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eût été facile de gagner, mais Jacques se les aliéna
en conférant les dignités les plus importantes à des Ecossais. Livrée aux dilapidations des mignoiis dE- Gosse, r Angleterre semblait un territoire conquis.
En i6o5^ une conspiration fut formée par les ça-^ tholiques contre le roi et la famille royale. Il ne s*a<» gissait de rien moins que de faire sauter en l air, par l'effet de la poudre, le roi et le parlement. Déjà les préparatifs étaient achevés, et Ton avait fixé, pour l'exécution, le jour où Jacques P5 viendrait ouvrir so* lennellement la session, lorsque l'entreprise manqua par rindîscrétion de 1 un des conjurés. Les coupables portèrent leur té te sur l'échafaud. Mais les rigueurs que déploya le faible gouvernement^ de Jacques 1^'' n'ajoutèrent rien à sa popularité.
Jacques acquit bientôt des preuves du peu d'attachement que lui portait le peuple anglais. Les parlements^ quil convoquait aussi rarement que possible, se montrèrent mal disposés à son égard. Ses imprudentes déclamations en faveur du droit divin des rais augmentaient encore l'antipathie de la nation. En i6i i, le parlement demanda la suppression des droits àe garde-noble et de /^ur^^^/o/zc^ (provision), et seleva contre les ordonnances royales auxquelles on prétendait donner force de loi. 11 fit passer ensuite un bill pour l'abolition des droits de tonnage et de pondage j en vertu desquels le gouvernement avait perçu jusqu'alors un sou par livre sur lentrée et ia
'^sortie des marchandises» Jacques P% irrité, cassa ce parlement, mais il ne put détruire les tendances révo-
' lutionnaires qui commençaient à se manifester.
Après la dissolution du parlement, il fallut recourir à des expédients, pour subvenir aux besoins du gou* vernement. Jacques P*^ vendit les monopoles et les titres de noblesse. Oir devenait baron pour dix mille livres sterling, vicomte pour quinze mille, comte pour vingt
mille. En Écosse tî en Irlande les titres nobiliaires se vendaient à meilleur marché. Quand ces ressources luf enrt epuisëesi iaLcqms 1^ se détermina, à regret, à coBToquer un nouyeau pariment qui ne se montra {AS moins indodie qtve le premier. 11 fut Absous le y juin i6i4'
Livré à ses favoris et occupé d'affaires intériciires, Jacques I^'* ne donna pas beaucoup d'attention aux affiiires du dehors, et s'il s'occupa de politique exbé- TÎeure, ce fut av«c mollesse et hidécision* II renonça à la politique glorieuse d'Elisabeth, et irrita la nation en mariant son fils avec une fille de Henri IV. Toute alliance avec les catholiques et avec la France était impopulaire parmi les Anglais. Lorsqu'eut éclaté la guerre de Trente ans, il délaissa son gendre Frédéric qui succomba sous les forces réunies de 1 Autriche et de l'Espagne. S il intervint dans les affaires intérieTTres d^s Provinces-Unies, ce fut comme théologien et non comme roi*
11 soutint ridBonlement la seete des Arméniens
contre celle des Gomaristes. Mais l'acte qui lui fit le plus de tort auprès du peuple anglais, ce fut l'exécution du chevaii^ Raleigh, coupable du crime, bien excusable aux yeux d'um nation égoïste et machiavélique, d'avoir, contre le droit des gens, pillé les possessions des Espagnols dans rAniérique du Sud et brÀlé la ville de Saint-Thomas (i6i8). Bientôt une imprudence de son favori Buckingham l'entrakia dans une guerre avec fEspagne qu'il avait si longtemps ménagée (i6a3). H rechercha alors l'appui de la France, et envoya un secours de six mille iiomnies à Maurice de Nassau qui s était déclaré en faveur de rélecteur dépossédé, mab ïacques P** ne signala par aucun événement de^ quelque importance cette dernière période de sa vie; il mourut méprisé en i625*
S II. Chaalk6 P*" (I6:^:V^648). — RÈvojujjiiOisr
Ce fut sous k règne de Charles I^^ fils et sneeessenr de Jacques P**, qu'éclata enfin la révolution qui
était déjà accomplie dans les esprils. Nous avons vu le principe de la liberté j) revaloir au seizième siècle dans ia société religieuse, taudis que le pcifieipe de la ceutralisatîoii du pouvoir prévalait dans la socîélé civile. Ce fut en Angleterre qu eut lieu le premier eboc entre ces deux principes, qui, aujuurdhui eucore, se disputent le monde.
