‹ Précis d'histoire littérairesChapitre 62 sur 137 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE

François -Marie Aroueî db Voltaire, né à Paris, fit études au collège Louis- le -Grand, dirigé par les jésuites. Leur éducation fut impuissante à corriger cet!»' nature déjà pervertie par les mauvaises lectures et la fréquentation d'une société d'épicuriens où Pavait introduit L'abbé de Ch&teauneuf, son parrain. Du collège, 1»' jeune Arouet passa aux écoles de droit; mais son goût pour les vers le ramena bientôt à la culture des lettres. Enfermé à la Bastille en 1717, pour une satire contre le Régent, il en sortit bientôt et reçut de ce prince une gratification de mille écus. C'est alors que, « pour tromper le destin , » il prit le nom de Voltaire ', et qu'il publia sa tragédie d\Œdipe (1718). Une dispute avec le duc de Rohan lui valut encore six mois de séjour à la Bastille (1726). Rendu à la liberté, il passa en Angleterre, mettant à profit les trois années qu'il y resta pour étudier la littérature anglaise et accroître sa fortune par des spéculations commerciales. Il revint en France, en 1729, avec la Henriade imprimée, les matériaux de son Histoire de Charles XII et le plan de plusieurs tragédies. A partir de cette époque, on le trouve successivement à Paris, à Cirey, en Champagne, chez Mme du Châfelet; à la cour de Versailles, avec le titre de gentilhomme ordinaire et d'historiographe du roi, et à Potsdam, en qualité de chambellan de Frédéric II (1750-1753). S'étant brouillé avec le roi poète, il rentra en France et se fixa définitivement à Ferney, sur la frontière suisse (1758-1778). C'est de là qu'il dirigea la campagne des philosophes contre le catholicisme, et qu'il lança pendant vingt ans, dans toute l'Europe, ses productions les plus immorales

1 Anagramme de Arouet le Jeune [Arouet l. J. — u — v . j — i' . u J'ai été, disait -il, trop malheureux sous mon véritable nom; je veux savoir si celui-ci me réussira mieux, u

et les plus antireligieuses. Il se rendit à Paris, en 1778, pour assister à la représentation à'Irène, une de ses dernières pièces, et y mourut trois mois après son arrivée, < abandonné de Dieu et des hommes, » ainsi qu'il le criait dans la terreur de son désespoir : c'est le témoignage du duc de Richelieu et de Tronchin, son médecin ordinaire '.

Œuvres. — Les principaux ouvrages de Voltaire sont le poème de la Hertriade (1728), les tragédies d'Œdipe (1718), de Brutus (1730), de Zaïre (1732), de la Mort de César (1732), à'Alzire (1736), de Mahomet (1742), de Merope (1743), la comédie de Nanine (1749), l'Histoire de Charles XII (1730), le Siècle de Louis XIV (1751), V Essai sur les Mœurs et l'Esprit des nations (1756), le Temple du Goût et des Lettres.

Jugements sur Voltaire. — « Voltaire a tenté tous les genres de littérature. Comme tragique, il s'est placé au-dessous de Corneille et de Racine; dans l'épopée, il tient chez nous le premier rang, bien en deçà de Virgile et de l'Arioste, qu'il a pris pour modèles; inégal dans la satire, il a plus de vivacité et moins de correction que Boileau; il rampe dans l'ode, grimace dans la comédie; ses épîtres et ses discours de morale sont d'un poète. » (Gérusez.)

« Son incrédulité l'a empêché d'atteindre à la hauteur où l'appelait la nature, et ses ouvrages, excepté ses poésies fugitives, sont demeurés au-dessous de son véritable talent: exemple qui doit à jamais effrayer quiconque suit la carrière des lettres. Voltaire n'a flotté parmi tant d'erreurs, tant d'inégalités de style et de jugement, que parce qu'il a manqué du grand contrepoids de la religion; il a prouvé que des mœurs graves et une pensée pieuse sont encore plus nécessaires dans le commerce des muses qu'un beau génie. » (Chateaubriand.)

