fimnoes ftirent dtlapiclées^ let quaravtemffiions «nefe^ ses par Henri IV denrinrent, en peu de temps, la proie de Concini et des grands, qui feigjoin^l; de telénerà ce priera honteuse élévati^MQ.
-««Ces profiiifiioiw^ dit fiiobielîeiit|ét0urâtnetti la gfMM fiiîm de hm atarioe et de leur aBÉbkton, «mis ne réteignirent pas. Les grands ne voulaient pas seule* n»enc eeniichir^ ils vouJiaieni aussi gouvm'i^er ilJÉkait* Pinsieurs d'enti^e eux aayisèren>t de Uànter wmrte* iMnt la double adliance qui allait être coneliike eMna les maisons de France et d'Espagne. La reine, croyant «qu'en ôtant toute ajiparence de guerre étrangère , elle pourroît plus facilement tenir les princes cUi aaag et les bngmiiots dans le devoir, et contenter, par le même moyen , tous les cacholîquea zélés de Paris et des autres grandes villes , qui avoient encore quelque pente vers les Espagnols a txiuse de la religion (i), » suivait ce projet avec ardeur. Ce fut en vain .que le priooe de Conde la coadiactitidam àe ooaseiLiSoAi «tîs »e dut fns éoonté.
Pendant que Marie de Mëdicis perdait son temps entêtes et en plaisirs , l*esprit de révolte, contenu sous la main ferme de MenriiV, éclatait de nouveau. Le^ granids conspiraient par ambidon., »aiMli{iiefeiB par hà* bitude et par désoouvMPient. £b im4? ils se dedanà* rent 'Ouvertement contre le nouveau goiiveiiiciJLkeQt;
(i) Mémoires de Fontenay-limiiL
Sans qii il leur eût «te iait aucune offeïfse, ils s'eloi* gnèrenC subitement de la cour, et se Fetirèreut dans les psomioeft oomnise» à kur influmee. lîe duc de JitfUis portkfMtr mm gotevamement ée Champagne , le -prime 'GtNvdé ^oar «GtiAttaiimiis^ le ciue de Mayenne poui Soissons, le duc de Longueviile pour la Picardie, chaoun d'eux entraînant avec lui tous les jeiidblMHiiiiies de » suite. Le duc de Bouillon «resta «d^ev jours cfe filiis|Miur jiisitf er leur dripert , puis 9 feignit île ifmMkT les imstoer^ tams il ne revint pos^ Le duc de Ventiome, «rrrêté «t conduit a la Dastille, paroe qu il voulait suivre leur example, trouva bientôt majea de s^édtapper.
ïsrs veecnitents ^s étaient . donne mnde2«*^iiB è Mézières. Le prince de Coudé, qui était à leur téte, yrpirblia un inanifiesle dans lequel il se plaignait du niauirais gouvernement des conseillers qui entouraient la régeiste««(Mèt à Dieu, dîsaâl-sl) qu il m'eût coûté p«f^ « iierde«BM«ang,«t«^peToiB eussiez assemblé le^ « généraux incontinent après le décès du roi que Dieu « absolve! vuus serieT: en pins grande et anssi juste'
• autorité au gré de 1 Eglise, de la noblesse et du tiex^ ««Cati; Ftanee n'eût, «perdu k généreùx noaa d'ar-»
• bitpe «he la ofanéMilé^ aofttissi glorieusenketitpflir le
« défunt l oi. »
it II cnumerait ensuite tout ce qui lui senihlait contraire attiL intérêts de l'Etat : le «mariage du roi et de sa Mttr conelu i«vaiii l-à^ -èaté pei* la loi de Dieu, et •ans qtte 4ous tes «efrdres An. royaime l'eussent approuvé; les parlements empêchés dans le libre exercice de leurs charges; les gouvernements couiies à fliss ipcrseiMBes incapables; las ecclésiastiques divisés par de vaines tfapwtes; l*aàtinÉtë des prekts véoiée}
par im»em «t par «s^ent^ les ambassadeurs choisis de même, et chargés d'instructions âeciifcjtes; ies aiUaaees .pQliiique& négligées^ les Aaïkés
avec le duc de Savoie rompus sans mûre délibération j les réformés excités à la révolte par des inquiétudes et des divisions; les places fortes appartenant au roi rachetées de ses deniers; des dons immenses prodigués à personnes indignes; les principales dignités distribuées entre un petit nombre (i). « , Tels étaient les préteiites des mécontents. Yilleroy, qui avait été ministre sous quatre rois et témoin des niutes de Henri UI , dont la pertç tenait à ce qu'il 'n'a<* vait point attaqué la ligue dans son orijs^ne, « lorsqu'elle était plus armée de mauvaise volonté que de gens de guerre , » conseillait d agir avec vigueur contre la ligue nouvelle. En effet, il fut question un instant de mesures énergiques. On leva une armée de m mille Suisses. Marie de Médicis répétait avec affectation qu'elle irait en Champagne avec trente -six mille hommes» Le jeune roi s'enflammait à Tidée d'une guerre , et un jour il se fit armer, de toutes pièces, et refusa longtemps de se laisser ôter son casque pour se coucher. Mais bientôt ces démonstrations belliqueuses firent place à des négociations qui avilirent de nouveau lautorité royale.
TraUé de Saint0^Menehouid.-^hes conférences ou* vertes à Sainte-Menehould amenèrent un traité£sivorable aux gands. On tira de la Bastille, pour payer les mécontents, un million de livres , qu on avait demandé à la chambre des comptes pour les combattre. Le prince de Condé se fit donner Amboise et quatre cent cin* quante mille livres d*argent comptant, le duc» de Mayenne trois cent mille livres pour se marier^ le duc de Longuevilie cent mille livres de pension; enfin, sous couleur du bien public , il fut stipulé que la régente convoquerait les états généraux.
(i) BêitAf Hiiloire da Fnace soos Louis XlUt 1. p. ^4^ et suif.
hlWMM lU. CHAPiTAB X. g
' rent à Paris le a6 octobre i6i4^ quelques semaines après que la régente eut fait reconnailre au parlement la majorité de Louis XIII* Cent quarante membres du clergé se trouvèrent réunis sous la présidence du cardinal de Joyeuse, et choisirent pour orateur RichelieU|
Îui était à cette époque évéque de Luçon. Cent trenteeux gentilshommes^ prénaes par le marquis de Beaufremont^ et cent qttatre•«Ting^aeux députés, ayant à leur tête Miron , prévôt des marchands de Paris, com-» posèrent la représentation de la noblesse et celle du tiers état. Toutes les séances furent consumées en discours d'apparat^ en plaintes stériles ou en vaines disputes. Ces trois ordres , divisés d intérêts, et votant séparément, cherchaient mutuellement à se nuire. Le clergé sollicitait la publication des décrets du concile de Trente, simple déclaration de foi religieuse, sui* vant lui, maistiù les plus défiants croyaient voir 1 etablissement de Finquisitton : le tiers s y opposait. La noblesse 5 toujours disposée à s'attribuer tout ce qui se donne, s'élevait contre la vénalité et l'hérédité des offices de judicature ; elle prétendait qu en établissant la poM^leUe ou droit annuel, on avait laissé ia porte ouverte aux plus grands désordres, que bientôt toutes les charges se trouveraient entre les mains du peuple, que les enfants des bonnes Jamilles ne feraient plus à lavenir leurs études, parce qu il n y avait plus moyen d'en tirer parti, et qu'il faudrait mrer les collèges pour ne pas peupler la France de savants inutiles et misérables. Les députés du tiers état, presque tous officiers de justice ou de finance, se vengeaient de ces attaques en insistant sur de retranchement des pensions que la cour prodiguait à Tintrigue et qudquefoisr même à la rebdnon. La cour, de son côté, aurait craint de mécontenter la noblesse en écoutant les plaintes du tiers état; et elle ne pouvait pas non plus Sure droit aux rédamations des gentilsooœmes, qui
disaient quil ^Allait déc<»ner las -eni^plok au mérite et à la vertu, parce que cette taxe lui rapportait quatoiite cmut miii^ Uvit^, et qu'il n'eût pas été ifeoUe les tPQia>Tor ailleurs ausaî âu^ilenient*
On -éuk arrivé au mms delSévrier ifitS^'Ct ks étaU généraux u'avaient encore rien fait. La cour avait hâte d en finir. Une lettre d'un secrétaire d'État, adressée 1# sa février au gouverneur de &aumujr, iuontre quûL (léftir on avait de voir Im «tais se a^paver. « U$ Mmt^ « fent^ y étaift«il4j& , qu« iMisctthftm vont étneAok^ « vés, encore qu'ils s'amusent quelquefois à certaines «. propositions bien éloignées de celles qui les doivent n occuper. Mais ails ne sont fmsaés de la coaâidà?a«> • tîon du bien public, ik k aérait liménavaiit-iia naUft « fiu respect qu'ils doivent k Kadanie) scaur du roi ^ <c qui la il un superbe ballet, et ne le peut danser que « dans la même salle de iiourbou ou le roi doit recevoir % leuffs cabiers. » L aasumblée se sépara enfin | apràs amir présenté d'éfinraes cahiei» de doléanoea' Mum^ i{uels on ne fit pas de réponaei Ainsi furent lerminée les états généraux de i6x4) Itis derniers qui aient été convoqués en France avant 1789. lie unis au milieu des discordea, et destinés, suivant \es eis|Hàcanoes de chnoun, à servir ou à réprimer des pâmons turbtt» lentea , ils ne firent ni le mal quon pouvait en erainr
dre, ni le bien qu'on pouvait en espérer, parce que ks députés n'avaient ni unité de vues et de principes, ni unité d'iniénéta» «La propesiûon, dit^Riebelieuyem aTok été faite seua de apéoîeux piélextea^ sana avouM intention d'en tirer avantage pour le service du mi ea du public, et la conclusion en fut sans fruit, toute «eatte assemblée n ayant eu d autne effet que de sur* eharger les provineiis de la la&e i|«'il fidloit (ajpetf à leurs députés (i). » .
ut
NmipeUe tmtatkfe dè 'guerte civile, — Les ^tats gcnévwBÊSi « étaient sépaiiés sans avoir rien iaik Les grancU^ MApés dam flmr «Mmie , eurent neMtm à k ^oe. Oéi les une movike foM qttitier la capîMrle pour aller assembler des troupes. Le duc de Bouillon se rewdit dans ce biit à Sedan, le duc de Mayenne dans k âtoissQBxuMB. te ceoMs de îiaiBt-Pel dans ma duché die f^Mmsac m Ûmmie* En mèmt temps , te prince de Qooàé déntonoak les hostilités par un Manifeste.
Ainsi les grands enrent de nouveau recours à la éorcew Le vieux parti féodal releva ia téte , et , par un ûistînct de sa position, il demanda Tappni des pro- «MtoMis» Gendé éeri;m mx réformée) que le maréchal de LoiJiguières avait assemblés à Grenoi^le , pour les prier de se joindre à liu^ il protestait de son zèle pour ies intéi^ts de la religion, pour le maintien des articles de rédit de jN[antes, et il les invitait à le soutenir pour le bien du royaume» Le maréchal d'Ancre résolut alors d'employer eoatre lui les fermes les plm sèvres
raiîtorité royale. Une déclaration donnée à Poitiers le proclama, lui et ses partisans , déchus de tous honneurs ) «lais, offices, pouroirs, gouvernettients^ charges , pensioo's , privilèges et prérogatives, coiiime désobéissants , rebelle» et criminels de lèse-majesté.
