‹ Précis d'histoire littérairesChapitre 27 sur 137 · I.VI · texte numérisé non relu

I.VI

A\n OT 1513 1803

Ja« Amyot, né à Melun, fui dans aa jeunesse réduit

à servir comme domestique au collège de Navarre. Il s*j ioa* truisit à la dérobée) termina ses étudaa i«u collège de France, entra dans les ordres, enseigna le grec à l'université de Bourges, devint précepteur des fils d'Henri II, grand aumônier de France, et mourut évêque d'Auxerre, aussi pauvre qu'à sa naissance.

Amyot nous a laissé les traductions du roman grec d'IIéliodore Théagène et Chariclée, de Y Histoire de Diodore de Sicile,

des ŒuvréS morales et des Vies des hommes illustres de Plu-

tarque, où Ton trouve tout ce que la langue française, au xvic siècle, avait de plus heureux dans les mots et les tournures.

u Je donne, dit Montaigne, la palme à Jacques Amyot sur tous nos écrivains françois , non seulement pour la naïveté et pureté du langage, en quoi il surpasse tous les autres, ni pour la constance d'un si long travail, ni pour la profondeur de son sçavoir, mais parce qu'il a su trier et choisir un livre, les Vies, si digne et si à propos pour en faire présent à son pays. »

Alexandre dompte bucéphale. (Vies des hommes illustres.)

Un Thessalien ayant amené au roi Philippe le cheval Bucéphale pour le lui vendre, en demandant treize talents4, ils descendirent tous en une belle carrière pour l'essayer et le picquer. U fut trouvé si rebours et si farouche, que les escuyers disoyent que l'on n'en pour-

* Insulter, se ruer. — 2 On, au [à le). — 3 Le bien particulier se perd avec le bien public.

4 70,000 fr. environ de notre monnaie.

roit jamais tirer service, à cause qu'il ne vouloit pas souflrir que Ton montast dessus luy, ni seulement endurer la voix et la parole de pas un des gentilzhommes qui fussent autour de Philippe, mais se dressoit à rencontre d'euli tous. Cela lit que le roy s'en despita , et commanda que l'on le remmenast comme beste vicieuse, sauvage et du tout inutile.

Ainsi eust-on lait, si n'eust été qu'Alexandre, qui estoit présent, dit : i 0 dieux! quel cheval ils rebutent pour ne sçavoir à faute d'adresse et de hardiesse s'en servir! » Philippe, ayant ouy ces paroles, pour la première fuis ne fit pas semblant de rien; mais comme il les alla répétant plusieurs fois entre ses dents autour de luy, montrant d'estre bien fasché de quoy l'on renvoyait le cheval, il luy dit à la fin : « Tu reprens ceux qui ont plus d'aage et d'expérience que toy, comme si tu y entendois quelque chose plus que eulx, et que tu sceusses mieulx comment il faut mener un cheval à la raison qu'ils ne font. » Alexandre lui respondit : « A tout le moins manieroy-je mieulx celuici qu'ils n'ont fait eulx. — Mais aussi, répliqua Philippe, si tu n'en peux venir à bout, quelle amende veux-tu payer pour ta témérité? — Je suis content, répondit Alexandre, de perdre autant comme vault le cheval. » Chacun se prit à rire de ceste response, et fut entre eulx deux la gageure accordée d'une certaine somme d'argent.

Et adonc Alexandre, s'en courant vers le cheval, le prit par la bride, et le retourna la teste vers le soleil, s'estant aperçu, comme je croy, que le cheval ge tourmentoit à cause qu'il voyoit son ombre, laquelle tomboit et se remuoit devant luy à mesure qu'il se mouvoit. Puis, le caressant un peu de la voix et de la main, tant qu'il le vit ronflant et soufflant de courroux, il se soubleva enfin d'un sault léger, monta dessus sans aucun danger, et, luy tenant un peu la bride roide sans le battre ni harasser, le remit gentiment. Quand il remarqua qu'il eut jette tout son feu de despit, et qu'il ne demandoit plus qu'à courir, alors il luy donna carrière à toute bride, en le pressant encore avec une voix plus aspre que son ordinaire et un talonnement de pieds.

Philippe, du commencement, le regarda faire avec une grande destresse, de crainte qu'il ne se fist mal, sans mot dire toutefois. Mais quand il le vit adroitement retourner le cheval au bout de la carrière , tout fier de l'aise d'avoir bien fait, alors tous les assistants jettèrent des cris d'admiration; quant au père, les larmes lui en vinrent aux yeux de joye qu'il en eut. Alexandre estant descendu de cheval, il luy dit, en luy baisant la teste : « 0 mon fils, il te faut chercher un royaume qui soit digne de toy; car la Macédoine ne te sçauroit tenir. »

D! Bl l LAI 1524-1580

JOAGRIM m Bl i i av m;, ci-d , p. '»' 'I i'.'i'itrm du

l'illllliic de l.l Pléiad6 inlituiï' : DéfeaM I t illustration d. I.. langue fruiu ;uis<>.

Dans cet ('nit, remarquable par le style el par le sujet, du Bellay commence par réhabiliter la langue frai Si le

français, dit-il, est plus pauyre que l al le latin,

pas à ion impuissance qu'il Faut l'imputer, mais à l'ignorance de nos devanciers... Puis il Btiïnule les efforts de ses confc porains : o Qu'on no perde pas courage, les langues anciennes

n'ont pas toujours été ce qu'on 1rs vit «lu temps de Démo — thène et de Cicéron. Faisons comme les Romains, ils ont su

enrichir leur langue en imitant les meilleurs auteurs ltpcs; imitons de môme les Grecs et les Lalins... Que Marot plaise aux uns parce qu'il est facile et qu'il ne s'éloigne pas de la commune manière de parler, de telles superstitions ne m'empêchent point d'estimer notre poésie française capable de quelque plus haut et meilleur style que celui dont nous nous sommes si longtemps contentés... »

« C'est ainsi que du Bellay donna en quelque sorte le signal de ce mouvement de retour vers l'antiquité, qui devait êy:e si profitable au développement de notre littérature, à condition d'être réglé et modéré, comme il le fut dans la suite. »

(Alb. Cahen.

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