‹ Précis d'histoire des temps modernes, depuis la formation du système d'équilibre des états européens jusqu'à la Revolution françaiseChapitre 39 sur 89 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HORWIE, TRANSYLVifllE ET TCRQUIB.

Depuis le commencement de la guerre de Trente ans, l'histoire de la Bohême ne peut plus être séparée

de celle de l'Autriche. L'expulsion des familles protestantes en 169.7 avait achevé de cimenter l'union en- ' tre ces deux États. Ainsi nous nantirons plus à nous occuper de lancien royaume de Bohème que comme d*une province dépendante de FEmpire.

Il n'en est pas de même de la Hongrie. Quoique dc« , ' finitivement unie à 1 Autriche , elle a conservé un esprit de nationalité et des privilèges qui plus d'une fois donneront naissance à des complications nou* Telles. Les empereurs d'Autriche ne dominaient dans ce royaume qu'à titre de successeurs dts anciens rois, et comme tels ils étaient tenus à se conformer étroitement à l'ancienne constitution de la Hongrie. Voici comment W^illiam Goxe .a jugé cette constitution dans son excellent ouvrage sur la maison d'Autriche : « Le gouvernement de la Hongrie , dit-il, réunissait les inconvénients des monarchies électives et de la féodalité* Le roi ne pouvait faire ni la guerre ni la paix, ni lever d'impôts, ni conserver aucun acte d'autorité, sans le concours de la diète , corps hétérogène composé des grands officiers de l'État, des prélats , des magnats, des représentants des comtés ou de Tordre équestre, et des délégués des villes royales. Les faibles prérogatives de la couronne étaient restreintes par celles mi Palatin^ que le roi choisissait entre qua-

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, tre candidats présentés par la diète. Cet officier, ou

plutôt ce vice-roi, veillait sur le dépôt des lois, coiumandait rarmée, et était raediatewr entre le prirjce et les sujets. Ainsi, c'était toujours pour le monarque un adversaire piiasaint et 4bii||ems.,. Um* came perpé» tuelle de soulèvement était la maxime consacrée par le serment qu André II avait prêté à son couronntîment : Que les seigneurs avaient le droit de se révolter contre le roi ^ lorsqaHl violait leurs privilèges^ Une kn ég^alement fâidieuse; dan^ un pays constamment meviiicé par lesTuFCS, él^it eelte qui défendait d'^rncro»» duire, sans le consentement des états, des troupes étjfan gère» dans le royaume, qui, dès lois, ne pouvait plus compter pour la défense que sur i armée dUnsur- Tncêhn, assemblage incohérent de troupes levées selon le système téod^i (i). »

Quanta la Transylvanie, elle formait encore un Etat indépendant, mais relevant dr» la maison d'Autriche. Les dissensions intérieures qui la déchiraient sans cesse étaient pour ri%utriche une cause de laiblesse et de guerres continnelles avec les Turcs, qui avaient prétention d'intervenir clans toutes les affïiires intérieures (le la Transylvanie.

La Turquie cependant avait perdu le prestige qui

* y environnait an seizième siècle, et si eM<s inspirait en» eore quelqnes craintes , cétait par k souvenir dte ses anciennes victoires plutôt cpie par sa puissance réelle.

. Pendant toute la première moitié du dix-septième siècle, des troubles intérieurs suscités par les révoltes des jenissaires , et des guerres contre les Pbionais ou contre lesPtorsans P»rMent empêchée de profiter âe Im guerre de Trente ans et de TaFfaihlissement de la mai* son d Autriche. Mais sous le règne de Mahomet iV, ^pti suocéda à son père Ibrahim^ en la Turquie

(ïy 'WfXÈÊm cm», IHitoire de la maitoft «ficutlidie» chap. un.

LiY]^ P4ftx. w. çwAjeaa» i.v. 355

reprit; un insimt anàam projet» de conqiuéie. Le grand vizîr Mahomet Kiiiperli avait réussi par sa ferïpeté à iLoidler les factioas qui déchiraient l'Etat. Çon fils Achmttt Kiupiîrli qjui lui sixecédi^ mtvejint tourner au deb^irsTinquiétie turI)ulei|£Qdesjai)j^tfiaire&, Une occasion se jprésenta bientôt.

