‹ Précis d'histoire littérairesChapitre 63 sur 137 · Acte IV. — Assassinat de don Gusman. Alvarez supplie son · texte numérisé non relu

Acte IV. — Assassinat de don Gusman. Alvarez supplie son

fils de faire grâce à Zamore. Don Gusman suspendra seulement sa colère, c'est tout ce qu'il accorde. Mis en liberté par Alzire, qui lui conseille de sauver sa vie par la fuite, Zamore se rend au palais et assassine don Gusman.

Acte V. — Don Gusman pardonne à celui qui l'a frappé. Le conseil condamne à mort Zamore et Alzire. Alvarez, chargé d'exécuter la sentence, offre le pardon à Zamore s'il veut se faire chrétien. Zamore préfère mourir. On apporte don Gusman. Il vient pardonner à son meurtrier.

Appréciation. — Celte pièce est une des meilleures du théâtre de Voltaire, quoique les incidents n'y soient pas toujours vraisemblables. Zamore personnifie le sauvage encore libre; Montèze, le sauvage dompté; Alvarez, la douce charité du chrétien; don Gusman, l'orgueil insolent du vainqueur et les triomphes de la foi.

Scènes prinxipales. — Alvarez rend la liberté à Zamore (acte II, scène n). Héroïsme de Gusman (acte V, scène vin).

Mérope (1743).

Sujet. — Le sujet de la tragédie de Mérope est le triomphe de l'amour maternel. Le roi de Messénie a été assassiné. Son fils le venge en tuant le meurtrier.

Euripide et le poète italien Maftei avaient traité le môme sujet. Voltaire a beaucoup emprunté au dernier.

Personnages. — Mérope, veuve de Cresphonte, roi de Messénie, et leur fila Égisthe; Polyphonie, assassin de Cresphonte, tyran de Ifes- Bène; Narbas, serviteur de Cresphonte, etc. — La scène est à Messène (Péloponèse).

Résumé. — Acte Ier. — Polyphonte aspire an trône. Une confidente conseille à Mérope de faire valoir ses droits à la couronne, mais la reine ne soupire qu'après le retour du fils que Narbas a sauvé du massacre. Polyphonte, qui a su cacher son crime pendant quinze ans, aspire au trône; les vœux du peuple l'y appellent. Pour légitimer son usurpation, il demande la main de Mérope. Celle-ci refuse et revendique les droits de son fils. Polyphonte envoie des assassins à la recherche d'Égisthe.

Acte IL— Le prétendu meurtrier d'Égisthe. Un jeune homme, accusé de meurtre, est amené au palais. Mérope, qui craint pour son (ils, veut voir le prévenu et l'interroger elle-même. Il répond avec tant de candeur et de sincérité, qu'elle n'a pas le courage de le condamner. Cependant le bruit court qu'Égisthe est mort, et que l'assassin n'est autre que ce jeune étranger. En preuve, on apporte l'armure de la victime. Désespoir de la reine.

Acte III. — Mérope s'arme d'un poignard. Heureusement Narbas arrive à point pour arrêter le bras de cette mère infortunée, qui, tout en croyant venger Égisthe, allait l'immoler; il lui faire connaître le vrai meurtrier de Cresphonte.

Acte IV. — La mère se trahit. Polyphonte s'étonne que l'accusé vive encore. Craignant que Mérope n'ait pénétré le mystère, il ordonne aussitôt à ses gardes de frapper le jeune étranger. Mérope ne peut plus se contenir : « Barbares, leur crie-t-elle, il est mon fils! »

Acte V. — Égisthe venge son père et affranchit sa mère. Pour sauver son fils, l'infortunée Mérope consent à épouser l'assassin de son époux. Egislhe vient en aide à sa mère; le jour du mariage, il se rend au temple, et, avec la hache du sacrificateur, abat Polyphonte au pied de l'autel. La foule, après un moment d'hésitation, acclame le fils de ses rois.