G était l époque où la cour devnit se rendre à j3ordttawL pour célébrer le double mariage convenu entre lei BMRSons de France et d'Espagne. Les rebelles se 4irigèi!«nt en eomm^neftce vws la Guiemne pour dis» puter le passage au cortège militaire des noces royales* Leur projet était sans doute de s emparer de la peraMne de Leuts XIII, et de régner ensuite en son fiMBi* Gcpemikuit le roi pemsta dams son projet et partit |Btt«r mrdeaexs seus ht proteettoavd'une arimée eom» mandée par le duc de (ynise, qu'on avait noittmé lieut-enant général du royaume. C'était un spectacle étrange
lté voir w onoi de ranoe Toyag^attt diM soa roya«i«ie
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12 HISÏOJ^RB DES TE1I9& MOOBRNES*
à la tête d'une armée, et faisant son entrée dans ses bonnes villes, précédé de canons avec les mèches allumées. Le duc de Guise accompagna Louis XIII avec ce cortège jusquà Bordeaux , et de là jusqu'à la frontière d'Espagne,
Traité de Loudiui, — Le mariage conclu , l'armée royale ramena Louis XIII à Paris. Ce prince avait hâte d'en finir au plus tôt avec cette guerre qui n'avait pas de motif sérieux. Par le traité de Loudun, conclu le 6 mai i6i6,il accorda aux iactieux des conditions plus avantageuses encor e qu a Sain î e-Menehould. Le prince de Condé reçut cinq villes de sûreté et i,5oo,ooo livres pour les frais de la guerre. Tous ses partisans obtinrent. des gouvernements, des charges, des posions. Pour comble de honte, le roi se soumit à déclarer que les mécontents n'avaient pris les armes que pour la cause du bien public.
Arrestation de Condé, — Le prince de Condé revint à Paris , tout fier du triomphe qu'il venait de remporter sur l'autorité royale. Les courtisans s'empressèrent auto ur de lui et s'éloignèrent de Marie de Médicis et du maréchal d'Ancre. Les ennemis de ce dernier devenaifAit de jour en jour plus nombreux et plus hardis. Le cordonnier Picard osa le braver à la porte du Lou« vre, et ce trait d'audace lui valut une grande céléhrité. ' Il fut regardé, dans toute la rue de la Harpe, comme l'ennemi personnel du maréchal. Son véritable ennemi, c'était Condé qu'on accusait d'aspirer au trône. Mais cette accusation n'était fondée que sur un misérable jeu de mots, que la malveillance avait ramassé au milieu des propos inconsidérés échappés à l ivresse d un festin. On avait crié plusieurs lois, dans un festin, « barre à bcLS^ »
£our inviter le prince à supprimer la barre oblique que L maison de Condé portait entie les trois fleurs de Ks. Le maréchal d'Ancre pensa que le seul moyen de conserver le pouvoir ^ c était de s emparer des che&
uvM ni* GSAnras i.
du parti qui lui était opposé. Le i^' septembre , le prince de Gondé fut arrêté auLowre où il s'était rendu sans défiance; le capitaine de» gardes Thëmines reçut, pour prix de cet exploit, la somme de 120,000 écus et la dignité de maréclial de France. Le prisonnier fut conduit à Yincennes, pendant que le peuple, indigné, se soulevait à la voix du cordonnier Picard ^ et pillait le somptueux hôtel de Goncini^ dans la rue de Tournon.
Cette émeute n'eut pas de suite , et bientôt la puissance et l'orgueil de Concini ne connurent plus de bornes. Il renvoya tous les anciens ministres de Henri I\iy Sillery, Villerey et Jeannin , qu'on nommait les haw^ bons y et il composa un nouveau ministère dans lequel la maréchale d'Ancre fit entrer Richelieu , évéque de Luçon , sa créature. Mais pendant ce temps les ducs de Vendôme, de Nevers, de Mayenne, de Guise, le maréchal de Bouillon et les autres seigneurs méeon* tents de Concini, s'étalent retirés dans leurs provinces pour lever des troupes et organiser la guerre civile. «Ainsi, dit Richelieu, il navoit servi de rien que M. le prince eût reçu , depuis six ans , trois millions six cent soixante-einq mille neuf cent quatre-vingt* dix livres; M. le comte deSoissons, et après sa mort, monsieur son fils et madame sa femme, plus d'un million six cent mille livres ; M. et madame la princesse de Cionti, plus dun nullion quatre cent mille livres; M. de Longueville, douze cent et tant de mille livres; MM. de Mayenne père et fils, deux millions et tant de mille livres; M. de \ endome, près de six cent mille livres; M. d^Epernon et ses enfants, près de sept cent mille livres; M* de Bouillon , près d'un mil* fion ; sans y comprendre ce qui leur avoit été pa jé des gages et appointements de leurs charges , des deniers du taillon pour leurs compagnies de gendarmes, de Textiaordinaire des guerres.pçur les gainismis de
l4 HISTOUtS l^m 9£im MODBIINES*
leur^ places, outre les pensions qu'ils avoient fait aeoprder à ïenm arniis et ciomestiques (i). * Clecte noitvdie gMfve ektihe «e iut pas {>lus sërieuBifr les pràoëdMtes. Au miMméitt^ià léêàrmééê allaient
ein Tenir aux tnaim, un événement imprévu termina
la P U erre.
Origine de la f aifeur de Laytiês. Il y avait à la MOT da liMÎs XiU wÈk igienciMiioïkirae nommé Gha^ les-Albert de Luynes, issu d'une ohétive maison chi comtat d'Avignon. Arrivé à la cour à l àgc de trentesix ans, il V vécut d'abord obscurément dans ia do* mestiiîité royale ^ partageant son mince revenu avec èmsL frère» , oMiitte lui de betle mine et dé m»-* Jkale équipage, torsqu'un taiem hévmuit le fit sortit^ de sa longue pénurie. Il excellait a dresser des oiseaux de proie pour Tespèee de chasse qu'on appelait la, ^letie^ et bientôt on créa, en sa faveur, une charge de mmkrm éh^ msemtm éu cakindi^ qui lui donna ane grande famîltarilé «reo le roi. Le maréchal d'Ancm«
bien loin de redouter le favori , regarda sa Toi lune comme un rejeton de la sienne, et lui confia le gou* -ramement de la ville et d« château d'Amboise. MaiB bieolèt de LuymB, iliaitre de la confiance du roi^ €4m filmer le projet de retiiperaer le maréchal d'Ancre pour gouverner à sa place. Il représenta ;iu roi (jue le Louvre était pour lui une jprison où il était tenu sous rœil de aa mèrei et garde par ks afii<lés du ma-* réchal ; il fie passer pnnr injuties et marques de setv titnde les précautions qui sembhinmt ne concmi«r que sa santé. Louis Xill n'avait pas besoin de ce^ inainuations pour hairConcini c|Ui le tenait en tutelle ^ hn défendait de aortir de Pans^ et ne lut permettait gnève de cKamcâon que la promenadn aux Tuilerfaee» « Le roi , dit Pontchartrain , se voyoit réduit depiik
Aras iMm OBAflinia s.
pkiiS de six mois à se promener dan& les Tuileries^. om il Avoit pour oonpaf nie im nk€ de dnms et ^im4*. ifÊM jMrdniiisrs , quelque iuftcowMry ou autnt «jrmiH; charge d*une voltère qu'il y mimt tait fam« U pMMÎi
son temps à faire faire quelques élévations de terre, s!anvuaoit à ea fake porter las ^aoos, et y faire tra^ en sa pvéiMce^ yoire laiwinéiiie oonduisoit €€ BMKttt les ohaimis ec tombereaux sur lesquels mi portoÂt de la terre, et faisoit ces vils exercices et pa&se*temps , pendant qu il méditoit d'autres desseins. U .se Viojoit entiérenieiit éloigné et exciu de tous Miiseils el de coules affaires , et même faisoit*on cou* lir malfteieusemeiit des bruits qu tl en ëtoit incapable^ qu il avoit l'esprit trop foibie et trop peu de jugement, et que sa santé n'étoit pas assez forte pour prendre ees &Qms^., Il étoit Cellement abandonné que même wcttiis de ses domestiques, qui nairoîexit bien, honneur ni soutien que de lui, voiie même sa propre nourrice, le traliissoient et rapportoient ce qu il disoit... Il méditoit depuis longtemps de s'ôter de celte tyrannie (i). » Ce fut le baron de Vilry que Louis Xiii et ide Luynes cbargèrent d arrêter le maré^ml d'Au« cre^ avec ordre Ae le tuer en cm de résistance. Poeir prix de ce service on lui promit le bâton de maréchal.
Mort de Conclni. — La victime désignée venait d arriver à Paris loMque ce complot tôt tramé. Le maséchai d* Ancre avait été appdé, dit^w, de Momandie par des avis qui lui étaient parvenus de plusieurs •démarches faites auprès de la reine à son préjudice; du moins, c'est amsi que le roi prit la peine d expliquer am retour, ce qui pourrait faire croire que les conjurés m*7 étaient pas étra n gers. il louait à Paris , hors et près du Louvre, où il ne venait guère que pourvoir la reine; ety comme le roi ne voulait pas qu'il tûttué ches&sa mère^
l6 UlâlOXJaE DES TEMPS MODE&NES,
il fallait (ju il se chargeât lui-même de l attirer dans son appartement, ou qu'on le prît au passage, depuis la porte du château jusqu'à Tescaiier de la reine. Une première fois, roocasion parut se présenter. C'était trois jours après Touverture fiiite au baron de Vitry, un dimanche, jour où tout le monde était disposé, et où Ton attendait la visite du maréchal. Mais celui-ci amva tard, et resta peu de temps chez la reine mère; de sorte que le roi n eut pas le temps de le joindre pour le conduire au cabinet des armes, où il voulait toujours que rexécutiou se fît. Ce contre-temps pouvait tout découvrir, car l'attitude des gens apostés par le baron de Yitry avait été remarquée ; heureusement pour les conjurés , cette remarque avait frappé seulement des gras à qui l'entreprise qu elle faisait deviner était fort agréable. On y persista donc, en ayant soin d'envoyer un faux avis au maréchal , qui le reçut avec dédain. Le soir, on apprit chez le roi que la garde venait d'être doublée sans son ordre : il courut che^ sa mère pour en savoir la cause ; elle lui dit qu'elle avait eu soupçon du cardinal de Guise; qu'elle voulait le faire arrêter s il venait au Louvre, et qu elle ne Teu avait pas prévenu, parce qu'elle le croyait endormi. Après cette alarme, l'exécution resta fixée au lendv main.
« Ce matin-là, le roi était de bonne heure levé. Il avait annoncé uue partie de chasse , pour laquelle on lui tenait un carrosse et des chevaux prêts au bout de la galarie qui mène du Louvre aux Tuileries ; son projet était, dit-on, de s'en servir pour la fuite si le coup - venait à manquer. Le baron de Vitry avait placé dans la cour du Louvre, eu ditféreots postes, les gens de main qu'il avait dioiiis, non pas gardes du corps obéissant régulièrement à un ordre de leur chef, mats bons et notables gentilshommes, faisant service volontaire, comme il était d'usage aux actions d éclat; de ce
nombre étaient son frère et son beau-frère. La grande
Sorte du Louvre était fermée ^ mais Tordre avait été onné de Touvrir quand le maréchal paraîtrait ^ et de la pousser aussitôt derrière lui. Quelques hommes sûr» devaient renforcer là les archers de garde; et Tun d eux, placé au-dessus du passage, était chargé d annoncer,.
Çir un signal, que la victime entrait dans le piège* ers dix heures, le maréchal d* Ancre sortit de soa logis, et vint au Louvre accompagné de cinquante personnes environ , qui , presque toutes, le précédaient. Après avoir passé la porte, il se trouvait sur un pont dormant, joignanl un pont-levis qui menait à la hasse» cour. Ce fut là que le baron de Vitry le rencontra ^ après avoir traversé, sans dire mot, Tesoorte qui le précédait, et lui dit brusquement quil avait ordre de l'arrêter. Le maréchal n'eut le temps que de faire un mouvement de surprise, et de s'écrier, dans la langue de son pays : «Moi! » Aussitôt cinq coups de pistolet partirent; trois seulement l'avaient atteint, et il était tombé sur ses genoux - les derniers venus le frappèrent à Tenvi de leurs épées : le baron de Vitry s'assura de sa mort en l'étendant par terre d un coup de pied» Aussitôt on le dépouilla de ses habits; un des meur<*' triers prit son épée; un autre, son anneau; celui-ci son écnarpe; celiu-la son manteau; et tous couruient porter au roi ces dépouilles ilont il leur fit don.