Xa révokttiou d'Angleterre eut esseulieUemeiit pour but la conquête de la liberté politique. Le parti qui voulait achever la réforme religieuse fit allianoe atvec les amis de la liberté politique contre le roi et les évéques. Les deux partis s'unirent pour briser le pouvoir absola dans Tordre temporel et dans Tordite spirituel, qui étaient ooncenUrés entre les nuôns du monarque. Ce fiftt la lorigisie et le véntafala objet de h révolution de 1648.
Cette révolution présente plusieurs phases distinctes ^i répondent à autant de partis différents. Trois partis principaux appamiss^t dans ome grande crise, et se produisent successivenient sur la scène de lliistoire. Le premier parti fut celui de la réforme légale. Lorsque la révolution eut counaoencé en 164^ beaiicMip de getis émurent sincèrement que la réforâne Jé- ^le suffirait à tout, qu'on n^avaît qu*à remettre en vigueur les anciennes lois du pays pour faire disparaître tous les abus. Toutefois, ce parti reconnaissait la Mmvesaîneté du roi, c est-à-dire, le pouvoir absolu, fvoiqo un instinct secret lavertit sans cesse qa^ y avait dans ee priadpe quelque ebote de finnt et de dangereux* U €iu jait en même leuips que cette SOU-
2o8 HISTOIRE DES TEMPS MODERNES.
Teraineté, absolue en principe, était tenue de se con*
former aux lois, et de ne pas tlepasser certaines limites établies et garanties clans la grande charte. Tel était le symbole politique du parti de la réforme légale. Ea matière religieuse, il croyait qu'il fallait restreindre la juridiction trop étendue des évéques, et diminuer ainsi leur pouvoir polIti(|iie. il voulait cependant le maintien (le Tépiscopat, comme appui nécessaire de l'autorité royale. Les principaux chefs de ce parti furent Clarendon, Golepepper, lord Capel et lord Falkland.
Derrière eux s'avançait le parti de la révolution politique, qui croyait que les anciennes barrières légales étaient devenues insuffisantes , qu'un grand changement éuit nécessaire , indispensable. Ce parti voulait placer la prépondérance politique dans la chambre des communes , et retirer ainsi au roi tout pouvoir réel. A la souveraineté absolue du roi, il prétendait substituer la souveraineté de la chambre des communes, comme représentant le pays. Les presby* tériens, qui étifient étroitement unis au parti de la révolution politique, voulaient opérer dans l'Église une révolution analos^ue, en substituant aux évêques des assemblées de pasteurs.
Il y avait enfin un troisième parti qui trouvait que toute la constitution était vicieusCi et qui, se séparant du passé de TAngleterre, voulait fonder un gouverne* ment entièrement nouveau. Ce parti allait plus loin encore: il voulait accomplir non plus seulement une révolution politique, mais une révolution sociale, changer le système électoral, le système judiciaire, le système administratif et municipal du pays. Dans ce parti se trouvaient les républicains proprement dits, Ludlow, Harrington, Milton, et quelques républicains de circonstance, Ireton, Cromwell, Lambert, qui furent peut-être sincères dans leur premier élan, mais qui se laissèrent bientôt dominer par des vues per-
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sonnelles. A ce parti se rattacbaient les républicains
religieux, rêveurs fantastiques qui cleuiandaient l'égalité des biens et le suffrage universel, en attendant le règne du Christ et de ses élus.
