LIVRE III. CHA1»1TRS I. Ijy
et la Hollande. Louis XIV, en acceptant le testament de Charles II, avait i^iole les engagements qu'il avait pris avec ces deux puissances : elles craignaient que la France ne devînt pins puissante qu'elle ne Tavait jamais été ; elles redoutaient dans Vavenir la réunion des couronnes d'Ks pagne et de France sur une seule tête; toutetois Louis XiV protesta de ses intentions pacifiques avec tant d'insistance^ TAngleterre et la Hollande étaient si peu disposées à s*en gager dans nne nouvelle guerre dont les résultats seraient inévitablement préjudiciables à leur commerce, que, sans reconnaître Philippe V, elles ne se déclarèrent pas contre lui. Mais Louis XiV manqua alors à sa sagesse habituelle; il commit d'incroyables maladresses, des fautes capitales, et il irrita Guillaume lll au lieu de chercher à le ménager.
D abord il reconnut à Philippe Y des droits à la couronne de France. La Hollande et l'Angleterre virent alors que leurs craintes sur la réunion éventuelle
des deux monarchies étaient fondées : elles se préparèrent à la guerre. Aussitôt Louis XIV fit envahir toutes les places de la Barrière; il s'assuÉait ainsi la possession des Pays-Bas, mais il violait la paix de Rysvrick. Il ne manquait plus qu'une chose pour faire éclater la guerre. Jacques 11 étant mort le 18 septembre 1701^ Louis Xi Y reconnut comme roi d'Angleterre le fils de ce prince* L'AngleterrCi qui avait diassé les Stuarts,, et Guillaume III, déclare par le fait usurpateur, ne pouvaient plus croire a la sincérité de Talliance avec Louis XIV. Les négociations furent rompues, et la guerre fut déclarée par toute TEurope a la France.
4* Guerre de la succession Espagne (1702* 1714)* — Le roi de Prusse, Frédéric F*^, que l'empereur avait reconnu en cette qualité, entra dans l'alliance, et son exemple fut suivi des deux cercles du Khin, de ceux de Franconie et de Souabe, de celui d'Autriche, de
Ij8 HI$TQiR£ IXfid a:i:.MFâ MODERNES,
eehii àe Westphalie, idiu-voi^ Bwrtugal, <ie la Suède
et du duc de Savoie.
« il 7 anwttt alors, à la tête des armées ailiécs, deux, boiiiiMfi*capakles... un Anglais ^ um Fimçais, JdarU borough et Eu|;àm« Ce >ddroier, cmiH k maÎBOii de Savoie^ mais fils du comte de Soisâons et d'^ne niiece de Mazarin, peut être appelé Français. Marlborough, le J>el Anglais, ^tait ua «sp^k Usoid et iuii, qui avait AttMlië <soua Turenne, et bous vendait ms propres leeom. JSu|<èRe, quoique Vendôme lappelàt un nuMvais finassiei, était un homme d'un tact extraordinaire, qui s'inquiétait médiocreaient des règles, mais qui sa» Hait a fond les Iteii^ les choies <et les personnes, con* naiaBaît le fort et le SÊihie^ -èt profitait du faibkw Sm fAus éclatants et plus faciles sacoès furent sur ki bar- * barie ottnnuine. Cet iioiume d'esprit, qui vint toujours . à point) akeraa ses ¥ictotffe&, aux deux bouts de 1 Ëu-* »pe| -sur le grand roi et ear les Tiuros^ et eut lair d a- ^rbir sauvé la liberté et h èfaréttenté.
