‹ Précis d'histoire du commerce; (volume 2)Chapitre 50 sur 56 · Archives de la Marine · texte numérisé non relu

Archives de la Marine

Ce fut sur Saint-Domingue que se porta de préférence la faveur publique. Eu 1687, la partie française de Ftle avait 7,993 habitants dont 4,411 blancs et 3,582 noirs; en 1789, elle en aura 570,000, dont seulement 33,000 blancs, 509,000 noirs esclaves, 26,000 mulâtres recensés et plus de 100,000 autres errants dans toute Ttle. Elle comptera à cette date 793 sucreries, 3,117 caféières, 3,150 iiidigoteries et 733 cotonneries. Elle exportera 165 millions de libres de sucre, 68 millions de café, 930,000 d'indigo, 6 millions de coton, 1,500,000 de campêche, 20,000 de cuirs de bœuf et aura un mouvement commercial de 330 à 350 millions ; la Guadeloupe exportait, en 1775, en France pour 7,138,000 fr. de sucre; la Martinique, très prospère de 1715 à 1744, les dépassait toutes deux pour la production du café.

Devenue comme le marché général de toutes les îles françaises du Vent, ajoutant au bénéfice de la vente de ses produits, celui de la vente et du transport des produits de ces îles, elle avait du numéraire en abondance et le commerce s'y faisait dans des conditions particulièrement favorables. « L'étendue de ses affaires attirait annuellement dans ses ports deux cents bâtiments de France, quatorze ou quinze expédiés par la métropole pour la Guinée, trente du Canada, dix ou douze de la Marguerite ou de la Trinité, sans compter les navires anglais et hollandais qui s'y glissaient en fraude. La navigation particulière de l'isle aux colonies septentrionales, au continent espagnol, aux îles du Vent, occupait cent trente bateaux de vingt à soixante-dix tonneaux, montés par six cents matelots européens de toutes les nations et par quinze-cents esclaves formés de longue main à la marine \ »

1. Raynal, Histoire philosophique des Deux-Indes. Genève, 1780, t. VII, p. 98.

, LES COLONIES AD XVIIl* SIÈCLE. 309

Aussi ces îles, dont en 1740 le commerce total atteignait 50 millions, furent-elles pendant quelques années l'objet d'un véritable engouement. De tous nos ports, mais particulièrement de Nantes et de Bordeaux, partait vers elles une émigration de négociants et de planteurs dont l'activité et les capitaux entretenaient et développaient cette prospérité. Si quelques-uns de ces éraigrants revenaient dans la mère patrie, fortune faite, beaucoup s'établissaient aux colonies et les relations et les souvenirs de famille contribuaient à maintenir les relations commerciales. C'est le commerce colonial qui, enrichissant nos ports, leur permettait de se transformer; à Nantes, le quai de la Fosse, les îles Joliette et Gloriette se couvraient de ces beaux hôtels dont la présence surprend si étrangement dans ces îles aujourd'hui désertées ; Bordeaux construisait ses quais, son théâtre, ses allées de Tourny, ses quinconces. La guerre de 1744 avait déjà porté un grand coup à cette prospérité, mais la paix d'Aix-la-Chapelle fut suivie d'une reprise générale du commerce pendant laquelle la métropole ne sembla pas s'apercevoir de cette situation nouvelle. Les événements dont plus tard la plus grande de nos îles à sucre fut le théâtre eurent par suite de ces rapports étroits un douloureux retentissement dans nos ports. Nantes conserva néanmoins de cette période de rester notre grand marché d'importation pour les sucres coloniaux et toutes les villes de la Loire, Saumur et Orléans entre autres, d'en tirer de longues années encore l'aliment pour leurs raffineries d'une industrie fort active.

Le rhum, dont l'importation en France était défendue pour protéger nos eaux-de-vie, et la mélasse étaient vendus aux colonies espagnoles ou aux colonies anglaises du continent nord-américain. Le café, dont le haut prix de vente dédom-

magea la Martinique de la ruine, par un insecte, de ses plantations de canne à sucre, avait été importé en France vers 1660 par la voie toujours suivie d'Egypte et de Marseille. Vendu alors 80 fr. la livre, il n'avait pas tardé à tomber à 24 en 1686, remontant à 35 l'année suivante ; il était rapidement entré dans la consommation. Les cafés commençaient à Paris à remplacer les cabarets. Ce fut un pied de café importé en 1720 au prix de mille difficultés à la Martinique par le chevalier Des Rieux qui fut le point de départ de la prospérité de cette île.