Deux compétiteurs, Jean Kemeni et Michel Abaffi, se disputaient la possession de la Transylvanie. Le preplier étant appuyé par la maiâûii 4'Aum<ijie|. son rivai implora le secoucâi {|69.Tucc^, Kiuperli saisit ce pré^ (eJiLte pour déployer de nouveau la bannière du crQissam sur les rives du Danube. L'empereur Léopold avait assenible une diète à Presbonrs^ dans le but de demander cWâ ^«^ûyrs contre iurcs ( 1661 ). Mais pendant qm^ Les doutés délibér^eiU sur Ul demanda de Fempereur, plu$i disposés à exiger de nouvelles garanties de leurs privilèges qu'à voter des subsides , le grand vizir envahissait la Hongrie à la tête des janissaire^. Ses sucifès furent rapiiies ; il prit et saccagea Neuh^nseli ^No^ii^ad) 2rinvar, et détachait des bandes de partisans qui portaient le ravage et Teffroi jusqu'aux portas de Vienne et d'Olmutz (i663). L'Allemagne se crut menacée d une nouvelle invasion ; et telle était la crainte qu'inspiraiei»,t encore les. Turçs^ que la diète assemblée k Bali&bonne se déclara en permanence et i^cieorda de grwd^i secours à lempereur (s^i décenobne i663). Tous les princes d'Allemagne, laligue du Rhin, le roi de France lui-même, envoyèrent des troupes à l^éopold et 1^ uûreqt «u^ i^tai de ize^oussser cejLte agression menaçante. 11 donna le çqtminan dément de son armée au généaai italien; Monteeuculli , qui remporta siur les Turcs la brillante victoire de Saint-Gothard (i^^ août i6j64). Celte victoire fut suivie du traité de \asvar (17 septembre) , qui stipula une trêve de vinçt ans entre la Porte et TAutriche. Les Turcs conservèrent, malgré leujr déf^i^i^ les district^ donjt }j4 venaient

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de faire la cbnqudte, et leur protégé AbafB resta en

possession de la Transylvanie.

Cette paix honteuse déconsidéra Tempereur aux yeux des Hongrois. Une conspiration fut formée par un grand nombre de magnats qui regrettaient leur ancienne indépendance. Léopold P', instruit de la conspiration, fitaritLtir les comtes Nadaschcli, Ziini, Frangipani et Tattenbach, qui eurent la tete tranchée comme criminels de lèse-majesté (1674}* Puis, jugeant le moment fiiYorable pour abolir enfin les privih'ges de la Hongrie, il déclara que, toute la nation ayant

f)ris part au complot, ses privilèges deineui aient abois. , ,

Cet acte de despotisme excita une irritation générale* Le mécontentement augmenta encore lorsqu'on vit l'empereur abuser indignement* de son autorité usurpée en augmentant les impôts, en stipprimant la dignité de palatin, enchâssant les prédicateurs protestants ou en les envoyant aux galères à Naples. Une nouvelle conspiration se forma. Louis XIV, alors en guerre avec TAutriche, encourageait secrètement les mécontents et leur envoyait des secours. La Porte leur promit également son appui. lis se soulevèrent enfin en 1677 sous la conduite du comte Wesselini. Mais la discipline et le nombre remportèrent , et les Hongrois allaient succomber, lorsque le comte de Tékély relevaleursaffaires (i). L'empereur recourut alors à lancienne politique de la maison d'Autriche. Il convoqua une diète à OEdenbourg, et ayant satisiait en apparence aux eriefs des Hongrois, il parvint à séparer leur cause de celle de Tékély (1681).

La Hongrie était de nouveau soumise à l'empereur, mais Tékély refusait d adhérer aux décrets de la diète et continuait à se défendre* Il reçut des secours de

(i) Voy. Uy. UI, i^® part., cbap. m, § 3, p. 269 et suîv.

LlVfiB III. PARï. II. CHAPITRE lY. J^J

Louis XIV. Le prince de Transylvanie vint le joindre

avec une armée, et bientôt les I iircs, tout fiers encore de la récente conquête de Candie (1668), lui promirent leur puissante assistance. Ils envahirent la Hongrie au nombre de deux cent mille (1682)^ et pénétrèrent jusque sous les murs de Vienne ( i4 juillet i683)» Cette ville ne dut sou salut qu'à la généreuse intervention de Jean Sobieski, roi de Pologne. Forcés dans leurs retrancliementSy les Turcs furent vaincus sous les murs de Vienne, et contraints à la retraite. Le grand vizir Kiuperli ramena les débris de cette armée naguère si formidable. Le sultan lui lit trancher la tête.

La guerre prit alors un nouvel aspect. Léopold $*était tenu jusqu'alors sur la défensive. Il reprit lof* fensive après la délivrance de Vienne, et arma contre les Turcs presque toutes les puissances chrétiennes de lest de 1 Europe.

