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ORIGINES DE LA LANGUE FRANÇAISE

Langue celtique. — Le plus connu des idiomes qui se parlaient dans la Gaule, avant la conquête de Jules César (58-51 av. J.-C), était le gaulois ou celtique, dont les restes se sont conservés jusqu'à nos jours dans la Bretagne, l'Irlande, l'Ecosse et le pays de Galles.

Nous ne possédons aucun monument écrit de ces littératures primitives, qui se réduisaient peut-être à des hymnes religieux à l'usage des druides, et à des élégies guerrières ou patriotiques chantées par les bardes.

Introduction de la langue latine dans la Gaule. — Maîtres de

la Gaule, les Romains lui imposèrent leur administration, leur religion et même leur langue, qui ne tarda pas à remplacer le celtique.

Mais, tandis que le peuple parlait le latin vulgaire (importé par les soldats, les marchands et les colons romains), les hautes classes , poussées par le goût des lettres ou par l'ambi-

PRÉCIS D'HISTOIRE L1TTKKAIRE

iion, étudiaient le latin classique et s'exerçaient ;« l'éloquence dans les écoles de Nîmes, d'Autun, de Bordeaux, de Lyon, de Toulouse, de Besançon, de Poitiers, de Reims, etc., que les vainqueurs avaient fondées, et d'où sortirent bientôt des poètes, des philosophes, des rhéteurs et des avocats distingués. Citons entre autres :

Varron de Naubonne (icr siècle av. J.-C), auteur d'un poème épique en trois chants sur la Guerre avec les Séquanicns ;

Domitils Afer de Nîmes (ier siècle), qui brilla au barreau de Rome et eut la gloire de former Quintilien ;

Ausone de Bordeaux (ive siècle), orateur et poète célèbre, à qui l'empereur Valentinien confia l'éducation de son fils Gratien ;

Saint Paulin (iv° siècle), évoque de Noie, né à Bordeaux, disciple du précédent, auteur de poésies religieuses, de lettres, de discours et d'une Histoire du martyre de saint Genès d'Arles;

Saint Hilaire (ivc siècle), évoque de Poitiers, sa ville natale, docteur de l'Église, puissant orateur et grand écrivain. Nous avons de lui un traité de la Trinité, des Commentaires sur l'Écriture sainte, et trois Lettres à l'empereur Constance;

Saint Sulpice Sévère (ive siècle), né en Aquitaine, jouissait au barreau d'une grande réputation lorsqu'il entra dans les ordres sacrés. On lui doit une Vie de saint Martin, des Dialogues et des Lettres.

Depuis quatre siècles la Gaule vivait, de gré ou de force, sous la domination romaine, lorsqu'elle fut envahie tout à coup, au ve siècle, par les races indo-germaniques : les Vandales, les Suèves , les Alains, les Burg ondes, les Wisigoths, qui dévastèrent les campagnes, saccagèrent les villes, dispersèrent les maîtres et livrèrent aux flammes les écoles et les bibliothèques.

Cependant la langue latine prévalut par sa supériorité même et par l'influence de l'Église, qui s'en servait en Occident1. Les évêques, justifiant les beaux titres de conseillers ou de protecteurs que la reconnaissance leur avait donnés, sauvèrent les lettres et la civilisation d'une ruine totale; ils fondèrent de nouvelles écoles, les écoles épiscopales , où se réfugia le latin classique, et défendirent avec courage les droits de la religion et de l'humanité. Les moines leur prêtèrent main -forte pour

i C'est une loi à peu près constante que, lorsque deux peuples sont en présence, le plus civilisé des deux, fût -il vaincu, impose à l'autre ses mœurs et sa

angue.

LANO! i. RO

lutter contre la dépravation du vieux monde romain, et ; convertir el civiliser lei Farouche* conquérant ; il ouvrirent au peuple les écoles monoêtiqueê, défrichèrent ! données, copièrent i<i< manuscrits des auteurs anciens, el i Bigoôrent dans i«'s registres <!<• leurs abbayes les actions mémorables dont ilsétaient les témoin* et qu'aucun laïque i ;eait à rédiger : o Le clergé Beul, «lit M. Guisot, conflant mi croyances et investi <!<• quelque foire, continua de mettre un grand prix à ses souvenirs, a ses e pérances; et comme seul il avait des pensées qui ne se renfermaient pas dans le présent, seul il prit plaisir a raconter à d'autres générati ms ce q passait sous ses yeux, o (Mém* rel. à l'IIist. de R

C'est en effet dans les rangs du clergé que nous trouvons :

Grégoire de Tours fvi* siècle), notre premier historien national, auteur de r Histoire des Franks, sans laquelle noua ne saurions que Tort peu de choies sur nos premiers rois ;

Frèdégaihe (vii° siècle), qui continua, jusqu'en 641 j l'œuvre de Grégoire de Tours ;

Eginhard (i\° siècle), secrétaire de Charlemagne, auteur de la Vie du grand empereur ;

Abbon (ix° siècle), moine de Saint-Germain-des-Prés, qui a raconté dans un poème le siège de Paris par les Normands *.

