‹ Précis d'histoire du commerce; (volume 2)Chapitre 51 sur 56 · Cf. Leroy-Beaulieu, De la Co Ionisation européenne · texte numérisé non relu

Cf. Leroy-Beaulieu, De la Co Ionisation européenne

seules Antilles à 251 millions, sur lesquels 126 millions faisaient la part de la France ; Ghaptal évaluait les exportations de ces colonies en France, en 1788, à 218 millione, sucre (85 millions), café (87 millions), coton (21 millions), indigo (10 millions et demi), bois de teinture, rocou, cuirs, etc. (8 millions), cacao (975,000 fr.), dont la France réexportait pour 157,734,000 fr. dont 78,449,000 fr. de café. Nos importations s'y élevaient à 76,780,000 livres ; Tétranger y importait pour 23,000,000 et exportait pour 13,744,000 fr. .

Quelque inférieurs que soient ces chiffres à ceux qui ont été donnés depuis, sur de nouveaux documents, ils attestent une singulière activité et ne font que mieux ressortir Fétrange contradiction par laquelle un peuple qui tirait de ses colonies un si grand profit, manifestait d'ailleurs une si grande indifférence pour elles et les sacrifiait avec une si déplorable indifférence.

Si les colonies hollandaises ne fournirent plus au xviii* siècle aux actionnaires de la Compagnie des Indes des dividendes aussi élevés qu'au siècle précédent, si la Compagnie eut même à se débattre fréquemment contre des embarras financiers, les Indes néerlandaises continuèrent cependant à fournir au commerce hollandais un précieux aliment. De 1720 à 1729, les relations avec elles occupèrent, année moyenne, de 37 à 38 bâtiments à Taller et 30 au retour; le produit général des ventes «'élevait à 41 millions et demi de livres, sur lesquelles 17 millions et demi provenant de la vente des épices, et le dividende atteignait encore 23 et demi p. 100. En 1776, la situation avait peu varié, mais par suite de Taugmentation des frais, bien que la Compagnie eût réduit aune trentaine le nombre des bâtiments expédiés, le dividende s'était abaissé à 12 p. 100. La Compagnie avait main-

tenu la plupart de ses règlements, jusqu'à celui qui obligeait les navires à ne regagner la Hollande qu'en contournant les Orcades. Son privilège venait d'être renouvelé pour 20 ans (1774). Elle avait rendu de si grands services à l'État, en entretenant ses matelots, faisant d'Amsterdam le plus grand marché du monde, édifiant des fortunes particulières, prêtant à l'État, alimentant le Trésor public soit par les sommes avec lesquelles elle achetait le renouvellement de son privilège, soit par les taxes qu'elle acquittait, qu'elle était devenue, malgré le grand nombre de ses ennemis, une des forces et un des soutiens de la République.

Le Portugal n'était plus au xviii® siècle que l'ombre de lui-même. Le traité de Methuen lui avait imposé la plus dure des servitudes économiques ; il n'avait jamais soumis ses colonies à une aussi stricte dépendance. Aux Indes, réduite à Macao, Timor, Goa, Diu et Damaun, sa puissance était morte. En 1752, le monopole y avait été aboli sauf pour quelques articles, sucre, tabac, poivre, salpêtre, perles et bois de sandal que s'était réservé le^ gouvernement. On estime cependant que vers la fin de ce siècle la valeur des produits qui en étaient rapportés n'atteignait pas 4 millions de livres.

Au Brésil, la situation était meilleure. Rio-Janeiro s'était rapidement relevé des pertes que lui avait fait subir le terrible bombardement de 1710. Non seulement le Portugal tenait la France en échec aux Guyanes, disputait au midi du Brésil des territoires à l'Espagne, mais il tirait du commerce de ce pays de sérieux avantages. Le produit de l'or dont les mines n'avaient été exploitées que depuis le com mencement du siècle, monté vers 1730 jusqu'à 45 millions de francs par an, était descendu vers 1776 à 25 millions ; la vente des diamants rapportait 3 millions et demi à la cou*

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renne; les expéditions au Portugal en sucre, tabac, coton, bois de teinture, cuirs, café, riz, indigo, etc., montaient au chiffre de 33 millions de francs \ en sorte que le commerce du Portugal avec ses colonies égalait en importance (60 millions) celui du Poiiiugal avec TEurctpe. Les relations du Brésil avec la côte d'Afrique, où Ton achetait annuellement pour plus de 5 millions d'esclaves, et les îles (Açores, Madère) étaient encore une ressource pour la marine portugaise.