Que dire de tant d'œuvres obscènes, de tant de productions scandaleuses qui sont tombées de sa plume; de son oubli des

i Les adeptes de la philosophie: d'Alembert, Diderot, Marmontel, qui avaient empêché l'abbé Gauthier et M. de Tersac , curé de Saint- Sulpice, de voir le malade et de lui offrir leurs services, emportèrent son cadavre la nuit, dans une chaise de posle, et le conduisirent à l'abbaye de Scellière, dont M. Mignot, son neveu , était commandataire. Ils y annoncèrent que leur chef était mort en chemin, d'une manière très chrétienne. Le prieur, ainsi trompé, procéda à l'enterrement» avant d'avoir reçu la défense de l'évêque de Troyes, informé de cette manœuvre.

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deyoirf patriotiques, dam ce i léshonoi inoe

d'Arc, el cette lettre t Frédéric II, pour le féliciter de rictoires sur le Françai ; de son méprit pour |< rieuree de la Bociété i I liile ne méi

iniik; - do hui .-«siurr, alori que, faisant la traite il Be posait en défenseur de quelques victime de regrettai erreurs judiciaires; de sa jalousie contre l< de lettre

o II les a tous déchirés de sa griffe cruelle, remarque M. Pretté; de sa sordide avarice : L'amour de l'argent vous tourme Lui écrivait Mm Denis, sa nièce, en 1784; ne me forcez pe vous haïr. Vous êtes le dernier des hommes par le cœur; d< haine Batanique contre h* christianisme : Kcrasons l'infftm< no cessait-il de répéter à ses amis.

Bref, il y a dans sa vie des taches qui ne s'effaceront pas, comme dans ses écrits des torts que ses séductions ne sauraient faire oublier. Sainte-Beuve a dit de lui : « Je le comparerais volontiers à ces arbres dont il faut choisir les fruits, mais craignez de vous asseoir sous leur ombre. »

La Heni'iarii» (1728).

Suj

mencé par chants.

iet. — Le sujet de ce poème est le siège de Paris, comê par Henri III et achevé par Henri IV. Il se divise en dix

Les héros. — Les héros de la Hcnriade sont : les deux Henri (Henri 111 et Henri IV); Philippe de Mornay, financier de Henri de Navarre; Mayenne; d'Aumale, gouverneur de Paris; Potier, président du parlement; Jacques Clément: les reines Catherine de Médicis et Elisabeth d'Angleterre. — Sully est oublié.

Résumé. — Ier Chant. — Henri Ht fait le siège de Paris; il envoie secrètement Henri de Bourbon demander du secours à la reine d'Angleterre. Le héros essuie une tempête. Il relâche dans une île, où un vieillard lui prédit sa conversion et son avènement au trône.

IIe Chant. — Henri de Bourbon raconte à la reine Elisabeth l'histoire des malheurs de la France; il remonte à leur origine et entre dans le détail des massacres de la Saint- Barthélémy.

IIIe Chant. — Le héros continue l'histoire des guerres ci-

viles. Mort de Charles IX. Règne d'Henri III. Bataille de ( '.outras. Meurtre de Guis»; Situation critique d'Henri III. Mayenne est le chef de la Ligue. Secours que promet la reine

Elisabeth.

IVe Chant. — Le héros revient d'Angleterre, bat d'Aumale et fait changer la fortune. La Discorde vole à Rome pour y Chercher du secours. Elle y trouve la Politique, revient avec elle, et anime les Seize contre le parlement.

\ "" Chant. — Le siège continue. La Discorde excite Jacques Clément. Le Fanatisme conduit ce parricide. Sacrifice des ligueurs aux esprits infernaux. Henri III est assassiné. Henri IV est reconnu roi par l'armée.

VIe Chant. — Les états de la ligue s'assemblent pour choisir un roi. Henri IV livre un assaut; les états se séparent. Apparition de saint Louis à Henri IV.

VIIe Chant. — Saint Louis transporte Henri IV au ciel et aux enfers, et lui fait voir dans le palais des Destins sa postérité et les grands hommes que la France doit produire.

VIIIe Chant. — Le roi d'Espagne envoie au secours de Mayenne. Bataille d'Ivry.

IXe Chant. — La Discorde met tout en œuvre pour amollir le courage d'Henri IV. Mornay lui rappelle son devoir.