«( Le roi était enfermé dans sou cabinet des armes y assez inquiet de levénemeut| lorsque le colonel des Corses, Jean-Baptiste d'Ornano, qu'il avait mis du complot, et attaché spécialement à la garde de sa personne, vint lui en apprendre le succès. Alors il se sentit en merveilleuse envie de guerroyer; il demanda sa grosse carabine, prit son épée; et, entendant les cris de « Vive le roi ! » qui retentissaient dans la cour^ il lit ouvrir les fenêtres de la grande salle, s'y montra, soulevé par le colonel corse 9 et criant « Gr^d merci
« à VOUS, mes amis; maintenaiït je stiisToi. »» Aussitôt il 'donna lordiie t^OL-on allât lui chercher ieis vieoit'eQM»^
éAfif^ fes €* pow l»épawire daAs la ville
la nouvelle ^tie «le roi êtaiit yoi^>» cat* le mot styisàit néussi.
' « la reîtie itaète 'âMil*aiYeudîi de M>n tit ies^Mii(>fr dis t>nitdtet;^ wie «de M fcfimieB ajMtt ouvert ttiie fetiêtre porur saTOir ^^efè Vèiwht ce»bnrit, a^ait appris
du baron de Vitry liri-îtiénie ce qu'il Kuait de faire. Dès lors elle se tint en quelque sorte pour condamnée^ et ^ résigna, il est 'difficile de ^àY0ir ce qu aurdiit ftB^ dliît^a pi^ehce, sa *¥ohij son ëtntMîté de mère,^( elie-eût tentë, datts le premier Bfioment, de se faire jour jusqu'au roi. Elle ne l'essaya pas; elle resta chez elle à gémir, à pleurer, à s'emporter assez vilainement eoncre ses'deuSL 5m4l»ur8 qni l'avaient perdue; à eii^ te^fer tets le rei, pour le supplier de lui accorder un entretien. Le jeuwe roi avait eu 'le temps de s'affermir; il fit dire à sa mère qu'il la respecterait toujours, mais <|ull voulait régner; qu'il lengageait à ne pas ^ÎYter sorn «ppancMient, d'où le baron de Vkry fit sorikt aus^ silât la garde patticidièl^ de k reine pour y mettre des gardes du roi. Quant à la maréchale (l'Ancre, qui demeurait au Louvre, au premier bruit de i événement^ eUe avait fait demander asile à la reine. N'en ayant reçu qtiNimi refus icrttel , elle s eta4t déshabillée et ttiise firu 4it pour rouvrir de sovi eor^ ses pierrferresqu'elle y avait cachées, et même les hagues de hi couronne >» dont elle était dépositaire. Mais les archers envoyés par le baron de Vitry la dirent lever, déco-u** vrtrent dbrns tâ paiMasse Tardent et les bijoux ; déro*^ bèreut kWM* profit tout ^ ^tA nVlmt pfts àmê léd coffres qu on saisissait pour le roi, et la conduisirent prisonnière dans la chanibi e où l'on avait tenu quelque temps le prbice de Goudé. Même recheitbe et
même pillage se faisaient au logis <iu luaréokal d Ancra 9 où 6oii jjMne Sàs^ ê^é de douz« am^ fui .gardé tMt le jour, «MIS vétMittU» , JîI et saut pain. .
« dependaiM; k iE>ule se fmesit eu Lenvm; Jes m* liens ministres, rappelés, n*avaient pas été des derniâTs à s'y readçe« Le dun^ d Anjou , frèse du rm ; le comte de SobsoDS^ le icardinal de Guise^ le duc «ke Neniouvs , néoemmeat ermé^de Savdie ; le gi»«d fmam de Vendôme, entouraiîeat Je monarque émancipé ; le uonibre des visiteurs, s aecroissaiit toiijoLirs, éU)uiiait le 4^^011 fit JttontûT mr une table de bi-ikiidi « ooxnme $ur uti pavois^ » difiesi les relatieM duiempii En cette posture, il était vu de tout le monde , reee» vait les compliments et distribuait les paroles d'afïection (i). »
i^vQces de la mar échoie -d'idnore.^^he corps de Coi^ 4»ni.fot déterrépar la f opuleee, et mis en lambaeux. Lt parJenent condamna m mémeiM, et fit le prooès i tat
veuve. La sorcellerie et la magie furent Ils principaux Igriefs iiii pûtes à la maréchale. Cette feiume si faible, si cr«duie,c|ui n£ pouvait sup^povter les regards d'un in-* connu dana la onuate dWi être «eguBQrcelee,relBOttira) en ^sfince de k mort, laforôe d'eaprit et l'énergie de ea* ractère ULixquelles elle avait dii son élévation. Le commissaire du parlement lui ayant demandé de quel char« me «lie a était servie pour eniorcekr la reine mère, elle Brandît: « De l 'aêcendmi qu'um esprk mperieur a tou^ jom^ew unstfrk faible. » jMhI|fré 4!etle rép<Hiee ▼ieto* lieuse, elle fut condamnée à la peine capitale. L arrêt du parlement déclarait Goncini et aa veuve crimmeis de Jiàie m%|eaté diviue et humaine; il condamnait lu mAiynire du man à pwpétuitéi et la veuve à amiFim iSieimnchée; emi e^rfs et la tête brédés ^ réduiH en cendres; leurs ^iaiu Jéodcmx^ tenue de la cou/onne^
(i) Bazia, 1. 1, p» 5oo-5o5.
aO HISTOiaB DBS MOOBRIfSS.
réunis au domaine; leurs autres ficfs , immeubles et biens de toute sorte ^ même ceux hors le royaume^ ac-
3 mis au roi, prélèpement fmt de quaranie»huU nulle içres pour amende. Quand die sortit de la Goncier« gerie pour monter en charrette, elle s écria, en voyant . l'immense multitude accourue sur son passage : <t Que de peuple pour voir une pauvre affligée ! » Ayant reconnu dans la foule un gentilhomme qu elle avait autrefois offensé, elle lui demanda pardon. Le peuple, dont elle réclama les prières, fut touché jusqu'aux larmes à la vue de tant de résignation; et Ton assure que la duchesse de Nevers, son ennemie déclarée, ne put retenir ses larmes»
Puissance de Luynes.-^he nouveau favori s'appropria la dépouille du maréchal d'Ancre , malgré l'arrêt du parlement, qui la confisquait au profit du trésor* Il fit part à ses deux frères de ses richesses et de sa puissance. ATaîné, Gadenet, il donna un million comptant, et une pension de soixante mille livres, avec la dignité de maréchal de France et la main de la plus riche héritière du royaume* Le second reçut un présent de six cent milïe écus, et épousa Théritière de Luxembourg. Bientôt tout le pouvoir se trouva entre les mains Je Luynes. « Bien qu il n'eût jamais entendu parler d'affaires, dit Fontenay-Mareuil , ni vu autre chose que des chiens et des oiseaux, d où il avoit tiré tout son avancement, ne connoissant ni le dedans, ni le dehors du royaume, il en prit néanmoins le gouvernail avec autant de hardiesse que s'il nVût jamais fait d'autre métier, rien ne se tiaisant que par ses ordres, et les vieux ministres lui servant plutôt de couverture que de guides (i). » Aussi le mécontentement devint-il généra] ; et les grands lui portèrent bientôt la même haine qu'ils avaient portée à Concini. Marie de Médicis
(i) Mémoires de FonteBay-Hareiiil.
ai
princière qui déjà fait renaître tous les abus de Tandenne féodalité; puis le roi et le peuple grandiront ensemble , jusqu'à ce ^u enfin TcemYre glorieuse de Tu* nité nationale soit entièrement accomplie.
S 1I« Depuis lss traités de Conflaks &t de St-Mahb
jusqu'au tbaits db PÉaoïiif b.
Rupture du traité de Conflans. — Louis XI avait promis aux princes tout ce qu'ils lui avaient demandé, et ainsi s'était trouvée dissoute cette ligue qui mena» çait d'être si funeste à la France. Débarrassé de ses ennemis , Louis n'eut rien de plus pressé que de faire annuler le traité de Conflans, et de reprendre en détail ce qu'il avait cédé aux princes lorsqu'ils étaient réunis. La condition la plus dure, la plus onéreuse à laquelle on l'ayaitforcé de souscrire, c'était sans aucun doute la cession de la Normandie, car la Normandie était la province la plus riche de la France : elle payait à elle seule la neuvième partie des impôts qu'on per«* cevait dans tout le royaume. Le roi pouvait-il permettre quune province d'une telle importance fût placée entre les mains d un prince qui avait été Finstrument de ses ennemis ? pouvait-il consentir à jeter comme un pont entre la Bretagne et la Picardie, et à réunir lui-même les possessions de ses adversaires les plus implacables? II fallait à tout prix arracher la Normandie des niai n s du duc de Berri. Louis XI n'hésita pas un instant. Il convoqua les états généraux à Tours j il démontra aux députés de la nation que la sûreté de la couronne était compromise s'il laissait la. Norman-' die à sou frère; puis, fort de leur assentiment, il déchire le traité de Conflans et entre en Normandie à la tête d'une armée (i466). Ce fut en vain que Charles de France appela à son secours le comte de Charolais
mSXOIABillB» wCESW&^^MQiUlAjNES.
qui était occupé à réprimer une sédition à Liège, suscuée'pal^ie& intrigues dfi/ Louis^ JU* Rouen et toute#t leMutrewUtes^ses^uimvemàirautomé du roi, et le dmo* de Berri fut obligé de^cherohermi refuge en Dvetftgm» Louis XI marcha eusuite contre le duc de Brela^^ne, et le» contraiguil de faire la paix et de reuoncer à l'ailiance de la Bourgogne. Dès lorââlniâ inéaagea pluMes anciens ennemis : il fit décapiter ou noyer un grand nombre de nobles qui avaient pris part au soulèvement de la rsui uiandie. En même temps il s'attacha ceux d entre eu3L qu il croyait disposés à le^ servir^ et dont il avait raoomitt lai capacité^ nutamnieiit le' sire de Dammnrtin quai avatlusv longtemps pouvstûvi de sa haine; ii en fit un de se» conseiller» intimes, déclarant haute*ment qu'aucun seigneur ne lui itispiraitphis d'estime^ pai^ce qu aucun n^avait su lui faire plus de inaU
Entreme ettraiâi de Péronne. — Restait à apaiser' le*duc de Bourgogne, Charles le Téméllâre, qui venait de succéder à son père Philippe le Bon (1467). Ge prince ( tait alors un des souverains les plus puissants de TEuixipeé 11 possédait d'abord la Bourgogne propre* mentalité, avec sa belliqueuse^ innombrabla noblesse qu pouvait Ini fournir une exceliente^cavalerie^ de pli|s^ il -était maître des Etats l)elges. si riches aujourd'hui, et plus riclies encore au moyen âge, ou ils iaisaient exception au milieu delà misère de tous les Etats voisins. Il tebait. même en son pouvoir la Hollande , dont l'indu»^ trie et le eommerce avaient prison dévdoppementim** niense. Malheureusement, les conditions de la durée manquai(iut au duché de Bourgogne, car les éléments qui' composaient nette grande puissaiice étaient trop divera*pour*s*aeoàrder et s*étendre« Les peuples: rau»' nis-aottslaittorité'de Charlea le Ténkiraire ne parkicn» pas la même langue ; ici c'était le flamand ou l'aile* niand qui dominaient; là le wallon ou le français. Les mœurs et les coutumes différaient autant qiiie lesidio»-
uns luu CBAJsn&x».