Le cacao, dont la culture y avait été introduite dès le XVII* siècle, avait cessé depuis 1720, à la suite d'une maladie des cacaotiers, d'y être l'objet d'un commerce important.

Le thé, introduit en Europe par les Hollandais, n'eut pas le même succès en France. Il y avait pénétré en 1642, dix ans plus tôt qu'en Angleterre. Il se payait 30 fr. la livre au début, descendit à 20 fr. mais pour remonter vers la fin du siècle à des prix inabordables : 70 fr. le thé de Chine, 150 fr. à 200 fr. celui du Japon. Il devait rester longtemps une spécialité de ces pays.

Les épices dérobées à grand'peine à la surveillance jalouse des Hollandais étaient introduites dans la seconde moitié du xviii* siècle à la Réunion (Bourbon) par l'intendant Poivre. Elles passaient de là plus tard en Amérique et le giroflier pénétra en 1777 à la Guyane. Ces cultures devaient avoir pour résultat fâcheux de faire négliger dans toutes nos colonies tropicales les cultures vivrières et de trop les mettre pour leur subsistance à la merci des arrivages d'Europe. Toutes cependant en profitèrent d'abord, La Guyane elle-même, bien que pouvant donner lieu par ses forêts, ses terres cultivables et ses prairies à une colonisation agricole, devint

comme les Antilles une colonie de plantations. Jamais populaire au reste, malgré l'habile administration de Malouet, ruinée dans l'esprit public et à jamais discréditée par la malheureuse tentative de Ghoiseul au Kourou, la France équinoxiale n'exportait en 1788 qu'une valeur de 539,000 livres. A cette date, le Canada ne nous appartenait plus. Les vices de son organisation politique et sociale, la préférence apportée dès le début par la compagnie privilégiée au commerce des pelleteries sur le développement de la culture avaient détourné cette colonie de ses véritables voies. Si une partie des colons appartenait par son origine aux classes agricoles, l'autre, anciens ofBciers ou soldats envoyés par le gouvernement en Amérique et forcés de s'y établir, devait naturellement se sentir peu portée à se transformer en laboureurs et préférer à cette vie pénible, servile et peu lucrative, la vie libre dans les forêts, la chasse avec ses émotions et ses aventures. Portant au loin leurs courses, dans les régions glacées de la baie d'Hudson comme dans les forêts de la Rivière-Rouge, dans les parages des grands lacs ou le bassin du Mississipi, ils avaient donné à la colonie une extension hors de toute proportion avec sa population. Grâce à eux, la France a eu la meilleure part dans la révélation à l'Europe des immenses contrées où fleurissent aujourd'hui les deux grandes confédérations des États-Unis et du Canada dont les lacs et les fleuves ont porté des noms français, mais ils nous forçaient à multiplier les postes, à éparpiller les garnisons. Tandis que les c Bostonnais » s'avançaient à leur tour en bataillons plus serrés, nos rangs restaient éclaircis. Le Canada, ces quelques arpents de neige, comme dira Voltaire, n'exerçait pas plus d'attrait sur nos gouvernants que sur nos agriculteurs. Alors que l'Angleterre avait, par le traité d'Utrecht, entamé

déjà nos possessions d'Amérique, le 3'égent, au lendemain de Téçhec du système, repoussait encore le concours des calvinistes français (1721). On allait sans doute, pour défendre l'entrée du Saint-Laurent et compenser la perte de Terre Neuve, élever à grands frais, dans l'île du Cap-Breton, la forteresse de Louisbourg, construire ailleurs de nouveaux forts, mais on n'apportait pas un soin suffisant à ce qui devait constituer la véritable sauvegarde de la colonie : ime forte immigration. Le chiffre total des colons envoyés par la France au Canada ne s'élève pas au-dessus de 10,000, ce qui justifie peu l'opposition que l'on se plaît quelquefois à établir entre notre prétendue impuissance actuelle à coloniser et ce qu'ont fait nos pères.

