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POÉSIE DRAMATIQUE

La poésie dramatique, au moyen âge, a dû être florissante à l'égal des autres genres. Mais il ne nous est parvenu qu'un très petit nombre d'oeuvres dramatiques, et les plus anciennes ne remontent pas au delà du xie siècle.

Mystères, Miracles et Jeux. — Le drame, en France, ne fut d'abord qu'une extension des cérémonies du culte : au lieu de raconter simplement les scènes de l'Écriture sainte, les mystères de la religion ou les miracles des saints > on les traduisait par des personnages, on les représentait. A Noël, par exemple, on figurait dans les églises la crèche, les bergers, les mages; à Pâques, la résurrection, les trois Maries, etc. Tels sont les Mystères et les Miracles, écrits à Forigine en prose latine, par les membres du clergé *. Aux Mystères et aux Miracles se joi-

et qui se sont fondues comme la neige de Tan passé , combien le cœur est touché au nom de cette bonne Lorraine, libératrice de la France, martyre des Anglais, longtemps flétrie, tardivement réhabilitée, et qui n'est pas encore une sainte! Que de gloire, quelles souffrances, combien de reproches contenus dans ces mots si simples et si pénétrants!

i <( L'Église n'avait pas trouvé de meilleur moyen d'assujettir à la longueur de ses offices les grands enfants barbares qu'elle avait entrepris de guider vers la civilisation. A^ jours solennels, il se faisait donc une interruption de l'office divin, et le drame liturgique s'essayait entre deux hymnes. » Ferdinand Brunetière.)

« Daignons donc bien nous figurer l'effet que devaient produire de telles représentations, réglées en quelque sorte sur l'hymne, contenues au sanctuaire, graves, pathétiques, touchantes et toujours augustes, — je ne dis pas précisément sur le peuple, il ne comprenait que l'ensemble, le mouvement et la mimique en quelque sorte, l'image majestueuse des choses, il ne savait pas les langues savantes,— mais sur tout ce qui était clerc et lettré. Comme de telles représentations devaient alimenter et fortifier les âmes croyantes, remplir leur imagination, satisfaire à leur besoin de sensibilité! Comme cela les accoutumait à ne jamais séparer en idée le beau et le tendre du saint ! Comme toutes les facultés humaines y trouvaient à la fin leur compte; et que l'on conçoit bien que les saint Bernard, les saint Bonaventure et toutes ces âmes mystiques et ardentes qui nous sont personnifiées sous de tels noms, y trouvassent leur complet rassasiement ! w (Sainte-Beuve.)

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gnirenl les Jem , dont les sqjeti présentaient quelques se<

comiques : cviait un premier p le prolkne*

Ces drames, liturgique* ou semi-litar lqu< . n tèreof le monopole de l'Église, jusqu'au jour où, I eau »• de y ibus et do l'usage exclusif <ie la langue française, il nt «le

l'aire partie de l'office divin.

Les (envies drainât iques les plus connues de cette 6poqU€

sont : le Mystère des Vierges sages et des Vierges folles

(\v siècle , le Drame d'Adam (\ir siècle), — i«- Miracle de Théophile, par Rutbbbuf de Paris, — le Jeu de Saint-ls

par JEAN Bodel d'Arras, — et le Jeu d'Adam, par Adam de la Halle d'Arras (xir siècle). Nous avons, du UV« siècle, une quarantaine de Miracles qui mettent en scène defl faits merveilleux, attribués presque tous à l'intervention de Notre-Dame.

Les Confrères de la Passion. — Le théâtre, se détachant par degrés de Pau tel, sortit tout à fait de l'Église vers la fin du xiv° siècle. Alors se forma la société laïque des Confrères de la Passion, qui obtint du roi Charles VI (1402) le privilège exclusif de jouer les Mystères sur les places publiques. Les sujets qui parurent avec le plus de succès sur leurs théâtres à trois étages (ciel, terre, enfer) sont les Mystères de la Nativité, de la Passion, de la Résurrection (xv° siècle), œuvres d'ARNouL Gréban, poète manceau. — La Passion fut refaite, vers 1480, par Jean Michel, médecin du roi Charles VIII.

Ces représentations offraient plusieurs centaines de personnages et duraient parfois deux, trois, quatre semaines consécutives.

g Le Mystère du xve siècle est le grand, le suprême effort du théâtre au moyen âge; il n'en est pas, selon notre goût du moins, le chef-d'œuvre. Nous préférons beaucoup les drames plus courts, plus serrés, plus variés de Pépoque précédente. Le Mystère a péché par deux excès : la diffusion du style et l'abus du comique. Mais la conception du genre était véritablement grande; elle était digne d'un succès meilleur dans l'exécution. » (Petit de Julleville.) — Les beautés littéraires sont rares, en effet, dans ces vastes compositions du xve siècle4.

1 La trilogie de la Nativité t de la Passion et de la Résurrection , ne comptait pas moins de soixante -dix mille vers. Les Actes des Apôtres, par Arnoul et Simon Gréban , en avaient soixante mille.

Voici cependant quelques vers de la Passion, de Jean Michel, qui ne manquent ni d'élévation ni de pathétique. Marie supplie son fils d'adoucir ou d'écarter pour lui-même et pour elle quelques-unes des horreurs du Calvaire.

Notre-Dame. Au moins vueillés, de vostre grâce,

Mourir de mort brefve et legiere.