anini4> viv^em^oi; le roi oonti^e mxx (i). »
Louis XIU résolut de faire» !a gueiTc en personne. I) coiitcra la. dignité de couiiétable au duc de Luyn^â^ et s étant mis à la tête de ses troupesi^ il xaascba coiUi:e les- bu^^nots., Saumiir, ou commandait le vieux Duplessis-Mornay, reçut ^rxàson rojale« Qe là, il marcha yers Saiut-Jcan d'Ajigely:> qui était le rendez-vous des prolestants de 1 Ouest, Toutes les villes réfornaees du PoÎMu et de la* Ton raine firent leur soumission à son* appr^ch^ I4>r4qulil tjnX arrivé à. £îiort|. il pubUa une proi^lamation par laquelle il promettait pardon à tous les réformés qui reconnaîtraient Tautuiité royale, et xtieu^i^it de sa colère et de si^s vengeances ceux qu^ obéiraient aux décréta» de rassemblée de la Eochelle, Puis il mit le siège devant Saint*Jean d'Angely. Le due de Soubise ayant refusé de se rendre, la feu ftit ouvert cou ire les remparts, et, après une résistance de vingtdeux jouis, la ville fut rédige. à capituler, Louis, XiU en fitxaseï: lea fortifications , combler les.fossés, et révo^ tous les. privilèges dont elle avait joui jusqualors*
Siège dfi Montauban. — Mort de Luynes, — Après ces succès, qui faisaient augurer une issue prompte et heur4&Mse djs la guerre, larm^e du roi* se dirigea, vers AKantaMban, la citadelle et le sanctuaire du parti hn» gmenot dana le Midi. Le marquia de-kt Forceiay étail ^fermé, elle duc de Koliaii avait promis de ic secourir avec toutes les fûi ces qu ii. pourrait rassembler dans 1^ ba^. Languedoc et, dans les Q^^Kenues:. Dàs le comr jne^çement du siège ^ la duc de Htayenne. fiit frapné dune balle qui le blessa mpi^ellement. Cette nouvelle
causa dans loale la 1 i aiiee la plus vive douleur. « Les
1^ U^ia Jîgue semblèremcSei:aLlui)>^r,.çammeo»pai;-
(i) Mémoires de EicUelieik.
^4 mSTOtRB DBS TEMPS MODERNES.
lait alors , pour servir de torches funèbres à ses obsè* ques.» Partout des malédictions éclatèrent contre les huguenots. A Paris , la populace se porta sur le chemin de Gharenton, le dimanche qui suivit cette nou-' * ^ velle, et massacra un grand nombre de huguenots qui revenaient du prêche.
Cependant, le duc de Rohan s était jeté dans la place, et sa présenec avait doublé le courage des assiégés. Toutes les attaques furent repoussées. Déjà la . mauvaise saison était arrivée, et chaque jour les maladies faisaient des vides dans les rangs de larmée. Lu conseil de guerre fut assemble pour aviser aux moyens de terminer cette entreprise. Le comte de Bassompierre ei^t le courage de prononcer le mot qui était dans la pensée de tous : il proposa de lever le siège. Cet avis (ut suivi : Tarmée royale se retira après avoir perdu liait mille bommes. Le connétable de Luynes luttait alors contre une fièvre purpurine ; le chagrin qu'il conçut de cet écbec aggrava le mal. 11 mourut le i5 décembre 162 1 , dans un village. « Il ne fut guère plaint du roi , » dit Bassompierre , « et sa mémoire resta chargée de tous les reproches que les contemporains adressent d'ordinaire aux favoris. »
Pacûication de Mon^ellien — Après la honteuse issue du siège de Montauban, la guerre civile continua dans les provinces de FOuest et du Midi , mais elle ne fit que languir. Ce fut en vain que les réformés offrirent cent mille écus par mois au connétable de Lesdiguières pour qu*il se mit à leur tête et organisât leur armée* « Le vieux soldat ne voulut pas, à quatre-vingts ans , quitter sa petite royauté du Dauphiné , pour accepter la conduite de ce parti indisciplinable (i). » Les catholiques, de leur côté, ne firent pas de grands efforts pour terminer la guerre. La lassitude générale
(z) Mickeleti Précis d'histoire de Fi ance.
LIVAB III. CHAPITRB I.
âûiena enfin une pacification qui fut signée à Montpellier. Les articles de la paix que le roi octroya aux huguenots portaient le maintien de Tédit de Nantes dans toutes ses parties. Il fut stipulé seulement qu'à layenir ils ne pourraient plus se réunir pour un but politique sans l'expresse permission du monarque.
Ainsi le trouvernement restait dans le même état de faiblesse et d'abaissement. La Vieuville, qui succéda à de Luynes, n*eut pas la force de le relever (i). Cependant, il ffudrait se garder de le juger d'après
les mémoires Je lucliclieu, lequel aecuse la \ ieuville de ne i avou appelé au ministère que pour s y maintenir, et pensant se servir de lui comme d'une ma^ rotte* Ce fut Richelieu, suivant Bassompierre, qui fit enfin prendre au' roi la résolution d'éloigner la Vieu* ville de la cour. On ne saurait donc le condaumer sur les reproches qu'adresse Richelieu à sa mauvaise administration y pour tout ce qui concerne le gouver* nement de Tintérieur du royaume. On doit même dire à sa louange que le premier il comprit le sys« tènie de politique que la France devait suivre à Textérieur.
Au resie, que le jugement de Richelieu sur la Vieuville et sur les autres ministres qui gouvernèrent la France dans l'intervalle de 1621 à 1624 soit vrai
ou faux , il n*en demeure pas moins eenain que la réforme des abus n'avait pas commencé à Tintérieur, État de la France avant V avènement de Richelieu.-^ Les prétentions des princes et des grands subsistaient toujours 5 et la cour ne pouvait satisfaire aux nombreuses réclamations qu'ils lui adressaient. La révolte d'un seul gouverneur de province pouvait mettre en pml le salut de la ropute et de la France. L'organt»
(r) Voyez les Mémoires qui portent le nom de Gaston, duc d'Orléuiâ. CoÙectioa Petitot, série « t. XXXI» p. 47.
WÊÛon miUtwro auâtmauvrâe; on eptouTaît une diffit^ culte extrême à faire des levées dliommes; les finanoes^
étaient également mal administrées. 11 n'existait ni maxiiie^ ni commerce. Les côtes de VOuest étaient infestées par des piratas ^ui allaient vendre leurs prises à 1» Rochelle. Celle siination précaire de la France^ cet abaissement de TautoTilé royale , ressortent de la lecture de toi^s les flocuments contemporains. Ajoutez qu'il y avait deux religions en F rance, deux partis hostiles toujours prêts à recourir aux armes. Qui donc pouvait remédier à ces maux^ rétablir Tordre en France, et relever l'autorité royale?
Était-ce le roi? Mais sa conduite, sous les minis* tères de Concini et du connétable de Luynes^ avait suifisamment démontré quel serait le caractère de ce prince , lorsqu'il serait arrivé à Tftge de ^uvemer par lui-nieme. Tout faisait présumer que Loms XIII, aban* donné à ses propres moyens, ne reconstituerait pas la monarchie, Bassompierre dit de ce prince : « £n ce temps-là^ le roi, qui étoit fort jeune (il avait près de onze ans ) , s amusoit à force petits exercices de son âge, comme de peindre, de chanter, d'imiter les artihcesdes eaux de Saint-Germain.... , de laire de petites inventions de chasse, déjouer du tambour, à quoi il réussissoit fort bien.» Madame de MotteviUe, en parlant des dernières années de son règne et de ses occupations journalières, nous apprend qu'il vécut dans sa précoce vieillesse, comme dans sa jeunesse, adonné à de tristes occupations* Après avoir enum^é ce qu'elle regarde comme ses grandes qualités, elle ajoute : « Il savoil miUe choses auxquelles les esprits mélancoliques ont accoutumé de s adonner, comme la musique et tous les arts mécaniques , pour lesquels il avoit une grande adresse et un talent particulier. » Ces deux passages*, insignifiants en apparence, sont la peinture la plus vraie, la plus esmclmslique de ce
réi. qui, à quarante- trois ans, couché sur son lit da Mrty «ipubUoit^enfin à haute voix qull ne vouloit phu de ^iwnrn^mr, » £t cependant Louis XIII ne nmn» «Mfpas'd un oertmin courage persomeLOn^laTailTu,. 1 épée à la main, marcher ayee sang*>froid sous le feu meurtrier des batteries de Saint-Jean d'Angely. Plus tard, on le vit^ à la téte de son armée, conduire les soldais" au feu et forcer le Bas de Suze« Quand les Espagnote nuirait en France et pénétrèrent jusc^ a Corbie, il fit téte à l'orage et ne désespéra pas de sa fortune. A la journée des Dupes, en i63oj il fit preuve d'un penre de courage plus rare encore» Jamais il n awtaimé le cardinal. Il se sentait, comme le dernier de ses sujets , pressé par cette main de fer, réduit à rinaction , à la nullité la plus complète, et cependant il laissa le sceptre dans cette main si pesante pour lui. Cw^es t il ne iaut pas un courage ordinaire pour re» oonnaîtpe ainsi publiquement d'une manière si éclatante sa^ propre incapacité, et se rendre justice à son détriment. Ce courage-la est peut etre plus rare et plus diilicile que celui qui consiste a braver la mort dans les combats. Et ce que Louis XIII avait fait en bSïO) il le fit depuis lors tous les jours de sa vie, jus«^ qu'au montent où Ton vint lui annoncer la mort de Richelieu. Toutefois ce n était pas ce courage d'abnégation qui pouvait sauver la France et la tirer de la mauvaise route où elle était engagée depuis la mort de Henri lY. Il fÎEiUaît pour cela un ministre qui fftt capable de suppléer en tout la royauté^ un roi actif pour caclier le roi inactif.
Mais avant d'arriver au ministère de Richelieu, nous avons encore une question à nous poser.
ËttM-il donné aux états généraux de remédier aux anux de la Fnmœ?
Les assemblées des états généraux se composaient de prêtres, de nobles^ d^ gens de robe, C est à des-
28 UISiOI&£ DES TEMPS MODERNES.
sein que nous ne prononçons pas le mot tim ^itxtf
car tous ces hommes qui étaient censés représenter le tiers état, étaient revêtus d'offices de judicature. Nous verrons, en parlant de la Fronde, que les lamilles qui appartenaient à la justice formaient une caste à part, aussi séparée de la masse du peuple que du clergé et de la noiilesse. Or, à cette époque , le roi avait l'initiative en tout; il avait à la fois le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif Lui seul avait le droit de convoquer les états généraux; mais comme ces as-^* semblées s'enquéraient des abus et que les abus étaient le plus souvent du fait de la royauté, il les convoquait le moins possible, et seulement quand il y était force par quelque nécessité. Les nobles, qui avaient conservé une certaine puissance par l'esprit d'association, for» çaient quelquefois le roi à cette révision de ses actes et à lauditioii des cahiers de doléances qui lui étaient transmis par les trois ordres. Mais jusqu'alors les résultats avaient été si peu appréciables, que personne n'attachait sérieusement une grande importance à la convocation des états généraux.