Déjà le roi de Pologne s était déclar é contre les Turcs, pour venger la perte récente de Kamenetz et de la Podolie. Les Vénitiens, irrités encore de la perle de nie de Candie, se joignirent à la ligue, et, soutenus par les Maniotes, ils cx)nquirent toute la I\lorée et Athènes (1686-1687). Les Kusses envahirent en même temps la Crimée, et bientôt le sultan ne se trouva plus en état de tenir tête à tant d ennemis. Les armées de Tempereur marchaient de succès en succès. La forteresse de Neuhaeusel fut reprise en i685 , après la bataille de Strigonie g.ignée par le duc de Lorraine. L'année suivante^ ce prince emporta d'as« saut la ville de Bude qui était , depuis le temps de Jean Zapoli, le siège de la puissance ottomane en Hon» grie ( 12 septembre i686). Enfin, le 12 août 1687, remporta une victoire longtemps disputée sur le champ de bataille de Mohacz,et vengea ainsi l'affront reçu en ce même lieu par les armes de T Autriche et de la Hongrie.

35S UlSTOIRÊ BBS I£Mt»S MODÉaNES.

Ces victoires édlataTites féconcilièrmit les Hongrois âvec Tempe reur, La diète de Près bourg déclara la couronne de Hongrie héréditaire dan» la maison df* Autriche ( lOSy) , et Tarchiduc Joseph fut couronné so* lennellemt ut comme héritier présomptif tlii royaume.

Les Turcs, n rites de tant de revers, détrônèrent Mahomet IV (1687), Sous le règne de son successeur, Soliman lïi, tes Turcs continuèrent à essuyer des défaîtes. Vaincus auit bataitles de Nissa et de Widdin (i68p), ils lurent forcés d évacuer successivement la Servre, la Bosnie et la Bulgarie. Mais l'année suivante, la guerre sembla prendre une face nouvelle. Le grand vizir Mustapha Kiuperli recouvra rapidement toutes les villes et les provinces que les Autrichiens avaient conquises (1690). Toutefois ses succès ne furent pas de lonj^ue durée. En 1691, Tannée même de 1 avènement d Achmet II, il fut vaincu par le prince de Bade à la journée de Salankenien. vingt mille Turcs restèrent sut le champ de batâilie^ €ft parmi eux le grand vîtîr Kiuperli. La guerre contre la France sauva seule la Turquie d'une invasion, en empêchant Tempère ur de profiter de cette victoire. Mais lorsque la paix de Ryswick lui eut permis de tourner toutes ses forces contre les Turcs, il remporta des avantages décisifs. La défaite que le prince Eugène de Savoie lui fit essuyer à Zentha ( ifigj ) contraignit le sultan Mustapha II, qui avait remplacé Achmet II en 1695 , à proposer la paix. Le traité de Garlovitft qui fut conclu en 1699, sous la médiation de la l'rance et de la Hollande, mit enfin un icrtne à cette longue guerre que la Turquie avait supportée à la fois contre lempereur, les Vénitiens, la Pologné et la Russie. Les Turcs cédèrent à Fempereur toute la Hongrie , excefné Temesviair et Belgrade , la Tran* sylvanie et TEsclavonie. Le comte de Tékèly n'obtint pour dédommagement de ses biens confisques par

remptîreur que deux villes, à titre de ûci's relevani de la Porte Ottomane. Les Russes conservèrent Azof. La Pologne recouvra Kaiuenetz, la Podolie et TUkrai* ne. Ëniin les Vénitiens restèrent en possession de la Morée, de lile d*Égvne*el de quelles file* de la Dalmatie qu'ils avaient conquises.

Ainsi se termina cette guerre qui commença Id décadence de Tempire ottoman. Le sultan Mustapha ^ qui avait signé la paix de Carlo vitz , fut dépose en 1702. Son successeur Achmet lU, profitant des embarras (le la Russie, obtint , en 171 1, la restitution d'Azof. Encouragé par ce premier succès, le sultan enleva aux Vénitieus la Morée en 17 15. L'année sui- Tante il mit le siège devant Corfou. Uempejeur Char- * les VI déclara alors la guerre à la Porte , comme ga* rant du traité de Garlovitz. Le rm d'Espagne et le pape suivirent son exemple. Les flottes combinées d\Ésp,agne et de Venise délivrèrent Gorfou , pendant que le prince £agène rempertait en Hon|[ne une hrû" lante victoire à Peterwaradin (1716). En 1717, il oI)tint devant Belgrade tine nouveau succès et s'empara de cette place. La paix ftrt signée à Passarovitz, le ax juillet 1718. Elle lut glorieuse pour TAutriciie» L'empereur se fit céder Temeswar, Orsowa, Belgrade et uiie partie de la Servie et de la Valachie. Mais Venise ne recouvra pas la Morée , et la cession de quelques villes de la Daiaiatie et de l'Albanie ne fnt pas- pour elle une oam^ensalira suffîsanie de la periô (le cette preiunoe.

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