mi ri D! t\ III lèCtl

Appréciation. On l'accorde génêralemenl t pièce , dont l'amour materne] fail loul Vinli i tme le i

d'oeuvre de Voltaii i piranl de plutôt que de

goûl frelaté et efféminé Introduit parmi non 11 i i u

de ne pas altérer le caractère de Mérope, en mélanl à la I : maternelle des affection qui lui lont éti ! lant

au style, peu s'en faul qu'il ne boîI au ette

pièce que dans les trois œuvres qui précèdi nt. i d criti |ue compté vingt-deux fois le mol tyran, quatorze fois le mol monstre, affreux el triste huil fois, horrible, j ictitne,

encore davantage. ■■ On trouve dai tragédies des'exemples

de toutes les qualités du style, force, douceur, délicat coloris poétique. On y cherche un style, a [Hist. de la littérature franc,)

Principaux caractères. — Mérope n'est pas le type parfail 'Ifla more; cependant elle en a les traits essentiels; son amour est vrai, naturel, héroïque même, dans la scène où elle dispute la vie de ce fils à la fureur du tyran , à qui elle ose dire :

Je suis mère. Hélas! mon amour m'a trahie... Tu peux, si tu le veux, nr accuser d'imposture; Ce n'est pas aux tyrans à sentir la nature. Ton cœur nourri de sang n'en peut être frappé. Oui, c'est mon fils, te dis-je, au carnage échappé.

Mais il est invraisemblable que, de sang -froid, une femme ose égorger même le meurtrier de son fils.

Égisthe soutient noblement sa double fortune; il ne s'abaisse pas à implorer la protection de Polyphonte , et ne le remercie pas de lui avoir épargné la vie.

Polyphonte est un traître et un ambitieux. Il a réussi à tromper le peuple par de belles paroles et l'expression de sentiments affectés; mais on s'explique difficilement que, depuis quinze ans , il ait passé aux yeux de tous pour le vengeur de ses propres victimes.

Scènes principales. — A la vue du tyran, Mérope dissimule (acte Ier. scène ni). Interrogatoire du meurtrier (acte II, scène n). Polyphonte presse Mérope d'immoler Égisthe (acte IV, scène n).

i Voltaire. Lettre au prince royal de Prusse ^ 1732 .

202 PRÂCI8 n'iIISTOIRE LITTÉRAIRE

Remarques sur le théâtre de Voltaire. — u Gomme on doit s'y attendre, l'influence de la philosophie contemporaii" domine sur le théâtre de Voltaire; non seulement elle y jette ces tirades déclamatoires, ces vers à efFet, applaudis au \viu° siècle et froids aujourd'hui comme des brûlots éteint-, niais encore elle pousse de plus en plus sur la pente où glissait déjà la tragédie française; elle le précipite dans l'abstraction. L'histoire, la couleur locale, les caractères individuels, s'elfacent de plus en plus et laissent la scène à une intrigue idéale qui s'agite dans le vide, comme un problème de mathématiques attendant sa solution. L'abstraction, qui est le vice de la philosophie et de la politique du xvmc siècle, éclate également dans son théâtre. Ses personnages sont des situations, tout au plus des caractères, presque jamais des hommes. » (J. Demogeot.

« Chez Corneille et Racine, le devoir et la passion avaient lutté et vaincu tour à tour, selon le point de vue particulier du poète; et l'un et l'autre spectacle avait eu son enseignement moral. Voltaire cessa de mettre la passion aux prises avec le devoir; il la peignit, le plus souvent du moins, en elle-même, et ne chercha d'autre effet que d'émouvoir... Le principe mora', triomphant dans Corneille, combattu par la passion dans Ra ine, apparut à peine sur le théâtre de Voltaire; de telle sorte que la tragédie française a été moins morale à mesure qu'elle est devenue plus pathétique. » (A. Henry.)

Page 1