« Ces deux généraux avaient une chose commode . pour la guerre, c'est qu'ils étaient rois dans leurs pays; ils coiubéuaient Tété^ et iiûver gouvernaient^ négooiaienjt. Hs avaient oane b]anelie,et n avaient pas besoin, la vieille d*Me bataille, d*envo^ à Versailles pour obtenir l'autorisation de vaincre (i). '»
Défaite de CcUinat en limlie. ^-^Jl ^st remplacé par Ftiierai. ~ La ^eive avait cemmeneé en Italie dès Vma 170^, avant ;la cotiokisim ide la grande alliance. Le prince Eugène, général de 1 empereur, pénétna dans ce pays, à la tête d'une armée de trente mille hommes* Hatinat «larcba ttontue lui sur les bords «de TAdige; mais lorsqu'il se timw an présence de len- MRH, quelques-uns- de ses lietiisnBntS'Im «lësobéiiient> et il eut la iaiblesse de oader. Sa uiodefatioa lui devint
filiale, he prince Eugène lui lit essuyer m\ échec à C»F|Mi, fat «e rendit naakre de tQui Lb psiys ^iu*e entre ïàài^e et rA4da. Depuis longtemps ilafcinac wait ck» fipeMÎ0 à lu oour. Us cakialàiieMl Mntre lui« «On lui iaif^iata le wrew qu'A ymait d'éprouver, et I^ouis \I V lui ordonna de céder le connuandeiaent a \iUeroi> ( \e ^éiiom^iieu^ Éavori vint turcer ie ^ii^a«r 4le btai* farde et «le la Maraaille à oonibattre aoiia lui. C'est lui q«u, par AsSxhMiieurs, jeta 4e duo de Savoie datis la ii^Wi ennemie. Il ordonm dès l'abord 1 attaque des XnMaociliieiueiU^ fortidés q^e le pniice Eu^ue occufnk mil jpmsUi idbe GiiÎMa, {)rès de ÏOglÀo* Gatiuat, ourlais fÉTiittjMirail ordr«, ise 4e répéter 'trois fm^; puis, m touTOMt mrs ees officiers : « Allons donc, dit-il, aie^iewrs, il faut obéir. » Il marcha aux retranche- «iittts^ et cherciia la jmàtt .dans le <;uadjat. ^e^sé, ec «ejraaft qitie les ^soupes écaîeot repoussées et que le ^éÊtértkmu chef ne doaiUMi aucun ordie, il prit sur lui 4e comîîiander Li letraite. Puis il quitta Tarniée, et ivkit à Versaill^ leudre compte au luisaiis piauidie .de persouue*
Quelques mois apoès^ au ooetur de rhiver, le mare* aboi de ViHerai fut surpris à GiéiDOfie par les Allé* JHiands. U dormait dajris Ja plus complète sécui itc, jorsqju il f ut réveillé au bruit des déuUarges de mous* «qiaaHaie» U m leva en touAe.hàle, «onui oheval, et ittaitidomer au AÎliau d'uu .escadron ennami iqui le ttt prasoimîer. Un prêtre avait introduit les twwpes alleluaudes spar un égout. Quatre oeots solda is> pai venus ainsi dâins la .uwisou du poètMu avaient éaorgé «nko 'à» 4mx M^oJSt la viUe 7n .pAn»
KngFHie, qui y «était antre à kt ilêle de tfuatre mUe JiouuûMîii. ll<;u rcusenient le cbevalier d Eutragues devait faire t€^ jouii-là, dans la ville, une revue du régir-
la
yawièiu inaùMwoe .aux. AUmomuIc, iM:M ikmaa «Mon
180 HISTOIRE DES T£M1*& MOû£BN£.S
au reste de la garnison le temps «de prendre les
ai nies et de venir à son secours. Le prince Eu^^ène, après avoir combattu tout le jour, se retira enfin , emmenant avec lui le maréchal de Yilleroi. Louis XIV nomma à la place de celui-ci le duc de Vendôme, Ainsi fut vengée la disgrâce de Catinat. L'incapable Villeroi, ti ahi [)ar la fortune, n'excita pas même la compassion. Il fut ciiansonné à la cour, à Tarmee, à Paris.
Campagne du maréchal de Vendôme en Italie. — Pendant que Vendôme et le prince Eugène se faisaient une guerre d'escarmouches, d'artifices, de surprises, de petits coml)ats souvent uussi inutiles que meurtriers,, on apprit à Versailles que le beau-père du duc de Bourgogne, le duc de Savoie, traitait secrètement avec Tempereur, qui lui faisait les plus magnifiques promtîsses. Vendôme fit aussitôt désarnu i , au nombre de cinq mille, les soldats de ce prince qui servaient dans l'armée française. Le duc de Savoie consomma alors sa trahison. Presque en même temps le Portugal se déclarait contre la France, et reconnaissait larcliiduc Charles comme roi d'Espa^^ne,
La guerre devint alors générale. Elle se fit à la lois eu Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas. Sur le Rhin, Harlborotigh s empara de Vanloo, Ruremonde, Liège, sans que le duc de Bourgogne et le maréchal de Boutilers, qui commandait sous lui, pussent arrêter ses succès. Oe retour à Londres, il fut créé duc par ia reine Anne, et complimenté par les deux chambres du parlement. Sur le haut Rhin, le margrave, Ijouis de Bade, investit Landau cL s'empara de cette place forte, après un siège de trois mois. Catinat, récemment envoyé en Alsace, fut contraint de se tenir sur la défensive à cause de l'infériorité de ses forces. Ce qu'il n'osait entreprendre/ son lieutenant Villars le fit.