Tels sont les trois partis qui paraissent successivenient sur la scène pendant les douze années de lutte qui séparent le comnieiu enient de la révolution de la dictature de Cromweli (i64o-i653)*
Ces faits généraux posés, nous pouvons raconter les événements mêmes de la révolûtion ^d'Angle» terre. * "
Charles I" ne manquait ni d'habileté, ni d'énergie, et peut-être^ dans des circonstances ordinaires, eût-il pu faire le bonheur de ses sujets. Mais les événements extraordinaires qui marquèrent son règne firent bien*tôt comprendre que le liouveau roi n'était point en état de lutter contre les partis, et de concilier avec ses droits ceux de la liberté.
« A l'avènement de Charles r% dit M. Michelet, le roi et le peuple ne savaient pas eux-mêmes à quel point ils étaient dcja étrangers Fun à l'autre. Tandis que le pouvoir monarchique triomphait sur le continent, les communes anglaiâies avaient acquis une. importance inconciliable avec Tanciea gouvernement. L'abaissement de Taristocratie sous les Tudors, la division des propriétés, la vente des biens ecclésiastiques, les avaient enrichies et enhardies par le sentiment de leur force. Elles cherchaient des garanties politiques. Les institutions qui pouvaient les leur donner existaient déjà; elles avaient été respectées par les Tiidtjrs qui s en faisaient un instrument. Mais il fallait un mobile aussi puissant que l'intérêt religieux pour rendre la vie aux institutions. La réforme presbytérienne, ennemie de la réforme anglicane, trouvait le trône entre elle et Tépiscopat. Le trône fut attacpié. »
Le preiuicr parlement que Charles asstuibla, en
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aïo HiSToma ms tbmps modernes.
KtaS , pottr obtenir êm subsides contrfe fEspagne ,
^dierclia à obtenir, par des lenteurs calculées, le redreMameitt d une partie des griefs de la nation. Il fut dissous, mais le besoin d*arçent contraignit le roi à le convoquer de MweM en v6u6* Les mêmes députés revinrent) et, forts de l'assemiment pubKc, ils s^occupèreiït, avant de voter des subsides, de ce qu*ils appelaient les griefs de la nation, Charles 1*^** cassa ce setxmdparlemenly et se trouva réduit à des expédients pour eubvenir auK besoins de Tarmée. Pendant ce temps, la guerre contre l'Espagne ne faisait qné languir, et bientôt Tinsolence de BuckingLam, iavori du roi, engagea l'Angleterre dans une nouTelle guerre avec la France. Sous prétexte de secourir les protes« tants de la Rooliette, Gharies i** -dëciara la guerre à la France. TIne armée anglaise débarqua dans Tîle de Ré. Mais iinhabileté de Buekin^hani fit Tnanr|uer l'entreprise qui! s était chargé de faire réussir. Ainsi, le gonvemeroent perdait le peu de popularité quil amit conservée jusqu'alors. Il fiiUut convoquer un troisième parlement en 1628. Ce nouveau parlement rédigea la f;imeuse pétition des droits^ par laqueHe il «demandait une sanction explicite des libertés publiques. Le roi sanctionna ce bill après de longues nésitations ^ui ne firent qu'aliéner de plus en plus les esprits. Puis, voyant que les communes devenaient de jour en jour pins t^xig^eantes, il proi o^ea le parlement. Ce Alt une grande faute. Deux mois après, liuckingham tomba sous le poisitard d'un assassin qui crovait ren- ^ «^ce «H i^ufie. Son s«cce»eor, 2i«d^ A*ooa dans son entreprise pour secourir la llocbelle. La viile se rendit a discrétion sous les yeux même de 1 amiral anglais.
Cependant rassemblée s était réunie au terme de la prorogation. Cette fois on fit un pas de plus. Les communes déclarèrent ennemi public quiconque cxi-
MMMM UMm CUA^l'mB if»
^ecait les dlpohs de îonnstge et de pondage, et traître a la patrie quiconque les payerait. Charles I" se hâta .de proiii;>ncer la dwoliUâon. Xi fit jeter en prison les .oiaiciMgt doQl r<»pfOtttion TaTak le »kift kritë. Puis,
ru M filus ft*exp08er à 4êa refus hiimiyaiits» tl fit paix avec la France (1629), et avec TEspagne (i63o), et résodiU <le gouvâToer sans convoquer de parlera efi t.
