MONTAIGNE
Michel de Montaigne naquit au château de Montaigne, dans le Périgord. Élevé par son père « en toute douceur et liberté, sans rigueur ni contrainte », il apprit les langues anciennes en se jouant, fit son cours de droit et devint conseiller au parlement de Bordeaux, vers 1554, où il eut pour collègue Etienne de la Boétie , son ami de cœur. Il se démit bientôt de ses fonctions pour se ménager « de studieux loisirs » et pour voyager, car il voulait vivre « non selon les affaires, mais selon lui k Dès lors il ne s'occupa plus que de philosophie et composa ses Essais (1580-1588).
BO précis d'histoire littérairb
Essais.
Le livre des Essais, divisé arbitrairement en trois parti' est un vaste réperloire de souvenirs et de réflexions. Il contient de l'histoire, de la littérature, de la pédagogie, de la politique, le tout noté au hasard, sans plan ni méthode. C'est l'œuvre d'un esprit capricieux et versatile. Cependant Montaigne a un but : peindre la nature humaine, tout en ayant l'air de ne peindre que lui-même. « C'est icy , dit-il dans son Avertissement, un livre de bonne foy... Je l'ay voué à la commodité particulière de mes parents et amis; à ce que, m'ayant perdu, ils puissent retrouver quelques traits de mes conditions et humeurs... Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans étude et artifice, car c'est moi que je peinds. »
11 nous y apprend qu'il n'est ni menteur, ni avare, ni défiant, ni dissimulé, ni soupçonneux, ni fanatique, ni cruel; mais qu'il aime les plaisirs, les distractions, les voyages, qui « ne blessent que par la dépense » ; que la louange « lui fait toujours plaisir de qui et pourquoy elle vienne », qu'il ne cherche qu'à « s'anonchalir », qu'il n'est rien « pourquoy il se veuille rompre la teste, pas même pour la science, de quelque grand prix qu'elle soit » ; qu'il s'inquiète moins « d'avoir des opinions vigoureuses et doctes, que de les avoir aisées et commodes à la vie » ; qu'il n'aime pas le collège, cette « geôle de jeunesse captive », d'où l'écolier revient, après quinze ou seize ans, plus sot et plus présomptueux qu'il n'était parti de la maison; qu'il n'a jamais vu d'autre effet aux verges, sinon de rendre les âmes plus lâches ou plus malicieusement opiniâtres, que « sçavoir par cœur n'est pas sçavoir, et cependant nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides » ; qu'il faut former à la fois tout l'homme, l'âme et le corps; « endurcir l'enfant à la sueur et au froid, au vent et au soleil, luy oster toute mollesse et délicatesse au vestir et au coucher, au manger et boire; que ce ne soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon fort et vigoureux, etc. d
Jugement sur Montaigne. — Ces quelques citations suffisent
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comme il e i un éch mtillon de I coup la peinture de l'humaine condition
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simplement le doute qu'exciteni par moments, dai ■ de 1 >< > 1 1 1 1 < - foy , la considération de la faiblesse humaine et la contradiction des jugements. Il cta toujoui
religieuses, el sa mort fui chrétienne. Je me contredis bien à l'aventure, a- 1 -il dit; mais la vérité, je ne la contredis point... Ainsi me suis-je, par la grâce de Dieu, conservé entii agitation el sans trouble de conscience, aux anciennes créan de ma religion, & La meilleure partie de son livre est celle qui traite de l'éducation. Mais sa méthode, comme celle de Rai eli n'est guère applicable qu'à une éducation purement aristocratique; les maîtres de l'enseignement public peuvent néanmoins y puiser quelques préceptes excellents.
Son style laisse à désirer sous le rapport de la pureté, de la précision , de la noblesse ; mais il est simple , naturel , original , tout émaillé d'images et d'allégories. « Montaigne n'a point de supérieur dans l'art de peindre par la parole. » (Villemain.
de l'éducation. (Fragment.)
A un enfant de maison , qui recherche les lettres, je voudrais qu'on fust soigneux de lui choisir un conducteur, qui eust plustot la teste bien laicle que bien pleine, et qu'on y requist tous les deux, mais plus les mœurs et l'entendement que la science. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verseroit dans un entonnoir; et nostre charge, ce n'est que de redire ce qu'on nous a dict : je voudrois qu'il corrigeas! ceste partie, et que, de belle arrivée1, selon la portée de l'ame qu'il a en main, il commenceast à la mestre sur la montre2, lui taisant gouster les choses, les choisir et discerner d'elle mesme, quelquefois luy ouvrant le chemin , quelquefois le luy laissant ouvrir.
i De belle arrivée , tout d'abord. — 2 La mettre en évidence.