Irc ÉPOQUE : MOYEN AGE

( Du v° siècle jusqu'au xvi°.)

Langue romane. — Après les invasions des Germains, le latin vulgaire, déjà modifié par les Gaulois et devenu le gallo-romain, continua d'être en usage, mais il fut encore plus profondément altéré par l'introduction de l'élément tudesque; aussi ne tardat-il pas à se transformer en une langue nouvelle, rude et grossière, appelée depuis langue romane*.

i Le latin vulgaire resta, jusqu'au xvi° siècle, la langue des actes administratifs les plus importants : chartes, ordonnances royales, etc. L'usage en fut proscrit définitivement, en 1539, par François I«r.

2 Les langues romanes ou néo- latines sont : le français, l'italien, l'espagnol, le portugais et le valaque ou roumain.

L'existence de cette langue est attestée dès le vu0 siècle; mais elle ne fait en quelque sorte son apparition officielle qu'au ix° siècle, dans Pacte public connu sous le nom de Serment de Strasbourg, — serment prêté en 842, par Louis le Germanique, à Charles le Chauve, son frère. Voici ce curieux monument, tel que nous l'a transmis Nithard (790-858), historien de Charles le Chauve :

Serment de Strasbourg.

Texte en langue romane.

Pro Deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament, dist di en avan, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai es, cist meon fradre Karlo et in adjudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradre salvar dist, in o quid il mi altresi fazet ; et ab Ludher nul plaid numquam prindrai, qui meom vol, cist meon fradre Karles in damno sit.

Traduction.

Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre commun salut, de ce jour en avant, en tant que Dieu me donnera de devoir et de pouvoir, je soutiendrai mon frère Charles, ici présent, par aide et en toute chose, comme il est juste qu'on soutienne son frère, tant qu'il fera de même pour moi; et jamais avec Lothaire je ne ferai aucun accord qui, par ma volonté, soit au détriment de mon frère Charles.

Le plus ancien morceau de poésie que nous possédions, en langue romane, date du xe siècle : c'est la Cantilène de sainte Eulalie, naïve pièce de vingt-neuf vers où, pour la première fois, on trouve les deux articles. Elle célèbre le martyre de cette jeune vierge de douze ans, brûlée vive à Mérida (Espagne), sous Maximien. En voici le début :

Buona pulcella fut Eulalia, Bel avret corps, bellezour anima.

Voldrent la veintre li Deo inimi,

Voldrent la faire diaule servir.

Elle n'out eskoltet les mais conseillers, Qu'elle Deo raneiet chi maent sus [en ciel...

Bonne jeune fille fut Eulalie;

Bel avait corps, plus belle âme.

Voulurent la vaincre les ennemis

[de Dieu,

Voulurent la faire servir le diable.

Elle n'eût écouté les mauvais

[conseillers

Pour renier Dieu qui demeure

[là-haut dans le ciel...

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Langue d'Oc et langue d'Oïl. — La lanffUê nnn"m\ ' If

du système féodal, subit A son tour des modification local* profondes, qu'à la Bo du w1 siècle il y avait en France i

autant de dialectes différents que de provinces. Ou le i;un

à deux langues principales : la langue d'oc (oc = oui) et la langue d'oil (oïl = oui l. — La première comprenail les dialectes

parles au sud do la Loire : le gaêoon, le limousin, le lang docien et le provençal; — la seconde, les dialectes parlés an

nord de la Loue: le nation, le normand, le picard, le bourguignon et celui de l'Ile-de-France, le français, qui, par suite de la prépondérance politique de cette province, supplanta peu à peu tous les autres et devint, au xiv° siècle, la langue commune du royaume.

En se divisant ainsi, la langue romane donna naissance à deux littératures distinctes, qui eurent chacune leurs caractères particuliers : la littérature de la langue d'oc ou provençale et la littérature de la langue d'oïl ouivallonne (wallon, c'est-à-dire gaulois).

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