Pombal avait relevé l'industrie portugaise, malgré tous les obstacles suscités par l'Angleterre, et l'avait mise en état de payer avec ses produits la moitié des achats faits au Brésil. L'Espagne avait fait des efforts plus énergiques encore et plus heureux. Le traité d'Ulrecht lui avait laissé la totalité de ses possessions d'outre-mer, mais sa souveraineté y était entamée par le vaisseau de permission, comme en Europe par la présence des Anglais à Gibraltar. En 1739, ses protestations contre les abus commis par les Anglais lui avaient valu une guerre terminée à son avantage et depuis lors une série de mesures libérales avait relevé son commerce. Cadix, mieux situé et plus commodément abordable, avait remplacé, en 1724, Séville comme point de départ des galions et de la flotte. En 1748, ces convois dont la fixité des départs mettait toujours les corsaires en éveil furent supprimés. Des vanuau% de registre partirent à époque indéterminée pour les colonies où leur arrivée irrégulière déjoua les spéculations de la contrebande. Ce fut un coup sensible porté à la Martinique, à Curaçao et aux îles anglaises. En 1764, pour relier plus étroitement les colonies à la métropole, Charles III instituait un service de paquebots partant régulièrement le premier de chaque mois de la Corogne. En 1765, le commerce des colonies était ouvert à tous les Espagnols ; en 1774, les

colonies étaient autorisées, ce qui leur avait été, chose à peine croyable, défendu jusqu'alors, à communiquer entre elles. Le Gouvernement avait, pour parer aux craintes qui avaient dicté cette interdiction, renforcé son action en portant à quatre le nombre des vice-royautés et à huit celui des capitaineries générales. De 1748 à 1753 ses envois en Amérique s'élevèrent à 76 millions, ses retours à 145 millions, dont 109 en métaux précieux, le reste en marchandises. La Nouvelle-Espagne (Mexique), Lima, Carthagène et Buenos- Ayres étaient les principaux points du continent où abordaient les navires.

Les Antilles espagnoles comptaient peu et étaient, malgré leurs ressources si bien utilisées depuis, d'un minime profit. Ce n'était qu'après la guerre de Sept ans que l'Espagne s'était sérieusement occupée de Cuba. En 1774, sa population n'était que de 171,000 habitants, blancs et hommes de couleur. De 1774 à 1792 elle monta à 272,000. L'introduction d'un grand nombre d'esclaves permit dé développer les cultures du tabac, du sucre, du café. Jusqu'en 1763, Cuba n'avait guère exporté que des cuirs et de la cire. L'élève du bétail fit alors place aux cultures coloniales. Le tabac prit d'abord la prééminence; des règlements avaient gêné et arrêté le développement de sa culture, leur suppression eut de suite ses effets. De 860 tonnes en 1750, la production avait passé à 2,900 en 1790. L'immigration des colons français de Saint-Domingue devait donner à toutes ces cultures une impulsion plus grande. La partie espagnole de Saint-Domingue et Porto -Rico participèrent aussi, mais plus faiblement, à ce mouvement général de transformation qu'on signale vers cette fin du xviii® siècle sur tous les territoires espagnols.

Mais déjà l'exemple des États-Unis avait porté ses fruits et les idées d'affranchissement travaillaient toutes ces sociétés hispano-américaines qui avaient grandi dans Tombre et allaient bientôt conquérir leur indépendance.

Le commerce de TAngleterre avec ses colonies du continent de l'Amérique du Nord avait progressé pendant tout le cours du XVIII® siècle, mais l'accroissement de son domaine colonial y avait contribué dans une bonne mesure. En 1698, après la paix de Ryswick il était de 16,100,000 livres; en 1715, de 17,300,000 livres ; en 1741, de 42,300,000 livres-, en 1751 , il dépassait 50,100,000 livres ; en 1771, il atteignait 136 millions. De 1697 à 1745 inclusivement, les importations d'Amérique en Angleterre avaient dépassé 34 fois les exportations d'Angleterre; à partir de 1746, les exportations d'Angleterre en Amérique l'emportent au contraire constamment. En 1771, année où, avant l'émancipation, le commerce de la métropole avec ses colonies parvint à son point culminant, cet excédent est de 70,330,000 livres ; les exportations d'Amérique ont peu gagné, celles d'AngleteiTe ont suivi au contraire une marche plus rapide. 1771 fut une année exceptionnelle, mais en moyenne l'Angleterre vendait pour 50 à 55 millions et achetait pour une somme variant de 28 à 32 millions. La plus grande partie de» importations d'Amérique, plus des trois quarts, provenait de la Virginie, du Maryland et de la Caroline. De 1697 à 1773, les échanges entre les vieilles colonies et la métropole s'élevèrent à un chiffre total de 2,670,000,000 dont 1,577,000,000 d'Angleterre en Amérique et 1,093,000,000 d'Amérique en Europe, ce qui laissait, dans un temps où l'on attachait un si grand prix à la balance du commerce, un excédent de près de 500 millions de vente au bénétice de l'Angleterre.