Je ne veux pas qu'il invente et parle seul, je ne veux pas qu'il escoute Bon disciple parler à son tour. 11 est bon qu'il le face trotter devant luy pour juger de son train, et juger jusques à quel point il B6 doit ravaler pour s'accommoder à sa force...
A la mode de quoy nous sommes instruicts, il n'e-t pas merveille, si ny les escoliere ny les maislres n'en deviennent pas plus habiles, quoy qu'ils s'y facent plus doctes. De vray le soin et la desptnse de Dos pères ne vise qu'à nous meubler la teste de science: du jugement et de la vertu, peu de nouvelles.
Nous ne travaillons qu'à remplir la ^mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vuide... A quoy faire la science, si l'entendement n'y est? 11 ne fault pas attacher le savoir à l'ame, il l'y fault incorporer; il ne l'en fault pas arroser, il l'en fault teindre; et, s'il ne la change et meliore son estât imparfaict, certainement il vault beaucoup.mieux le laisser là; c'est un dangereux glaive, et qui empesche et oflanse son maistre, s'il est en main foible et qui n'en sache l'usage. Les boiteux sont mal propres aux exercices du corps, et aux exercices de l'esprit les âmes boiteuses.
Satire Ménippée (1593-1594).
Sujet. — La Satire Ménippée est un pamphlet politique en faveur d'Henri IV. Cet ouvrage, mêlé de prose et de vers, à l'imitation des salires du poète grec Ménippe (ive siècle av. J.-C), parodie les états de la Ligue, convoqués à Paris, le 10 février 1593, pour élire un roi, et fait dévoiler par les ligueurs eux-mêmes ce qu'ils auraient le plus d'intérêt à passer sous silence.
Les auteurs, au nombre de sept, sont : Pierre Pithou, savant magistrat de Troyes; Pierre Leroy, chanoine de Rouen; Nicolas Rapin, avocat au parlement de Paris; Florent Chrestien , ancien précepteur de Henri IV; Jean Passerat, professeur au Collège de France; Gilbert Durand, avocat au parlement de Paris, et Jacques Gillot, conseil er au parlement de Paris.
Résumé. — La Satire Ménippée se divise en deux parties : 1° La vente du catholicon d'Espagne et de Lorraine En attendant l'arrivée des députés, deux charlatans, l'un espagnol, l'autre lorrain, s'installent dans la cour du Louvre et débitent leur catholicon, espèce do drogue merveilleuse avec laquelle on peut être, en sûreté de conscience, déloyal, traître, assassin, etc. — D'où l'on peut inférer que les partis de Mayenne
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h d« Philippe II exploitaient la religi m pour enrir leui réti parliculiei
-2n i.<t $éance d'ouverture dé riais de la TAgue* On y roi! paraître lee députés dei trois ordres, ainsi que les agenti l'Espagne, <!<• l'Italie el de la Lorraine, qui prennent sua lirement la parole <•! dévoilent, comme malgré eux, h lions perfides de Philippe il el ls ambitieuses du doc
Guise. Ls séance se termine par la harangue de d'Aubray, leur du Herê état* ('e vrai patriote réfute tous les sophismes de ses adversaires el démasque leur hypocrisie.
Appréciation. — « La Ménippée n'abattit pas la Ligue, elle
la trouva par terre; mais elle l'ensevelit dans le ridicule fut bien véritablement une œuvre de parti , pleine de la partialité, de l'injustice d'appréciation qui accompagne de pareilles œuvres; mais ce fut l'œuvre d'un parti sensé, national, appelé au pouvoir par toutes les nécessités des temps modernes. La Ménippée coupa en deux la pensée de la Ligue, n'en comprit pas l'inspiration fondamentale, et ne s'attacha qu'à ses accessoires ridicules ou odieux. Il y avait quelque chose de grand et de respectable dans l'insurrection d'un peuple qui s'unissait par serment pour maintenir l'unité de croyance, à la fin d'une époque où la foi religieuse avait été le seul lien de la civilisation. Mais à cette noble idée s'était joint un impur alliage d'intérêts et d'ambitions personnels. Les Guise et Philippe II se servaient de l'enthousiasme populaire comme d'un instrument de domination. La Satire Ménippée ne vit que ce qui frappe le plus les contemporains, les vices et les petitesses des hommes; elle déchira, sans l'apercevoir, l'idée qui leur servait de drapeau ; elle fut le dernier coup porté par l'esprit moderne, par l'esprit politique, à l'esprit du moyen âge, qu'elle méconnut et défigura. » (Demogeot.)