Le grand vice de ces assemblées c'était que les trois ordres délibéraient à part, en sorte que la scission entre eux était toujours imminente. On peut s'en convaincre envoyant ce qui se passa aux états de i6i4* Quelques questions graves furent posées, discutées, mais non point résolues. La noblesse s'unit au clergé pour réclamer Tabolition de la pauictte qui rendait hérédi*' taires les offices de judicature,yai5iiiï ia Justice doma^ niale à des personnes particulières , et k mettait aux mains de certaines familles qu'on accusait de corruption. Lors de l'incendie du Palais de Justice, en i6'i8, un plaisant avait fait ce quatrain burlesque qui vient à l'appui de Tàccusation portée contre les gens de robe :
Certes ce fut ua triste jeu
unm m. ckâm/ske i. ■ 39
Quand à Paris, dame Justice, Pour avoir mangé trop d'épice Se mit le palais tout eu feu»
Nous avons montré plus haut avec quelle opiniâtreté I0 tiers état, ou plutôt les officiers de justice réclandèteat aontre cette demande. En revanche, une demande du tiers état suscita de violentes invectives de la part delà noblesse et du clergé. Les députés du tiers avaient inséré dans leur cahier un article , « par lequel ils faiftoient. instance que Sa Majesté iùt suppliée de faire arrêter dans rassemblée de ses ^ts, ponr loi fonda* mentale du royaume, qu'il n'y a puissance sur terre, soit spirituelle, soit temporelle, qui ait aucun droit sur ce royaume pour en priver la personne sacrée de nos rois, ni dispenser leurs sujets de Vcbwamce qu'ils leur doivent, pour quelque cause que ce soit; que tous les bénéficiers, docteurs et prédicateurs seroient obligés de renseigner et publier, et que ropinion contraire seroit tenue de tous pour impie, détestable et contre vérité , et que s*il se trouve aucun livre ou discours écrit qui contienne une doctrine contraire , directement ou indirectement, les ecclésiastiques seroient obligés de l inipugner et contredire. »
Cet article de g^antie que le tiers état appelle loi fondamentale du royaume, nous &it entrevoir la véritable situation des affaires, et les craintes qui agitaient les esprits. Les nïagistrats qui l avaient composé étaient les fils, les héritiers des auteurs de la satire Ménippée, de ceux qui avaient couvert de ridicule les prétentions et les projets ambitieux des princes et des prélats. Ils voulaient à tout prix se prémunir contre des desûidres semblables qui ne pouvaient venir que de la haute noblesse et du haut clergé.
Les états proposèrent encore d'une manière génélale des réformes d'abus , des projets d'une meilleure administration, des plans d'économie pour les finances.
Diyuizeo by
8o KxsTom vm wahuines.
Tout cela se trouvait imntîoiiiié dans les cahiers des trois ordres. Mais rien ne fut diangé; il y a plus:
personne n'en fut étonné, personne ne se plaignit de ce résultat de la tenue des états généraux. Nous concluons de là que les états généciaux, tels quonilaa coneeyait alors ^ ne pouvaieiit nmédier en rim «m maux de TÉtat.
Le roi Louis XIII et les états généraux étant convaincus d impuissance , Fœuvre de la réforme et du progrès devait^elle être confiée au parlement? C'est une question que nous i^'ayons pas à résoudre kà* Le parlement^ de 1610 à i643, ne:fit que quelque tentatives partielles, isolées, pr omptem en t réprimées, surtout sous l'administration de Richelieu. Il faut at« tendre la régence d'Ânne d' Auiriehe : c'est là l'époque où le parlement fera essai de son pouroir. Lorsque nous serons arrivés à cette époque , nous montrerons combien le parlement était isolé et incapable d'agir avec énergie et suite. Si 1 on admet en ce moment ce fiut pour prouvé, il demeure constaté que le parlement, aussi bien que les étals généraux et le roi, était impuissant et hors d'état d'accomplir l'œuvre delà reforme politique, et que, par conséquent, cette œuvre demandîait un ministre roi, comme iiichelieU| ou un roi ministre , eomme Louis XIV*
S IL MiNISTEBK DB RlGBBLIBU* — Iz. BBL8VB L AUTOamS ROTAU EN ABAISSANT Z.BS GRANDS, BT BN ANBAN-
TiSSANT LE PARTI PROTESTANT COMME PARTI POLITI-
QUB, Il RtLÈVE L ALTORITK DE LA 1 KANCJE AU
DBHORS) BN s' ALLIANT A LA Su£DE POUR ABAISSB&
LA MAISON d'Autrighb* (i6i4-i6a40
Riclidieu, dans sa SueeimUe ttamUUm des gramiêB MtionM du roi, adressée àLouis XUIi a tmeéle'tu*
tlVRE III. CHAFiTtt I. 9t
Meau ftuWant de Yétkt où se trooTftSt la France, quand
il fut appelé au ministère :
« Lorsque Votre Majesté se résolut de me donner « en même temps et l'entrée de ses conseils et grande « part en sa confiance ^ pour la direction de ses afibires^ «je ptib dÎTeavec vérité que les hugaenots parta* « geoient TEtat avec elle; que les grands se condiii-^ « soient comme s'ils n'eussent pas été ses sujets, et « les puissants ^otnrerneurs des provinces, comme « slb eussent été souverains en leurs charges*
« Je puis dire c|tte chacun mesuroit son mérite « par son audace..... et que les plus entreprenants « ëtoient estimés les plus sages , et se trouvoient sou- « vent les plus heureux ; je puis dire encore que les m alliances étrangères étoient méprisées; les intérêts
« particuliers préférés aux publics; en un mot la
« dignité de Votre Majesté Royale tellement ravalée... « ou ii étoit presque impossible de la recounoitre* »
Xes actes du ministère de Richelieu peuvent se ramener à deux chefs principaux. Ces actes ^ les plus petits comme les plus grands, se groupent autour de deux idées, qui le préoccupèrent incessamment et
Ïui présidèrent à tous les travaux de sa vie politique, ichetteu ne systématisa peut-être pas sa règle de conduite comme nous pouvons k systématiser aujourd'hui; mais il est permis d'affirmer, quand on s'appuie sur les faits et sur les documents contemporains ^ que le cardinal se proposa ces deux buts :
De niveler la Fiance sous lautorité royale, en donnant à l'État la plus stricte unité;
2° De rendre à la France le ran^ qu'elle devait occuper dans le système de l'équilibre européen, et qu'elle avait perdu pendant les guerres de religion.
•RicfaeKeu ne pouvait donner Tunité à la France que par deux moyens :
L'abaissement de tous les pouvoirs qui étaient
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3a BISTOIEB BBS ISHFS MODBRHBS.
en position de contre^balancer Tautorite rojpale, cette personnification de lunité du pays.
L'anéantissement du parti protestant, comme parti polique.
Abaissement des grands et des pariements.—Yoici ce qu'il fit pour rabaissement des pouvoirs qui gé* naient Tautorité du roi :
Il y avait à la cour de Louis XIJI de jeunes seigneurs , désordonnés dans leur conduite, qui ne respectaient guère la majesté royale^ et ne voulaient plier sous Tautorité de personne. Parmi eux se trouvait Chaiais , qui avait coutume de faire la grimace derrière le roi, lorsqu ii i habillait. Ce fut là, indépendamment de ses menées avec Monsieur, un grand crime aux yeux de Uichelieu. Il le fit décapiter. Puis, lorsque Chaiais eut été publiquement supplicié, ce fut le tour de Bouteville-Montmorency. La fîireur des duels était alors arrivée à son coinble. On comptait près de huit mille lettres de grâce accordées en moins de vingt ans, à des gentilshommes qui avaient tué leurs adversaires dans des combats singuliers* Henri IV, effrayé dfi l'excès de cette manie, avait défendu les duels en lâoa^ sous peine de mort. Mais cette défense était tombée bientôt en désuétude, Louis XILl la renouvela en 1626. Cependant Tannée suivante, le comte de Chapelles et le duc de Bouteville, père du maréchal de Luxembourg, tirèrent Tépée sur la place Royale contre deux autres seigneurs , dont Tun fut tué dans le combat. Ils furent tous deux condamnés à mort et exécutés publiquement. Ce terrible exemple démonflra aux grands qu a Tavenir ils ne se joueraient plus impunément des lois de rÉtat. Il faut lire dans les Mémoires du cardinal avec quel sang-froid il parle de ces exécutioiis, comme il pèse avec calme la vie ou la mort des victimes qu il a choisies. U dit en parlant de Bouteville : « Le cardinal lui-même étoit bien agité en son esprit. U étott
uffEB m. caïuima i*
laipcMsible d'avoir le coMir noble , et ne pat pUndre ee pauvre gentilhomme, dont la jeuneise et le coulage ëmouvoient à firrande compassion.... Le cardinal
avoit, en son particulier, giande aversion à sa perte, et grande inclination à porter le roi à lui pardonner; mais il étoit retenu^ qne conserver la vie de ce gen* tiihomme, qu*il avoit déjà fait perdre à plusieurs très, l'ùreroit à la nicilieure noblesse de cet Etat, qui estinieroit ne devoir pas être plus nialiieureuse que lui en suivant son exemple (i).
U vint un moment où Richelieu, qui avait accepté la solidarité de tant de meurtres juridiqués, faillit être renverse par des intrigues de femmes et de courtisans. Nous raconterons ailleurs comment il sortit tiioniphant de cette lutte. Il continua Tœuvre de la léfonne du royaume , «ni'il se croyait appelé par Dieu lui*niéme à accomplir. Voici ce qu41 dit dans ses Mémoires : « Le cardinal est celui dont Dieu se sert pour donner ses conseils à Sa Majesté, auxquels ses ennemis ne sont pas opposés publiquementr Ils s'y opposent secrètement par cabales traîtresses. Il iattt tvec dextérité merveilleuse démêler toutes ces fusées, le cardinal est seul a y coopérer avec le roi; il y ^pose sa vie , et par des soins continuels y consomme ^ santé, méprisant son propre bien et toutes les dioses du monde, pourvu quil fasse sortir glorieu* scment son maître de cette entreprise, comme Dieu €nfin lui donne la grâce de faire... »
Devenu le maître, et le maître pour toujours) Ki* ^teu attaqua non plus seulement les seigneurs, . ^ la famille même du roi. Gaston d'Orléans se vit ^traint de chercher un asile hors de la France , et ^ mère du roi fut chassée du royaume pour n'y plus 'entrer. On sait qu elle mourut à Cologne dans la mi-
(i) HéflKms de Richelieii, année xSa?.
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34 HISTOIU M§ WmUê HMWNBS,
sère. Le ministre déshonora la famille de son lattîtrey en accusant la «cuir de Louis Xiil, la ducheMe de Savoie, d^avoir un amant, et il fit saisir puUiqaenieftt et letenir prisonnier en France celui sur qui étaient tombés ses soupçons. Le maréchal de Marillac, et après lui Montmorency, portèrent leur tôte sur l écha* faud. Ceux qui voulaient éviter une fin si ignominieuse sortaient du royaume. C'est ee que firent le duc de Vendôme et la Valette. Le supplice de Cinq-Mars et de Tliou fut le dernier sacrifice que Riclielieu fit à son système. Le duc de Bouillon aurait eu le même sort, SI la raiton d*£uit ne lavait emporté, et ei la remise de Sedan entre les mains du roi n'avait pas été ptua avantageuse au royaume que la mort d'un grand.
Ce que Richelieu dit un jour à un des favoris de Gaston d Orléans, nous fait comprendre, d'une ma» nière terrible, conunent il entendait le rôle dont il s'^it chaire. Cétait au moment où il venait de dé» couvrir les projets de Cinq-Mars. Le duc d Orléans, qui avait trempé dans la conspiration, craignait une terrible punition. Il envoya un de ses familiers y Tabbe de la Bivière , pour sonoer le cardinal. Voici un firag* ment de la conversation entre la Bivière et Richeliaty telle qu'elle est rapportée dans les Mémoires de madame de Motteville, qui tenait ces détails de l abbé ltti«méme : « Le cardinal lui demanda s'il ne savoit point ce que Monsieur avoit fiât; il répondit que non, et qu'il ne connaissoit que les eomi^aisanees qu'il avoit eues pourles plaint^de monsieur le Grand (i). Le car- . dinal lui répondit : « £h bien , pensez tout ce que vous pourrez ûnamier de pis, et souifmmnfous quUl a fait urne chose infâme à un JÙs de Frunee^ et qui mérite la mort (2). » On ne saurait dire si Richelieu aurait poussé
(1) Cinq-Mars, qui était grand écuyer. Voyez p. 63. (a) Mémoires de mêim» de Blotteviile, eoUedion Pelitot, a* séne^ t.XXXVI,p*4»«
cran rin. ««Humui -i.
la. logique de ion systàme jnaqtt'à iaiie tomber la tête du frère du roi. Mais ce mot est le complet réBumé et
la conclusion rigoureuse de ses principes politiques.
Voyons quelles furent les conséquences de cette conduite énergique.