De 1713 au moment de sa perte, il apparut bien souvent au milieu des rêves de paix comme un trouble-féte. Du moins en pratiquant vis-à-vis de lui par indifTérence le sage précepte de d'Argenson : pas trop gouverner, permit-on à la colonie, abandonnée à ses seules forces, de faire des progrès rapides. En 1759, sa population s'élevait à 82,000 âmes. Mais ses exportations, en 1753, ne dépassaient pas 1,700,000 livres, ses importations, 5,200,000 livres. Les pelleteries, dont Montréal concentrait le commerce, étaient toujours le grand article d'échange. Le seul avantage de cette colonie à laquelle on s'intéressât véritablement en France, la pèche sur le banc de Terre-Neuve, fut en partie sauvé au traité de Paris, affirmé de nouveau et précisé au traité de Versailles (1783). Eu 1784, 301 bâtiments de 47,300 tonneaux partaient pour cette pêche. En 1789, elle occupait 10,995 marins et donnait 12,040,340 livres de produits.

La Louisiane a reçu de l'élément français qui la posséda jusqu'en 1763 une empreinte encore sensible. Une série d'en-

treprises malheureuses avaient marqué les débuts de la colonie. Après la triste fin de La Salle et de ses compagnons, rétablissement fondé en 1699 sur le Mississipi par d'Ideville avait échoué; Crozat avait de 1712 à 1717 dépensé inutilement des sommes énormes ; Law ne'put, même en laissant miroiter aux yeux Tespérance de mines d'or, y entraîner des colons volontaires ; ceux qu'on y conduisit moururent en grand nombre et cependant la Nouvelle-Orléans, qu'ils fondèrent (1718), est aujourd'hui une des grandes villes et un des ports les plus commerçants des États-Unis. L'abandon dans lequel fut ensuite laissé le pays lui fut profitable. Quelques postes s'élevèrent. La culture du tabac et de l'indigo y fut développée, La suppression de tous les droits de douane pour dix ans, prononcée en 1731, la favorisa. Le commerce ne fut jamais bien prospère, les colons étant trop dispersés et sur un trop vaste espace. Il n'y eut jamais plus de 7,000 blancs, sans compter les troupes, et 8,000 noirs. L'indigo, les cuirs, les pelleteries, le suif, les viandes, le riz, le goudron et les bol 5 qu'elle envoyait en France valaient à peu près 2,000,000 de livres et ce qu'elle recevait en échange de marchandises d'Europe ou des Indes orientales dépassait cette somme. Ce commerce se faisait par les bâtiments qui se rendaient à Saint-Domingue ou en revenaient. Nul doute que sans l'abandon qui fut fait à l'Espagne en 1763 et auquel nos colons refusèrent longtemps de croire, ceux-ci, renforcés par l'émigi^ation des Canadiens qui refusaient de vivre sous la domination de l'Angleterre, n'eussent donné à la mise en valeur et au peuplement du pays une vive impulsion.

L'initiative privée avait été un instant plus heureuse, mais pour aboutir à une aussi triste issue, sur un autre théâtre.

La Compagnie des Indes orientales a traversé bien des

314 PRÉCIS d'histoire du GOAfBfERGE.

crises. Au moment où Law l'absorba dans sa grande Compagnie des Indes, elle était presque à bout de ressources. Tout avait contribué à son échec : les fortes dépenses de Tinfructueuse tentative sur Madagascar, la difficulté de lutter contre les Hollandais, les fausses manœuvres des actionnaires, les variations incessantes des conditions du commerce tantôt ouvert, tantôt fermé aux négociants libres, Tabaudon au roi, à des particuliers, à des compagnies d'une partie de ses privilèges, les dépenses exagérées de défense ou d'administration, les guerres, les succès même de nos corsaires qui revendaient à vil prix les prises faites sm* les vaisseaux anglais ou hollandais.