Cbairles l^*" WMÎt de fiûre estrer dans le miMtere ISMMSia Wentwortfa qui «mit réd^fé h petitmi des
droits. Il Tavait gagné à sa cause par l'appât du pouvoir, et en le créant duc de Strailora. C'était un bomme haJbiie, et le xneiileur ministre que Charles pût choisir* Il s était attad^ié, en outre, l évéqne Lawdy qu il enéa successivement évéqoe de Londres et archevêque (le Cantorbéry. Ces deux hommes auraieiit voulu gouverner au moins dans l'intérêt du roi. Mais la reine et les courtisans, qui prétendaient rétablir leur fcrtnne en l'abseooe des chambres, et dissiper à leur profit le trésor public, les jetèrent dans une foule de mesures violentes. Les droits de tonnage et de pondage que l'on coutiuua à percevoir, malgré l'opposijûoa du dernier parieoient, ne sutiirent plus aux besoins de la eoiir; et, quoiqu'on fût en pleioe paÎK, les Boimstres du roi (went réduits à étiiUir des taxes nouvelles , telles que le shipinoney ^ ou taxe des vaisseaux. Des juges serviles et des tribunaux d'exceptioai soutinrent ces mpots illégaux ; la moindre réaistance ^taît répriosée par des amandes inouïes. Les dMises en ^nnent m point ïfu'un grand nombre d'Anglais allèrent chercher en Amérique une nouvelle patrie. Un ordre du conseil défendit les t migrations : en ce moment huit vaisseaux étaient à l'anore dans la Tamise; Im d'eux porcsst Pym, Haaupden et GronivelL Le
fouvernement s'isolait de plus en plus de la nation, lal appuyé par la liaula aii^tucir^tie^ il e^>6aya de se
-axa HisToiaB des tsmps mobernes*
. rattacher au clergé anglican, et persécuta les non-conformistes. Les victimes les plus illustres furent Prynne, Burton et Bastwick« Ils furent condamnes, après une procédure illégale, au pilori, à perdre les oreilles, a payer une amende de cinq mille livres sterling et à un emprisonnement perpétuel. « Le jour de l'exécution, une foule immense se pressant sur la place, le bourreau voulut 1 écarter. « Ne les repoussez pas, dit «l'un d'eux, îl faut qu'ils apprennent à souffrir. * Et le bourreau troul)Ié n insista point. Un jeune homme pâlit en regardant Burton : « Mon fils, lui dit celui-ci, « pourquoi es-tu pâle ? mon cœur n'est point faible, et « si j'avais besoin de plus de force. Dieu ne m'en lais- « serait pas manquer. » De moment en moment la foule se serrait de plus pies autour des condamnés; quelqu'un donna à Bastwick un bouquet; une abeille vint s y poser : « Voyez, dit-ii, cette pauvre abeille; sur le « pilori même elle vient sucer le miel des fleurs; et moi « donc, pourquoi n'y pourrais-je pas goûter le miel de « Jésus-Christ? M «Chrétiens, dit Prynne, si nous avions « fait cas de notre propre liberté, nous ne serions pas « ici ; c'est pour votre liberté à tous que nous avons « compromis la nôtre: gardez-la bien^ je vous en con* n jure, tenez ferme, soyez fidèles à la cause de Dieu et « du pays; autrement vous tomberez, vous et vos en- « fants, dans une éternelle servitude. >» £t la place retentit de solennelles acclamations (i). »
Mais rien ne contribua plus à exciter l'indignation publique que le procès de Hanipden.Ce gentilhomme prit en niaiu la cause des libertés publiques; et, plutôt que de céder et de payer une taxe illégale de vingt' schellîngs, il aima mieux se laisser mettre en prison* Un mois après sa condamnation éclatèrent les troubles d'Ecosse qui allaient enfin renverser ce gouverne-
(x) Gwotf &é?oliitiini d'Angleterre « tome I*''.