Lorsque Richelieu arriva au pouvoir, il y avait en France dix<>neuf gouTemeurs (i), c*est--à«aire, dix» neuf rois indépendants qui administraient, au gre de leur caprice, le pays qu on leur avait confié, levant des impôts et des hommes pour leurs intérêts parti-cufiers. Plusieurs, il est vrai, de ces gouverneurs ne ee sentaient pas assez forts pour résister à l'autorité royale. Ceux-là ne prévariquaient que peu ou point, et llichelieu ne les inquiéta guère. Mais ceux qui par le eang tenaient de plus près au trône, ou qui par leur puissance se croyaieiit en droit de MUTemer le gou* Temement lui^mâme, ceux»là Richmen ne les ménageait point. Rappelons seulement Montmorency décapité, le duc de Vendôme obligé de chercher un asile
(f ) Toid la liste de ces gouvernem téAe qoe h donne M. de Saint* Anlaire dans nntrodnetion de son Histoire de la FWmde, p. 9.
Isle de France. • Le duc de Montbazon.
Orléanais. * Le comte de Saint-Pol.
Bourg v»».* ••••••••••• Le prince de Condc.
Bretagne •••« •••• Le duc de YendÔ7nr\
IHormandte. *••••••••• Le duc de LoiiL'iut vilie.
Picardie • I-e duc de 1 i]) in's.
Champagne Le duc de isevers.
Metz, Toul et Yerdun. I^e duc de la Yidefte.
Bourgogne. • Le dnc de Bellegarde*
Aiiverpe..*. Le duc de Ghevreuse.
'Le Maine Le prince de Guémené.
Anjou •«•••« La leine douairière.
Dauphiné... •••••••• Le comte de Soissons»
Provence.. •••••••••••••«••••••••• Le duc de Crdise.
Languedoc.» Le duc de Monlmorencjr*
Cuyeaoe • • • Le duc de Mayenne.
Limousin, Saiiilonge et Angouniois. . . ♦ Le duc d^Épernon. Poitou Le duc de Rohan.
Béam Le duo de la Forée.
wmonm oos vbmês modbanbs.
en pays étxaoger^ le duc de la Valette condamné à mort par contumace, le vieux dÉperhon frappé par la disgrâce de son fils, le comte de Soissons tué à la
JVIai tee(i64i); la reine douairière, qui avait le gouvernement de TAnjou, forcée de vivre hors du rovaumej les ducs de Rohan et de la Force, déchus de leur puissance par Tanéantissement du parti protestant cmnme parti politique. Les autres gouTerneurs de province n'avaient, nous le répétons, ni assez de lorce, ni assez d iniiuenee, pour tenter une révolte à leur |)rofît. On voit quel immense changement setait opéré sous Richelieu. Ce résultat seul suffirait pour justifier les mesures sanglantes auxquelles il eut recours. En effet, il n'était pas bon que, dans une monarchie bien ad* ministree, le roi eût a li vrer souvent quelque bataille de Castelnaudary ou de la Marfée (i).
Quand le cardinal eut ainsi plié sous le joug royal les grands et les princes, cette force armée qui, depuis la mort deiienri II, avait été le perpétuel soutien du désordre, il songea à mettre dans la même dépendance les autres ordres de TÉtat, et avant tout le parlement.
Les lits de justice tenus sous Marie de Médicis n'a* valent pas imposé silence au parlement. Sa puissance était grande d ordinaire, quand l'autorité royale était faible. On n'avait obtenu du*à grandpeine l'enregistrement de plusieurs édits oans les premières années du règne de Louis X.IIL II n'en fut pas de même sous Richelieu. On changea de système et de langage à régard des magistrats. Dans les remontrances iaites parle parlement au roi, i6 mars i6i5) on lit ces mots : « Votre parlement de Paris, Sire, tient la place « du conseil des princes et barons qui , de toute an- « cienneté, étoient près de la personne des rois; pour « marque de ce, les princes et pairs du royaume y (i)T09risp*dasie3.
IX?U m. CHAllTlUi I. 3j
• ont toujours séance et voix diUîbërative» Les lois, « ordonnances et adits, eréatioDS d'offices^ traités d0 « paix et autres plus importantes albms du royaume^
« lui sont envoyés pour en délibérer, en exarniner le « mérite, et y apporter en toute liberté les modilicationft « raisonnables. » Telles étaient les prétentions du parlement. Or, Ridielien ne youlait ni contre-poids , m contnMe à Tautorite royale. Les jugements par commission étaient une grave atteinte portée aux privilèges du paiement, et tout nous porte à croire que si Bichelieu en fit un si firéquent usage, oe fut autant pour se passer des magistrats et leur oter tonte es* pèce de pouvoir et dlntluence, que pour trouver des voies qui le conduisissent à son but dune manière plus prompte et plus expéditive.
Il arriva sous son ministère mie le parlement de Paris refusa d'enregistrer les condamnations qni finp» paient le comte de Moret , les ducs d Elbeuf , de Bellegarde et de Roannis. llichelieu fit emprisonner quelques conseillers et manda le parlement au Louvre* Les magistrats traversèrent Paris tète nue pour fidre amende honorable. Arrivés devant le roi, ik se mirent à genoux, « et Louis XIII menaça sept ou huit d'entre eux de les placer darts un régiment de mousquetaires
Eour y apprendre l'obéissance; » Plusieurs actes semlables constatèrent la conoqplète nullité du parlement en matière politique. En effet, il ne prit pins part dès
lors au goiivernenient du royaume.
C est ainsi que Richelieu mit sous les pieds du roi les grands et le parlement, ces deux pouvoirs qui avaient tant inftué sur les dernières révolutions de la France. Mais nous n'avons esraiminé encore qtt*une partie des efforts qu'il ht pour arriver à la centralisation gouvernementale et administrative, c est-à-dire, à
HISTOin BIS MMM MOMBNBS.
AnéaiUiêÊêmejit du parti protestant. — Depuis la publication de ledit de Nantes, les calvinistes £or* maient en France tout autant un parti politique qu'un parti religieux. Ils avaient leur gouTemement à eux, indépendant de celui du roi. Us s'étaient partagés en Mrcles, ils avaient subdivisé leurs églises. Chaque endroit où se fiaisait le prêche était le chef-lieu d une administration locale. Les calvinistes avaient des ar* mes, des places de sûreté où ils dominaient d'une manière exclusive. Chaque fois que le roi voyag^eait dans ses provinces du midi, il était obligé de se iaire eaecnter d'une armée comme en pays ennemi. Ainsi , lorsque Louis XIII alla chercher sa fiancée sur les frontières d'Espagne, k jeune reine, Anne d'Autriche, vit dans le l^éain et en Gascogne une armée re* belle marcher sur les lianes de l'armée du roi et surveiller tous ses mouvements. Quand le roi voulait Miiter avec les calvinistes , il se fiitsait accompagner de son artillerie pour entrer dans les villes. Le parti huguenot avait ses chefs reconnus, et qni ét^iient d'autant plus dangereux qu'ils tenaient à de grandes fiuoûUes , les Lesdiguières , les Rohan , les la Force» Ajoutez qu'ik possédaient des villes centrales ou se tenaient les assemblées et consistoires de ceux de la religion. En un mot, c'était un gouvernement à part, gouvernement fédératif entièrement indépendant de cdui du roi, ennemi irréconciliable de la monarchie catholique de Louis XIII , et qui ne se fiiisait pas faute d'appeler les Anglais quand il s*af^issait de résister aux ordres du roi de France. C est ainsi que les iMibttants de la Rochelle demandèrent et obtinrent, à plusieurs reprises, les secours du roi d'Angleterre, nicliriieu sentit combien le parti calviniste abaissait cette majesté royale qu'il voulait environner de tant à& puissance et de respect, il comprit combien était da^eteus pour oe poim» unique qu il voulait cons«
uns -ifi. 4ȏ9irMa. Sp
Mueri un pouvoir rival qui Êiiiait obéir dans quel» ^fueranes dts plus belles provinces de la monarchMw U était urgent de se liftter et d'anéantir d'un coup ^
non la réforme, non les croyances religieuses, non pas même Tédit de Nantes, mais le parti politique et féodal qui prenait ses croyances religieuses-et ses piv viléges pour prétexte de ses hautes trahisons contre rÉtat.
Toutefois, Richelieu n'attaqua pas les hu^enots dès l'abord ; il leur laissa , pendant plusieurs anuees ^ leurs privilèges, ne voulant pas combattre plusieurs ennemis à la £oÉis. Mais en 1627 , loirsqu'il se sentit affermi , il n*bésita plus à se déclarer et menaça la Aochelle, le principal sié^^e du prf)teîitantisme.
Siège et prise de la Rochelle (1627- 1628). — A la nouvelle des projets de Richelieu ^ les habitants de la Rochelle appelèrent les Anglais à leur secours* Une flotte anglaise portant seize mille soldats, et com« mandée par le duc de Buckingh.im, vint débarquer dans l ile de lié. L ile de Ké u était pas préparée à nette attaque. Elle fut emportée par m Anglais , mal» gré la belle défense du baron de Toiras , et le duc de Buckingham en fit sortir tous les habitants ( atholiques. Les Français ne se maintinrent que dans la citadelle. Le cardinal de iiichelieu crut devoir cacher cet événement iàcheuz au roi qui âait malade, il se eh&'^ea lui-même de tous les ordres, « au hasard , disil, de sa fortune et de sa réputation.» C'était lui qui faisait marcher les troupes, qui achetait les munitions de guerre, qui équipait les vaisseaux. 11 venait de supprimer la charge d'anûral de France^ et de la prendre pour lui sous le titre de surintendant général de la navigation. Un écrit du temps dit « que la France étoit assurée d'une marine puissante depuis que Tamimuté s'étoit arborée d'un chapeau rouge. » II donna le commandement de la flotte au dnc de Guise ^ -et
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HISTOiaS DBS T81IM IIOS&RNES,
accepta le secours de vabseaux qu'offrait le roi d'Espagne. Quand tous les préparatifs furent achevés, le cardinal se mit lui-même i la tête de Tarmée, et vint;
en personne, ayant le roi sous ses ordres, pour assiéger et ruiner la Rochelle. La France entière raccompagnait de ses vœuxf quand Malherbe adressait ces vers à Louis XXll :
Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête; Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion, Donner un dernier coup à la dernière lète
I)e la rébellion ;
ce n était point là une vaine déclamation j mais un chant vraiment national, populaire, Texpression la
plus vraie de la pensée de tous les contemporains , qui sentaient, avec Riclielieu, que la ruine du parti réformé , comme parti politique , était le salut de la France.
Cependant les Rochelois se défendaient avec uu rare courage, malgré la honteuse retraite des Anglais qui devaient les secourir. Leur chef, Guiton, leur inspirait laudace et lenthousiasme reUgieux dont il était animé. Élu maire par ses concitoyens , il avait refusé d'abord cet honneur ; enfin , cédant à leurs ins» tances, il avriit saisi un poignard, et leur avait dit: « Vous le voulez. , je serai maire ; mais c est à condition « qu'il me sera permis d'enfoncer ce fer dans le cœur « du premier qui parlera de se rendre; ^uon fen « serve contre moi , si jamais je songe à capauler. » Le poignard demeura sur la table, dans la salle du conseil, jusqu'à la fin de la guerre. Les femmes ellesmêmes, partageaient l'enthousiasme général. La du» chesse douairière de Rohan , renfermée dans les murs de la Rochelle, écrivit à son fils, qui n'avait pas be* soin d'encouragement, en lui recommaudant de suivre toujours la vieille devise de Jeanne d'Âlbret : « Paix aasurae, victoire entièrei ou mort honnête.»
LlVil£ III. CHAPITRE I.