« Il s'élevait, dit Voltaire, un homme qui devait rassurer la fortune de la France. C était Villars^ alors lieu-
WVtLM ni. CIHAFITRE I. l8l
tenant srénéral, et que nous avons vu depuis généralissime lies années de France, d'£spagne et de Sardaigne, à Tige de quatre-vingt-deux ans : officier plein d'audace et de confiance* Il avait été Tartisan de sa fortune, par son opiniâtreté à faire au delà de son de^ voir. Il déplut quelquefois à Louis XIV, et, ce qui était plus dangereux, à Louvois, parce qu'il leur parlait avec la même hardiesse qu'il servait. On lui reprochait de n avoir pas une modestie digne de sa valeur; mais enfin oti s était aperçu qu il avait un génie fait pour la guerre, et fait pour conduire des Français. On Tavait avancé en peu d'années, après lavoir laissé languir Ion|[temps.
« Il n y a guère eu dlioromes dont la fortune ait fait plus de jaloux, et qui ait dû moins en laire. Il a été maréchal de France, duc et pair, gouverneur de
(rovince : mais aussi il a sauvé TËtat; et d autres qui ont perdu, ou qui n ont été que courtisans, ont eu à peu près les mêmes récompenses. On lui a reproché jusqu'à ses richesses, quoique médiocres, actjuises par des contributions dans le pays ennemi, prix de sa valeur et de sa conduite; pendant que ceux qui ont élevé des fortunes dix fois plus considérables par des voies honteuses, les ont possédées avec Tapprohation universelle. Il n'a guère commencé à jouir de sa renommée que vers Tàge de quatre-vingts ans. Il liallait qu'il survécût à toute la cour pour goûter pleinement sa gloire.
« 11 n'est pas inutile qu*on sache quelle a été la raison de cette injustice dans les hommes : c'est que le maréchal de Villars n'avait point dart. Il n'avait ni celui de se faire des amis avec de la probité et de Tes*
JWÎt, ni celui de se faire valoir, quoiqu'il parlât de iui-méme comme il méritait que les autres en parlassent.
« Il dit un jour au roi devant touM la cour, lors-
qu'il prenait congé pour ali^r camnaander rarmae : ». iiire, je vais oombaiitre 1<*6 /ennemis de \ otre Majesjtë| «1^ je him» jà\x milmix 4m juieos. « JLI dk «m MuitisAQi àu idm d'Oryaos, Ji^mt du vojamû^y de* mnus riches par oe -bonIevmiMkeiiC «Le TEtat appdé
s^iiteiue : Pour moi, je n'ai jamais rien ga<J iic que sur * les ennemis. » Les discours, où il se permettait le même icour^e que dans ses aoiioos, fabaissaieat turop lea autves honimea, irrités par .aoo boDheur*
«Il était, en. ces <coiMieaoeinents de la guerre, Y\m des lieutenants géniaux qui commandaient des détachemwts daus l'AlsacMU prince de Bade, à la tèce de Farmée impériale, venait de prendre IjMHbuu*.* >Ce fiiimie faâaait 4ms pr^iiprès» Il anrait les avaiitages «du Bombpe, du terrain, et d'uu commencement de campagne heureux. Son ai niée était dans ces montagnes du Bm§au ijOka^honl; à Jaiorêt Mokrej^ et cette l'o» tét îowttejBfle êépumt les ^moufles irmcftises des baim- «mea. daiiiun oommattdak dans Strasbourg. Sa oir* <;auiîrpe( tiou i empêcha d entreprendre d'allêr attaquer le prince de Bade avec tant de désavantage. L'armée lie Frcuioe ^ikt lécé f^iAm smm nesawree, et l'Alsaee « swM: éài 4mmte un mauFaîs succès. Yiilars, c^ui asMitt «m»Ui d^tètne snaréobal de France ou de pÀ^ir, Jiftsaj-da ce que Catinat n'osait iaire. Il en obtint la permis^n dje.'û'Ofiiir. Il marolia aux Impériaux avec une Aimée wférienire, vers Friedbiigeii, et ëoiHftaiaibaiaiH^ qui porta ce nom (14 octobre 1702).