Law la ressuscita. Lorient, fondé en 1670, fit en une année jusqu'à 18 millions d'affaires; 48 vaisseaux richement chargés en partirent en un seul hiver, dont 18 pour les mers des Indes ; des colons français allèrent peupler l'île Maurice ; le café fut introduit dans l'île Bourbon ; c'est le moment où Dupleix partait pour l'Inde, « emportant sur son front quelque chose du génie aventureux de Law». (Henri Martin.) De 16641 à 1684, la Compagnie n'avait pu faire aux Indes que 9,000,000 de livres de vente. Entraînée dans la chute du Système, mais relevée par Orry, encouragée par Fleury, bien servie par Dumas, son gouverneur général à Pondichéry, et par Dupleix à Chandernagor, elle fit pendant une période de 30 ans plus de 12,000,000 de vente par an en. moyenne, lui rapportant moitié de bénéfice. Les relations devenaient plus intimes avec les indigènes ; l'influence française pénétrait au loin ; des comptoirs se fondaient partout ; des fabriques se montaient avec la main-d'œuvre indigène; aux relations avec la métropole se joignait le commerce d'Inde en Inde; Pondichéry envoyait en une seule année pour 24 millions de

produits en France ; Chandernagor voyait à la fois quarante vaisseaux dans son port. Dans le bassin occidental de la mer des Indes, Tîle de France, transformée par La Bourdonnais, était le centre d'une activité merveilleuse. L'indolence du vieux cardinal de Fleury, permettant là comme aux Indes occidentales à l'initiative individuelle de s'exercer librement, avait enfanté ce miracle. La Bourdonnais l'avait exprimé sous une forme bien frappante dans une réponse aux directeurs de la Compagnie. « Comment se fait-il, lui demandaient-ils, que vos affaires prospèrent, quand les nôtres vont si mal? — C'est que, répondit-il, lorsqu'il s'agit de mes intérêts, je n'ai qu'à suivre mes propres inspirations, tandis que pour les afTaires de la Compagnie, je suis forcé de me conformer aux vôtres. » L'œuvre de La Bourdonnais dans nos îles de l'Océan Indien, Bourbon et l'île de France, dépérit après lui. La Compagnie ne sut pas ou ne voulut par cons3rver à l'île de France ce rôle d'entrepôt pour lequel elle était si bien faite; Bourbon, à cause de son manque de port, fut traitée comme une colonie inutile. Madagascar avait toujours la pré-' férence. Même après qu'en 1770 Poivre eut ajouté au café, au blé, au maïs que produisaient ces îles, les épices, muscadier et giroflier, apportées des Moluques, l'île de France ne semblait avoir qu'une importance stratégique. En 1780, on comptait qu'elle coûtait 8,000,000 par an à la métropole. Elle lui coûtait encore 4,583,000 fr. en 1789.

Quant aux Indes, oîî nos possessions furent, après le triste abandon de Dupleix, la désastreuse guerre de Sept ans et le traité de Paris, réduites à cinq comptoirs et à quelques factoreries, notre commerce ne s'y élevait plus à la fin du xviii* siècle qu'à 400,000 livres et la Compagnie des Indes avait dû abdiquer son privilège.

316 PRÉCIS d'histoihe du commerce.

L'épisode de Dupleix éclaire d'un jour particulier Thistoire des compagnies du commerce. L'intuition de son génie avait pressenti les destinées de Tlnde; une étude attentive du climat, des mœurs et du caractère des populations, de sa situation politique, de son histoire, lui avait tracé la conduite à suivre pour en assurer la domination à la France. Un long séjour dans le pays, sa bienveillance pour les indigènes, le respect de leurs habitudes et de leurs croyances, ses relations avec eux et le prestige qu'exerçait sur eux sa femme, « la princesse Jeanne », créole familière avec leurs langues, lui avait donné sur tous ces Orientaux une influence franchement acceptée.

Le succès de son gouvernement à Chandernagor, l'animation donnée à son port, l'étendue de ses relations commerciales avaient prouvé la justesse de ses vues. Son action à Pondichéry avait été par surcroît admirablement préparée par un administrateur habile qu'une même conviction avait conduit à une même politique. Un instant ralentie par la guerre et sa déplorable querelle avec La Bourdonnais, elle avait repris avec vigueur ; grâce à ce Français devenu prince hindou et à ses indigènes disciplinés à l'européenne , 30,000,000 d'Hindous et un tiers de l'Inde reconnaissaient notre suzeraineté. Dupleix avait agi bien véritablement non pas en marchand, mais en roi. Toute sa fortune, celle de ses amis avaient été libéralement consacrées à cette œuvre ; il avait compris, lui aussi, comme Bacon, qu'une colonie est un arbre que l'on plante et dont les générations suivantes récoltent les fruits. Mais si le gouvernement français le voyait avec effroi inquiéter l'Angleterre et risquer de susciter des démêlés avec elle, la Compagnie et les actionnaires réclamaient non des teiTitoires, mais des dividendes. Les Antilles