Dans la premiire douleur que csausa aux habitants
de la Rochelle la retraite des Anglais, ils avaient adressé à Charles 1*^^ une lettre écrite en ternies énergiques et touchants : • Yos gens, lui disaient-ils, nous ont aban* t donnés contre vos magnanimes instroctkms , n'ayaiit « pas osé seulement halener de près m envisager I0 « péril pour i exécution de votre parole sacrée. Quelle «sorte de prodige peut avoir ainsi conjuré contre Ja > dignité de votre nom et Tétat de notre patrie? Nous «TOUS parlons. Sire, les larmes aux yeux. Pow de» « meurer en l'honneur de votre protection, les choses «étant en leur entier, nous avons méprisé le conseil «de nos amis, et, s'il faut Texprimer ainsi, les res» « pects de notre naissance. Au coup que tout est perdu^ « qae nous trouvions au moins dbns votre justioe ce « qoe nous n*avons plus moyen de recouvrer en la per> « sonne du roi notre souverain ! Dieu nous fournit «'encore assez de vie et de vigueur, en ces blessures
* toutes fraîches , pour attendre votre rmfort un bon « mois. Que Votre Majesté seconde ce miracle ! Ce
* iont là nos très-humbles et très-ardentes supplioa« «tions, ou, pour mieux dire en un mot, notre testa- « ment , que nous laissons écrit sur votre trône , ' devant le ciel et la terre, pour un mémorial à la pos- " témé de la plus étrange désolation qu'un peuple
* ùinocent ait soufferte , et dont l'occasion puisse ja-
* mais sommer la puissance d'un grand roi. »
Le roi d'Angleterre fit de nouveaux armemrata pour secourir tes assiégés. Cette nouvelle soutînt leur ^^^lage , et donna un prétexte aux plus vidlents de •Wr contre les plus timides, c'est-à-dire les plus ^filmés.
Cependant les secours promis par les Anglais n ar- Jjvaient pas, et l'on apprit bientôt à la RocheUe-que J^^ssassinat du duc de Bucldngham avait fait manquer «eipédition. En même temps, les mesures prises contre
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4st HISTOmS JMW HMXBHES.
les hâbitâiits qui TOulaient s'échapper derenaÎMt de jour m jour plus sévères. Des potences étaient die» posées sur la li^e de circ<HiTallâlion , pour recevoir ceux qui préféreraient cette mort aux tourments de la faimine. Lorsqu il s'en («^sentait un trop grand nom* bre, on les faisait tirer au sort: ceux dont les nons soeliient de Forae étaient pei^us , et Ton renToyait les auom^ns la ville. Enfin, la famine triompha de l'opiniâtre résistance des habitants. Ils demandèrent à capituler. IjCs articles de la capitulation portaient « que les habitants de k fiochelie^ reconnaissant Ten* trénie faute qu'ils ardent coniniise, non-seulement en résistant aux justes volontés du roi et en refusant de lui ouvrir leur ville, mais encore en adhérant aux étrangers qui avaient pris les armes contre l'État, suppliaient 4e vot «vec toule humilité de leur pardonner ee crime et de -recevoir pour satisfaction l'obéissance
présente qii ils désiraient lui rendre, lui ouvrant les portes de leur ville, (juils remettaient dès à présent entre ses mains, pour en disposer ainsi qu il lui pki* mit, et leur pmevire telle façon de vivre qu il jugerait à propos pour Tavenir^ sans autres conditions que celles qu'ils espéraient de sa bonté. Ayant égard à leur repentance et protestations, le roi leur promettait le pardon de leur &ute et l exercice de leur reUgion; U restitution de tons leurs biens misis et confisqués, muf les fruits perçus sans fraude; -même grâce pour les gens de guerre, sujets du royaume mais étrangers à la ville, qui s'y trouvaient renfermés, lesquels en sortiraient, savoir : les officiers et gentilshommes, lepëe au côté, et les soldats un bèten blanoà la main; amnistie pour toutes hostilités et négociations , sous la réserve des cas exceptés par les édits , aussi bien que pour toutes fontes de canons, fabrication de monnaies, saisies de deniers, levées de contributions etcon- Iraiales; décharge aumi de tous jugements rendus
tram m.'caAMTU i.
eontreena à l'oeoasioii de feur néfa^llMo^ eomme aMn de tout recours à-mson de ceux qu'ils auraknt obte*
DUS de leurs juridictions. »
«.Le même jour» dotœ députés sortirent de la ]Lodi«Ue pour se rendre au logis du roi, et pm^ M&t le macedial de fiossompiem de leur fournir des chevaux, la fatigue d un si long jeûne ne leur permettant pas de marcher. Ils furent ainsi conduits jusqu'à deux cents pas de la maison où le roi les alH fendait, et là ils mirent pied à terre, le maréchal resr feint à cheval avec les siens. Introduits devant le roi par le cardinal de Richelieu, ils se jetèrent à genoux, et l'un d'eux prononça quelques piirases de supplication et de repentir. La réponse du roi fut sèche et séwe; eependiint il leur promit d'être bon prince s ils -témoignaient lui être fidèles sujets* Ensuite on leor servit a dîner, ce qui était, en ce moment, autre chose pour eux qu une civilité; et le lendemain, les troupes que le roi avait désignées entrèrent dans la Ko* chelfe, ayant à leur tête- le marëcdialde Sohomberg et le'duc d'Angoulême* Suivant la capitulation , les gens armes ([ui u appartenaient pas à la ville en sortirent dès le matin ; mais le nomhre en avait été réduit à soixante<-quatorze Français et soixante-deux Anglais. Le maire n avait pas encore paru, quoiqu'il eût signé la ratification des articles de paix; et pour l'excuser de ne pas s'être rendu au])rès du roi, les députés avaient dit que son devoir le retenait dans la ville, afin d'eu oiavrir lui*même les portes, ou de £ûre abattre un pan de murailles quand il plairait' au roi de s'y présenter. Les géoérauxtr<mvèrent, en effet, à quelques pas devant la porte, l'intrépide Guiton, qui leur adressa une coiu te harangue. Le maréchal de Sohomberg lui répondit qu'il n'était plus -maire. U ne r^itqna rien et se retira froidement dans sa maison. Le même jour, le cardinal de Richelieu vint prendre possession du logis qui lui
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44 HISTOIEB DBS TEWS MOSBaNES.
Skfdit été iiiari{aé* Guiton alla encore à sa rencontre, escorté de six ardiers attribués à sa charge. Il est impossible de croire que le maréchal n'ait pas senti ce qu'il y avait de grand dans ce caractère^ cependant, il lui enjoignit de renvoyer ses archers, et de ne plus se qualifier maire, sous peine delà vie, « le roi jetant dé* sormais seul maire et maître de la Rodfielle. »
On raconte que le cardinal de Richelieu ayant pro-
i)osé au maire de se retirer en Angleterre , reçut de ui cette noble réponse : « J aime mieux être sujet du jroi qui a pris la Rochelle que de celui qui n a pas su. ]a sauver (i).»
. Ainsi tomba cette -ville fameuse par sa puissance et
Îkar ses révoltes contre l'autorité royale, qui depuis an i568 avait été à peu près indépendante de ses sou- Terains* Il en avait coûté quarante millions pour la ré» duire à lobéissanee ; et Richelieu ne crut pas sa ruine trop chèrement achetée, même à ce prix. La Rochelle ne se releva jamais de ce ^rand désastre. Ses fortiiica* tîons furent rasées, ses privilèges abolis. On laissa aux habitants leurs biens et le libre exercice de leur religion ; mais de trente mille habitants , il en restait à peine cinq nulle. Bientôt la fondation de ilochefort leur porta le deinier coup (1628).
Pacîficationd^Alais^ Après la prise de la Rochelle, ]e parti réformé ne subsista plus que parle duc de Ro« han, qui entretciiail dans le Languedoc une sorte de guerre civile. Le parlement de Toulouse le déclara criminel de lèse-majesté, perturbateur du repos public, ennemi du roi et de son État, et il fiit exécuté m effigie^ Toutefois, la guerre ne fut plus de longue durée. Une pacificalion fut conclue à Alais, le 27 juin 1629; les huguenots obtinrent une amnistie complète, et le prince de Roban reçut cent mille écus pour rétablir sa
. (t) Baziat t* n, p. 4>5«4ftS.
LIVa£ III. CHAPIïAE I,
maiMii rainée. On exigea seulement qu*ii sorttt ân
royaume, jusqu'à ce qu il plût an roi de le rappeler, La pacification d'Aiais conserva aux calvinistes le libre exercice de leur culte, mais on démolit les fortifier» tions de leurs villes , et ils cessèrent de former un corps dans FÉtat. <
Nous avons vu par quels moyens Riclielieu attei-
fnit son premier but, celui de donner Tunité à la 'rance et de relever lautorité royale. Nous ârriyons au second but qu*il se proposa, celui de rendre à la France le rang quelle devait occuper en Europe.
Richelieu rend à la France son influence au dehors, — Dans ses relations à rexteheur, le cardinal devait se trouver plus d'une fois en contradiction avec les maximes rigoureuses de son gouvernement à Tinté» rieur. Gomment, en effet , rendre à la France la consifleration qui lui était due en Europe? Il ny avait qu uu moyen : c'était d'abaisser l'Autriche. Mais l'Au* triche représentait le principe du catholicisme en Europe, Richelieu ne recula point devant cette consi-^ dération. Il changea complètement le langage de la diplomatie française, répondit par des actes aux menaces qu'on lui faisait, et se moqua de Texcommunication» « C'est une chose étrange et scandaleuse, lui dit un «jour le nonce du pape, que ce soit par les conseils « d'un cardinal que tous les hérétiques de TEnrope « sont aidés au détriment des catholiques, dans une « cause surtout qui intéresse la religion...» ; » et l'ara-*. bassadeur d'Espagne ajouta même , suivant l'abbé Sca* glia, ambassadeur de Savoie: «Gomme auteur dune « guerre déplorable, vous laisserez le souvenir d'un « cardinal d'enfer.» — ««Je suis prêtre, répondit RichC'» «lieu, cardinal et bon cathoUque, né en France,^ « royaume qui ne produit pas de mécréants : mais je «suis aussi ministre du souverain de cet État, et, « comme tel , je ne doiâ ni ne puis me proposer d'autre
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4S HISTQinPJIli «UB «imBUlES.
«ibut que sa grasdenr^ «I nm-oolle du m d'Espagne, n dont on connoît les vtteê pour la domination univei^
« selle. Je ne veux point, monsieur l'ambassadeur, vous ««cacher ces sentiments, parce qu'il- est temps de ce^ «*8er de disâmuler. Quant à oe qaî est de la religion^ « TOUS £dtes profession en Espagne d*^îre sur les gw « de conscience, mais en France nous en pratiquons « les décisions. »
Ce ne lut point de la part du cardinal une vaine jactance. Les effets suivirent de près les paroles , et jamais il ne s'éoarta de la ligne de conduite qu'il séteàt tracée à Tégard derEspa^ne,dès son arrivée au pouvoir. Cependant, au commencement de son ministère, il 2)e se crut pas encore assez iort pour rompre ouverte* ment awc TEspagne» II avait' trop d^enmniis à com^ battre à Fintérieur, potur s'engager dana une guerre extérienre qui aurait ajouté a ses eni])ûn as. Il tempo* risa donc, et, en attendant Toccasion de lui faire la guerre, il traitait avec les Provinceft»-Unies qui étaient en lutte avec l'Espagne, et se moquait du pape qui finrorisaitoettepuiasanoe et rédamatt ia Vakeltne. En même temps, il mariait la sœur du roi Très-Ghretien au roi d'Angleterre qui était protestant. Enfin , après la prise de la Rochelle, quand il se aentit assez (ixt pour n'avoir plus à craindre ni lea complots des grandar IH ceux des huguenots, il conduisit Louia XIII contre le duc de Savoie, qui avait renoncé à Talliance de la France. Les passages des montagnes furent forcés , PigMrol conquis, et cette place resta à.la France (itiâo)*
Mais ce n était pas tout d'attaquer et de minore eut Italie un alliëde l'Espagne, il fiiUait attaquer l'Autriche, car l'Espagne se trouvait encore là avec ses projets de conquête. Le cardinal, qui avait abaissé les protestants en France, le« eneourage en Allemagne; il paye de» subsides à leurs princes, ev comme îU- ne sont pa» a&sez puissants pour résister à TAutriche , il fait vemr
àa fend de b Siièd« l6roî*6iMa¥#*Adolpbe^ qui, pour quelques- milliers d'ëeuspsran, livrera de bonnes batailles et humiliera Tempereur. Peu importe ensuite au cardinal qu un prince protestant domine là où do» minaient les calholiques, pourvu qu'il obtienne à en prix rabaissement de TEspagne et oe rAutnehei.