Jésus. Je mourray de mort très amere.

Notre-Dame. Non pas fort villaine et honteuse. Jésus. Mais très fort ignominieuse.

Notre-Dame. Doncques bien loing, s'il est permis. Jésus. Au millieu de tous mes amys.

Notre-Dame. Soit doncques de nuyt, je vous pry. Jésus. Non : en pleine heure de midy.

Notre-Dame. Mourès donc comme les barons. Jésus. Je mourrai entre deux larrons.

Notre-Dame. Que ce soit sur terre et sans voix. Jésus. Ce sera hault pendu en croix...

Notre-Dame. Attendes l'aage de vieillesse. Jésus. En la force de ma jeunesse...

Notre-Dame. Ne soit vostre sanc respandu. Jésus. Je seray tiré et tendu,

Tant qu'on nombrera tous mes os...

Puis perceront piez et mains

Et me feront playes très grandes.

Notre-Dame. A mes maternelles demandes

Ne donnez que responses dures.

Jésus. Acomplir fault les Escriptures.

A côté des Confrères de la Passion, existaient deux autres sociétés rivales : les Clercs de la Basoche et les Enfants Sans- Souci.

Les clercs de la Basoche, ou clercs du Palais (basilica), dont la « société d'amusements communs » remonte à Philippe le Bel, jouaient des moralités et des farces.

Les moralités étaient de petites pièces allégoriques contenant des enseignements utiles. Les plus remarquables sont : ïHîstoire du mauvais riche, — Y Enfant prodigue; — Bien avisé, soutenu par Foi et Raison, est conduit à Bonnefin; — Mal avisé, entraîné par Désespérance, Oysance, Larcin, e!c, est tué par Malefin ; — le Banquet, par Jean de la Chesnaye (fin du xve s.), qui produit toutes sortes de maladies : Lagoutte, Lacolique,

l'Indigestion etc. Ces maladies, attaquent lei convivei de Ban quet : Gourmandi e,Pa e-Temp ,Mange-Tout.Dam< condamne Banquet ô être pendu ; Ladi< I te la sentei

Les farces elai.nl d 1 1 1 1 i j 1 1 < . > I )t bOU lionne.-. , qui

avaient pour but unique d'amuser. La meill< are e I la Baro Maître Patelin, attribuée à un eccl que de Poitiers, Pi»

Blahi m. r I L459-1619).

Farce de l'Avocat Patelin. Patelin est Oïl |-.*« M VI •

sans eau se. Pour se procurer des vêtements, il leurre un riche drapier, qui lui vend à crédit. Tandis que l'a promet de

ne jamais payer, le drapier s'applaudit «l'avoir Burfail Ba : chandise. Ce môme drapier a un berger, Thibaut Agnelet, qui

lui maltraite ses moutons. Accusé par son mailie, le berger s'adresse à M1 Patelin cl le prend pour défenseur. L'avocat lui conseille de contrefaire l'idiot devant ses juges, et de ne répondre à toutes leurs questions que par le cri de ses bétes : Bée! ;

Le pauvre drapier, Guillaume, se trouble en voyant son débiteur, l'avocat Patelin, défendre l'accusé; il ne sait plus s'il réclame du drap ou des moutons. Le juge a beau le ramener au sujet du procès :

Suz, revenons à ces moutons.

Qu'en fut -il?

Guillaume répond :

Il en prit six aulnes...

Thibaut Agnelet est acquitté. Mais le piquant de l'histoire est que, pour ses honoraires, le malheureux avocat ne peut arracher autre chose de son client que des bêlements prolongés!...

Patelin. Maugré bien! Ay-je tant vescu

Qu'un bergier, un mouton vestu,

Un vilain paillard me rigolle!

Le berger. Bée !

Patelin. Heu ! Bée ! L'en me puisse prendre

Si je ne voys faire venir

Un bon sergent! Mesavenir

Lui puisse il s'il ne t'emprisonne * ! Le berger (s'enfuyant). S'il me treuve, je lui pardonne !

* Lui puisse-t-il arriver malheur s'il ne t'emprisonne!

Cette pièce, dit Villrmain, est pleine d'un vrai comique, digne de Molière et de Rabelais. Elle a été remise au théâtre, au xvii0 siècle, par Brueys et Palaprat.

Les Enfants Sans -Souci, jeunes Parisiens pour la plupart1, réunis en société dramatique avec l'autorisation de Charles VI, et dont le chef portait le titre de Prince des sots, exploitèrent de préférence la sotie (de sot, au sens de fou), genre dans lequel dominait le pamphlet politique et la satire des ridicules contemporains.

La satire s'attaquait de préférence aux femmes, aux moines, aux gens d'armes et de justice. C'est ainsi que dans la sotie du Monde et des Abus, on voit paraître Sot dissolu, habillé en gendarme; Sot corrompu, habillé en juge; Sot trompeur, habillé en marchand; Sotte folle, qui représente les femmes. — Le Sot glorieux critique l'économie chère à Louis XII. — Le Jeu du Prince des sots et ï Homme obstiné, par Pierre Gringoire (1480-1547), poète lorrain, défendent la politique de Louis XII contre le pape Jules II , « que rien ne peut désarmer, ni les plaintes de peuple italique et de peuple françois, ni pugnition divine. » — Ce même Gringoire est auteur d'un Mystère de saint Louis et d'autres ouvrages de piété à l'usage des confréries.

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