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L'affranchissement des États-Unis, loin de porter un coup sensible au commerce britannique, fut au contraire, par Touverture plus large de ce marché, le point de départ pour lui d'une activité croissante. Le développement rapide du nouvel État accrut le nombre des clients. La liberté acquise de fabriquer à leur gré, en augmentant les articles et les moyens d'échange des habitants de la nouvelle République, augmenta leur puissance et leurs moyens d'achat; ce fut pour l'industrie anglaise, alors en pleine période de développement, une précieuse ressource pendant la longue guerre de vingt-cinq ans qui suivit la Révolution française.

La Compagnie des Indes, délivrée par sa fusion en 1709 avec une compagnie rivale d'une concurrence redoutable, délaissée un instant pour la fameuse Compagnie des mers du Sud où les excès de la spéculation, l'exploitation de la naïveté populaire et les audaces de la réclame laissèrent^ très loin derrière eux les scandales du « système » de Law, avait d'abord marché lentement. Les fondateurs de la puissance anglaise aux Indes, Clive et Hastings, sont restés célèbres par leurs exactions. Vers le milieu du xviii® siècle, l'exportation totale des Indes ne dépassait pas 30 millions de francs. Elles avaient successivement excité la convoitise de toutes les puissances. .Parreis^ Suédois, Autrichiens (compagnie d'Ostende) avaient paru là sur la trace des Portugais, des Hollandais, des Français et des Anglais. Ces exportations cependant, il fallait les payer pour une très grande partie en numéraire. Les débouchés pour les produits européens étaient peu importants. Mais l'Inde avait son prestige. La navigation qui poursuivait jusque dans la mer de Chine la recherche du thé, trouvait en outre dans ce commerce un champ précieux d'activité.

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Toutes ces tentatives ne devaient laisser que peu de traces. ^ Clive avait jeté les bases de la puissance anglaise ; Warren Hastings, premier gouverneur général des Indes (1773), rétablit plus solidement encore : son procès mit au jour la malséance de quelques-uns de ses procédés, mais le Parlement finit par Tabsoudre, comme l'avait fait la Compagnie, qui avait toujours joint aux observations qu'elle lui adressait, des demandes d'argent. Un récent biographe et apologiste de Hastings a amnistié ses procédés et ceux dpnt se sont trop souvent servis ses émules dans des termes bien caractéristiques : « Les intérêts britanniques dans Tlnde, dit-il, n'ont jamais été servis par un homme plus pénétré de ce principe d'impérialisme que la race anglaise a dans le sang par droU de naissance. Les pirates qui s'élancèrent jadis des fonds du Nord à la conquête de la Grande-Bretagne ont laissé ce principe en héritage à leurs descendants, qui à leur tour ont conquis la plus grande partie du monde. La règle de nos ancêtres était de prendre et de garder. Ils n'admettaient pas qu'une autre nation se glissât dans leur sillage, et quand ils avaient maille à partir avec elle, ses acquisitions devenaient leur proie \ » Il y avait beaucoup sans doute de ce sentiment dans l'absolution de Hastings. Combien élaient-ils, et combien devait-il y en avoir unissant xomme lui dans leur pensée la grandeur de l'Angleterre et leur enrichissement personnel ? Mais il y avait surtout, il faut bien le dire, de la reconnaissance pour le grand proconsul auquel l'Angleterre devait, même au prix de moyens blâmables, une si belle compensation aux sacrifices que lui avait imposés le traité de 1783.

1. Colonel Malleson, Life of Warren UasUngi, first governor gênerai of India. Londres, Chapinan et Hall, 1891.

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