Le traite entre la France et la Suède fut signe le 33 janvier i63x, à Bernvald, par le baron de Charnace pour Louis XIII, et le feld^aarecbal Gustave de Uom pour Gustaye*Adolphe« Le roi de Suède s enga* geait à maintenir en Allemagne une^ armée de tmnie mille hommes; le roi de France, à lui payer quatre cent mille écus par an pour l'entretien de ces troupes. Le but de ialhance était, disait-on^ la défense desopprir mée, la sûreté du commerce, le réiablissement des princes et Éuts de TEmpire comme ils étaient avant le commencement de la guerre. Richelieu voulait craboi J que ce traité fût tenu secret, mais Gustave-Adolphe désirait se faire honneur de ses amis, et dès qu'il eut le traité entre les mains, il le montra aux piincei de l'Empire qu il voulait attirer dans son parti.
Ainsi Richelieu allait accomplir enfin les «grands projets de Henri IV, et il le pouvait sans craindre le poi«
f|[nard d'un Ravaillac. Comment, en effet , soupçonne^r e vainqueur de la Rochelle, un prince de TÉglise, un oardinal, de faToriser la cause du protestantisme, alom qu'il n'avait en vue que rabaissement de l Espagne et lexaltation de la France? Toutefois, il y eut un parti qui se déclara contre cette politique DouTeUe, par «èle pour la religion. On peut jnger des Tues de ce |iarti par une lettre que la reine mère adressa au roi du fond de son exil : «On allait , disait-elle, tout mettre à feu et à sang par la rupture des couronnes, et livrer la tmxÈce à 1 inondation des barbares. Le pajs était déjà eourert et mangé des gens de guerre ^ sansique pev* sonne lui en dmnAt scyet et lui demandât rien. Depuis
48 HisTOi&B m» nms mobunes.
trente ans que la paix était faite, il n'avait rien mail;» que à robsenration des traités, et cependant, par les projets d*un furieux et d'un mélancolique qui n'avait
pas quatre mois à vivre, on allait voir les nations aigries, les peuples passés au fil de 1 epëe, les villes saccagées, les églises abattues, la religion bannie, la noblesse ruinée et les maisons royales par terre. Ce qu'il MIait à la France, c'était la paix et le repos, non pas des conquêtes imaginaires contre des ])ujssances fondées et établies de longue main , et qui avaient du temps pour se défendre. Le cardinal de Richelieu ne risquait rien à ce hasard que quatre cents livres de rente qu'il pouvait avoir de légitime; mais Louis XIII y jouait le royaume de Fiance, ayant de son côté le toi de Suède seul contre tout TËmpire, la bavoie seule contre toute l'Italie; et si ceux qui paraissaient ennemis maintenant venaient à se récondlier, ce serait encore sur la France qu'ils retomberaient tous deux. En attendant, il faudrait supporter la dépense et la charge de tous ces préparatifs de guerre, protéger cinq cents lieues de frontières, entretenir six ou sept armées, deux flottes, des garnisons , munitions et fortifications^ et alors la porte serait ouveite à toutes les violences, exactions et rapines dans lesquelles, jusqu'à présent, on avait été obligé de garder quelques formes, ÎLny aurait plus ni officiers de justice, ni lois, ni mamstrats. Tout serait soumis au caprice d'un homme avide, haineux, craignant tout le luunde, parce quil avait fait mal à tous. »
C'étaient là les dernières protestations d*un parti qui s'afiEaiiblissait tous les jours. La France n*en persbta pas moins dans la voie tracée par Richelieu. Lorsque Gustave-Adolphe eut péri à Lutzen, en i63a, le mar*
r*s de Feuquières fut chargé de renouveler lalliance la France avec la Suède, représentée par le chan* celier Oxenstiema (i633). En même temps ^ RicheUeu
IJTBS m. CHAPITRE I.
se rapprochaii de plus en plus des réfinroés des Provinces*Unies. En i63o, il conclut avec eux un tiaité par lequel li leur promettait des subsides. En i635 cette alliance fut resserrée : il y eut une ligue otténsiye et défensive contre 1 Espagne.
Ce fut en i635 que Richelieu se mit enfin lui-même à la tête de l'Europe protestante^ pour luarcher contre l'Europe catholii|ue.
Ainsi, Tannée i635 fut le commencement de la
Suerre générale. Richelieu avait attendu dix ans avant e s'engager dans cette grande lut(e/ En i635, il croyait ia maison d'Autriche assez matée pour pouvoir entrer en partage de ses dépouilles, a 11 avait, dit M. Michelet, acheté le meilleur élève de Gustave- Adolphe ^ Bernard de Saxe-Weimar. Cependant cette guerre fut -d'abord difficile. Les Impériaux entrèrent par la Bourgogne^ et les Espagnols parla Picardie. Ils n'étaient plus qu à trente lieues de Paris; on déménageait: le ministre lui-même semblait avoir perdu la tête. Les Espagnols furent repoussés (i6i6). Bernard de Saxe- Weimar gagna ^ au profit de la France, ses belles ])atailles de Rninfeld et de Brisach; Brisach, Fribour^^ ces places imprenables, furent prises pourtant. La tentation devenait forte pour Bernard; il souhaiuit, avec l'argent de la France, se former une petite souverain neté sur le Rhin ; son maître, le grand Gustave, n'en avait pas eu le temps; Bernard ne leut pas davantage. 11 mourut à trente-six ans, fort à propos pour la F rance et pour Richelieu {lôig). L'année suivante (i64o)» le eauraUnal ttouva moyen de simplifier la guerre : ce fut d'en créer une à FÉspagne, chez elle, et plus d'une. Lest et 1 ouest, la CaLaiogne et le Portugal prirent-feu en même temps. Les Catalans se mirent sous la pro* tectioa de lal^'rance (i).»
(i) Michelet, Précis de I histoire de Frmice, p. a39«
5o HISTCKRS na» «BMM nMRlIBS*
De i635 j«isi{v'à k nwrt dm caffdÎMk^ kft Fiançait
bfttrireRt sam relftcbe et ayec gloire sur tontea les
frontières: en Flandre, en l^orraine , en Franche- Comté 5 sur le Rhin , en Italie^ aux Pyrénées. Ving* ans auparavant, on n aurait jamais cru la France capable d'un si grand effort ^ de oet esprit de sofSe, de cette persistance dians ses projets. C'est avec les soldats discw plinés par Richelieu c^u oa battit les Espagnols et les impériaux à Rocroi, à Fribourg, à Lens, aux Dunes , à Nordlingen. C'est à ces victoires et à l'idée qae le France avait dtonnée de ses forces et de ses ressourceS| qu'on dm le traité de Westphalie, qui donna trois provinces à la France (i); car le traité des Pyrénées ii*est que ieuùer accomplissement de celui de Westr phalie. Encore pouvons-nous dive que Richelieu mât d'avance aplam les obstades que rencontra MaoBarin.
Mais Richelieu ne travailla pas seulement par la force ouverte à l'abaissement de l'Autriche et de l'Espagne. Il y travail^la aussi par ses négociations et ses iii^ trigoes. Les rebtioiis qu'il entretenait avec ks mcobtents d'Angleterre et d'Espagne peuvent nous donner une idée de la suite qu'il mettait dans ses projets , et de l'activité prodigieuse de son esprit.
En i6^, il envoya en Angleterre le comice d'JËSr trades pour engager Charles I*"" à ne pas s'owoser à la
quel ait les villes maritimes delà Flandre. Charles I" refusa ; maïs d'Estrades écrivit à Riclielieu que le roi son maître pouvait poursuivre ses desseins, parce que le roî d'Angleterre était assez embarrassé par les troublée de sonreyaume; quehiis'ëtaitalKniehéaveedeuaLËcoseaii de marque qui tenaient au parti des mécontents. Richelieu lui répondit : L'année ne se passera que « le roi et la reine se repentiront d'avoir soium ks
(i) VJâÊm^VMtMht/klê
« offcti ffm TOUS leur avez faites de la part du roi. » Bmnne p^rfe, lui msaij de k part active que Bicb<»>
lieu prit à la révolution d'Angleterre. Il en éprouve même quelque honte pour le cardinal, et, bien qu'il ne Taime pomt^ il cherche à le disculper en ces t^iioea: « Que les chose» allèrent plus loin que le cardinal a« « Tavoit prévu et qu'il ne leùt soubaité (i). »
Ce n'est pas en Angleterre seulement que Richelieu se montre fauteur des révolutions ; il les protège et le& provoque partout où elles menacent ses c^pnemis.
En 164O9 la Catalogne se souleva et denianda des seceurs à Louis XIIL Le cardinal fit remettre à Du<» plessis-Besançon une instruction en date du 29 août 1640, pour traiter au nom du roi avec les députés des ^ états dîe la Catalogne. 11 s'agissait d'établir une république SOU& la protection du roi de France, et dont Barceiane aurait été la capitale* Un traité fut con«> du (2) : le roi r engageait a protéger les Catalans, et à les assister de ses armes toutes les fois que le roi d Espagne voudrait les opprimer et les priver des droits et franchises qui leur appartenaient. On sait comment Eiclielteu traitait les privilèges et les franchises en France j mais, à l'aide des troubles de la Catalogne, il acheva la soumission du lloussiUon (1642).
Richelieu aUaqua i^spagne d'un autre côté encore, par le PortugaL Ses négociations sont plus ténébreuses ici que partout ailleurs. Il n'en est pas moins certain qu'il ^rit une part active à la révolution qui éclata le i^*" décembre 1640, et qui pia^a Jean de l^iagance sur le trône de Portugal. -
« Quoiqu'on ne txouve pas une suite d'actes qui at^ testent que la cour de France ait préparé cette révolution, il existe cependant une mstruction en date du
(x) Mémoires de Brienne.
(a) Yoyes Fiassan, Histoire de la diplomatie^ t. m, p. 58.
HISTOIRE DBS TEMPS MODEENES,
i5 août i638j donnée par le cardinal à Saint- Pé, espèce d*agent secret qa*ii envoyait en Portugal. L^ar»
ticle 3* de cette instruction portait que Saint-Pé s iiiibrmerait si les Portugais étaient disposés à se révolter ouTcrtemeot, supposé que les Français allassent avec une armée navale prendre tous les forts situés entre Vembouchure du Tage et la tour de Bélem , pour les leur remettre.... L'article 4^ portait que si le chancelier et les autres à qui l'on ferait cette proposition denian* daient UP plus grand secours, il leur offrirait cin«
Îuante vaisseaux et uAe armée de douze mille hommes e pied et mille chevaux, la France ne prétendant qu'à la gloire de les secourir sans aucun intérêt (i)...»
Ainsi, Richelieu eut la satistactiou d atteindre son but avant de mourir. La maison d'Autriche était ahais* sée pour toujours. L'Espagne^ déchirée par des trou* bles intérieurs , était obligée de rester chez elle. La Catalogne et le Portugal étaient en insurrection. La Lombardie était menacée depuis que les Français étaient en possession du passage des Alpes. La révolte de Naples était imminente. La Flandre se trouvait près* sée entre la France et la Hollande. Ainsi , la France^ sous Richelieu, ac([uit la prépondérance en Europe; et cette prépondérance , personne ne songea à la lui contester lors des négociations de Munster et d*Osnabruck y quoiqu'en ce moment même elle fût en proie à des querelles intérieures.
Tels sont les faits généraux qui caractérisent la grande réforme dont le résultat fut Tunité de la France et sa prépondérance en Europe. 11 nous reste à donner l'histoire des vicissitudes du ministère de Richelieu.
(i) Voyez Flassan, Histoire de la diplomatie, t. IIl| p. 6i. Il die pour celte inslractioa le HecueiL d'Aubéii» t. II.