Batadlle de Fnedltnffen»'-^it La eavaierie se batstaît da«« la plaine : l'infanterie française i^ravit au haut dti ia Auuiiiagae, et attaqua iiiiiaiiâietfie aiiemandiî jr0«> tnmehéedans des boia. La bataiUe émitigaffnée,ieoniiM le oMnéchal Vittaro^manefaMt à la tâle de sMiinfinitme, une Vioix cria : « Nous soiiuues coup»és. » A ces motts tous ses réfifiments s'enfuirent. Il court à eux et leur «ne : « Allouai m^ê aoiia, la vio^ûre esl; à mm ; we le
r0Î! » Ses soldats i^pondent : Vive le roi! en tremblant, et reoomnieooont à iiuk. La plus ^ranile peine qu eut le génëml) -ce Ati de wttiar les Taîn^ean. 6i de« vé^vmms Moeviiid avmieiit f>ara dans le moment de <^ette terreur panique, les Français étaient battus, tant ia fortune decicie i»ouv^t du gain des batailles.
« i«e pnnce -de Bade, après avoir perdu trois miHe àomMtts, son canm, son champ de iiataille, après avoir «té poiirsuWi deux lieues à travers les bois et les défih iés, tandis que, pour preuve de sa défaite, le fort âe fviecUiiig'eiicâpituUit^auinda cependantà Vienne qui! nvmt «emporté la viotoine, et fit chanter un T^e Déwm^ fkas honteux pomr hii que bataille perdue.
«Les Français, leviiius de leur teneur panique ^ proclamèrent Villars maréchal de France sur le clmmp de hataille, et le roi, quinae jours après, co»fipma ce 4pieia vtttx des soldats kii avait dmné (i). »
Véeîaifé de Hachstœdi, ~ Après la victoire de Friedlingen, le maréchal de VilLirs rejoignit avec son armée Sélecteur <le Bavière, r^té iidèle à Tallianoe française. Ud'entrasM au delà dm DaiMibe; mais bientôt le prinee ae rapemit, oar il comprit qtie le moindae échec hisserait ses États à la menci de Tempereur, Villars variait le conduire à Srtyrum pour y attaquer les ImpéfrâuK. •L'électeur hesitaM, et répondait qti'avant de se éédidttr, il vianlak en cosufeiw avecaes gendramaiet eea amistras. « C'iest moi, lui répliqua Villars, quÎMiis vo<> « tre général et votre ministre. ^ uns faut-il d'autre «ocaonseii que moi, quand il s'agit de donner bataille? » L'élecneur balançait «emome : « £h bieo, 4ui dit Villars^ ««ai VotreAltesseÉteotoraleoieteutpaaaaisir IwoasioR « avec ses Bavarois, je vais comlMittre avec les Français.» Et aussitôt il dofina le signal du combat. L'électeur le anivit malgré kii. C était dans les plaÎMS d'Uoohstasdt,
( 0 Voltaire , Sièele IieuiB 'KIV»
l84 UlSTOia£ JÙES TEMPS MODBILNES.
non loin de Donauw crtlî. Villars remporta une victoire complète. Jl tua trois mille hommes aux Impériaux, en fit quatre mille prisonniers^ s'empara de leurs canons, de leurs bagages, pendant que 1 électeur se ren» dait maître d*Augsbourg« En même temps Tallart reprenait Landau, battait le prince de Hesse a Spire, et écrivait du champ de bataille au roi : <^ Sire, votre armée «a pris plus d étendards et de drapeaux quelle n'a « perdu de simples soldats. »
Désormais la route de l'Autriche était ouverte, et Tarmée allait marcher sur Vienne, lorsqu'on apprit que le duc de Savoie venait de prendre parti contre la France et TEspagne. Jusqu'alors la France, quoiqu'elle combattît sur toutes ses frontières, avait eu partout l'avantage. Malheureusement ce fut à cette époque qu'eut lieu la révolte des protestants des Cévennes. Il fallut ôter aux armées francises le seul général qui put alors leur inspirer un courage invincible. On envoya Yillars contre les révoltés.
Défaite de Uochstœdt, — Villars était dans le Languedoc, Catinat vivait retiré. Le maréchal de Marsin, qui avait succédé à Villars^ menaçait de marcher sur Vienne avec son armée, forte de trente mille hommes. C'est alors que le prince Eugène accourt d'Italie^ prend le commandement de l'armée d'Allemagne, et fait sa jonction à Heilbron avec Marlborough. La bataille fut perdue par la faute du maréchal de Tallart. Les Français laissèrent douze mille morts sur le champ de carnage; quatorze mille prisonniers, le général en chef et douze cents officiers de marque tombèrent au pouvoir de l'ennemi, et madame de Maiutenou vint apprendre au roi qu'il n'était plus invincible.
Les suites delà défaite d'Hochstaedt furent désastreu** ses pour la France et pour ses allicvs. L électeur, obli^ré d abandonner ses Etats, en avait remis 1 athuinisti ation à sa femme Thérèse, fille du roi de Pologne, Jeun So-