LES COLONIES AU XVIIl' SIÈCLE. 317

rapportaient alors moins de gloire, mais plus d'argent, ûupleîx vit opposer à ses deiuandes de secours le fameux dilemme par lequel les marchands de Carthage avaient répondu à Annibal victorieux. Abandonné de tous, le conquérant de l'Inde revint mourir en France dans la misère pendant que son successeur abandonnait toutes ses conquêtes, et que les Anglais, reprenant ses idées et ses plans, se rendaient maîtres de rinde avec laquelle F Angleterre fait aujourd'hui un commerce de plus de 2,500,000,000 de francs.

La Compagnie avait cessé d'exister en 1770 et tout son avoir, évalué à 30 millions de livres dans lesquelles le port de Lorient figurait pour la moitié, avait été cédé au roi moyennant une rente de 1,200,000 livres à répartir entre ses actionnaires. Le chiffre le plus élevé qu'aient atteint ses opérations avec l'Inde avait été de 6,618,000 livres à l'exportation en marchandises de France pour les Indes en 1752 et de 15,296,000 livres à l'importation en France (valeur d'achat aux Indes) en 1754. Le prix de vente de ces dernières ayant été de 28,000,000 de livres, le bénéfice avait été de 12,785,000 livres, sur lesquelles 4,039,000 livres avaient été distribuées en dividende.

Une autre s'était l'eformée en 1785 qui n'eut qu'une courte existence, toutes les compagnies privilégiées ayant été supprimées par la Révolutioit. Le chiffre môme des importations qu'elle opéra et qui de 14 millions délivres, la première année, s'éleva à 35 millions en 1791, dont plus dé la moitié en produits manufacturés (chiffre comprenant le commerce avec la Chine et les îles de France et Bourbon), montre toutefois combien, malgré notre anéantissement territorial, ce commerce lointain était susceptible de s'étendre.

Le commerce avec la Chine faisait, il est vrai, partie du

318 PRÉCIS d'histoirb du commercb.

privilège de la nouvelle compagnie. Or, en 1766, au lendemain de la guerre de Sept ans, il s'élevait à 26,754,494 livres, partagées entre l'Angleterre, la Hollande, la France dont la part était de 4,400,000 livres, le Danemai'k et la Suède. Le thé,- dont Canton était le principal marché, en formait les quatre cinquièmes. La France avait vainement essayé de s'ouvrir le Siam, le Tonkin et la Cochinchine ; elle y avait trouvé la Chine en possession du marché, et n'avait pas persisté. Comme THindoustan lui-môme, tous ces pays d'Orient étaient des pays d'industrie, des pays de traite plutôt que d'échanges, où il fallait solder la plupart des achats en argent et non en marchandises, ce à quoi, selon les préjugés du temps, l'on ne se résignait qu'avec peine.

Sur les côtes d'Afrique, la traite des noirs prospérait. Elle occupait, en 1789, 105 navires jaugeant 35,227 tonneaux et exportait 30,000 nègres d'une valeur de 15 millions de francs. Il s'y ajoutait des achats de gomme, cire, or et ivoire pour 1,700,000 livres.

En somme, en 1789, grâce, il est vrai, à l'abandon du système de monopole et à l'ouverture de nos colonies aux navires et au commerce étrangers, le commerce avec 'nos colonies s'effectuait par 1,392 bâtiments américains, 313 français, 189 anglais, 245 espagnols et 34 autres bâtiments à l'importalion et à l'exportation par 1,127 américains,' 534 français, 155 anglais, 249 espagnols et 32 autres, représentant comme tonnage 133,109 tonneaux à l'importation et 117,799 à l'exportation*. Le commerce total de nos colonies était évalué à 600,000,000 contre 450,000,000 seulement que donnaient les colonies anglaises*. En 1776, Raynal estimait celui des

Page 1