Xe Chant. — Henri IV recommence le siège. La famine désole la ville. Le roi nourrit lui-même les assiégés. Le Ciel récomnense enfin ses vertus. Paris lui ouvre ses portes.

Appréciation. — La Hénriade, dont le plan rappelle celui de VÉnéide, est moins une épopée qu'une œuvre philosophique et satirique; on y trouve toutes les humeurs, toutes les rancunes de Voltaire, qui vise bien plus à flétrir la ligue qu'à glorifier Henri IV. « Avec cette duplicité d'intention, dit M. Gérusez, nous n'avons ni unité d'action ni unité d'intérêt. A défaut d'ensemble, il faut donc nous contenter de morceaux brillants... Mais les beaux vers, si nombreux qu'ils soient, ne suffisent pas pour consommer un poème épique. Il faut une pensée unique et féconde, une intention droite, une foi sincère, le goût du merveilleux, le sentiment profond de la grandeur humaine et des

beautés de ta nature. Une épopée es! un faon de. La Henriach rfesl «loue Qa9 une i

Zaïre ( I7:rj)

Sujet. — Le sujel deceiie tragédie i I un souvenu es ; une jeune chrétienne, sur l<- point d'ép >user un musulman, retrouvé son pore et son frère qui la supplienl de i l«> baptême. Celle pièce est une imitation de VOthello de Sh; Bpearc.

Persop - Orosmane , soudao de Jérusalem, prétendant de

Zaïre; Lusignan, prince <lu Bang des rois de Jérusalem; -a HUe / èl bob (ils Nérestan, baptifs tous les trois du conquérant Saladin; Chatxllon, chevalier français; Fatime, enclave du soudan, etc. — La scène est à Jérusalem.

Résumé. — Acte Ier. — Mise en liberté de cent prisonni Zaïre fait confidence à Fatime de son futur mariage avec le soudan. Fatime lui rappelle qu'elle est chrétienne. Xérestan. qui avait obtenu la permission d'aller en France chercher sa rançon et celle de dix prisonniers, est de retour: il demande à Orosmane la liberté de Zaïre, de Fatime et de dix chevaliers. Le soudan, touché de tant de générosité, lui en accorde cent; mais ni Zaïre ni Lusignan ne seront du nombre.

Acte IL — Lusignan reconnaît ses enfants. Zaïre veut donner à Xérestan un témoignage de sa reconnaissance; elle obtient d'Orosmane la délivrance de Lusignan. Mis en liberté, celui-ci reconnaît ses enfants; Zaïre a une croix qu'elle a conservée, Nérestan a la cicatrice d'une blessure. Sa douleur est grande quand il apprend que sa fille est musulmane. Zaïre se jette au cou de son père et lui promet de se faire chrétienne.

Acte III. — Zaïre n'épousera pas Orosmane. Xérestan va trouver sa sœur, lui annonce la mort de Lusignan, et lui conseille de se faire baptiser sans retard. Elle y consent, et jure de ne point épouser Orosmane. Bientôt celui-ci vient la prendre pour la conduire à la mosquée; elle demande un délai et s'enfuit.

Acte IV. — Terrible situation de Zaïre. Orosmane rencontre Zaïre et lui accorde un délai d'un jour. Sur ces entrefaites,

Nérestan écrit à sa sœur de sortir par une porte secrète et de se sauver. Orosmane, qui a vu le billet de Nérestan, ne doute plus que ce chrétien ne soit un rival. Les mesures sont prises pour l'arrêter.

Acte V. — Fin tragique de Zaïre et d'Orosmane. A la faveur des ténèbres, Zaïre se rend à l'endroit convenu et appelle son frère. Survient Orosmane, qui poignarde Zaïre. Nérestan est traîné auprès du cadavre de Zaïre. « Ah! ma sœur! » s'écrie Tinfortuné frère. Orosmane reconnaît son erreur et se tue de désespoir.

Appréciation. — « Les caractères de Lusignan et de Nérestan sont des créations poétiques d'une beauté naturelle et profondément touchante. Zaïre et Orosmane manquent de couleur locale : aux sentiments qu'ils expriment, on croirait qu'ils ont fréquenté les salons du xvui0 siècle. De plus, ce sultan, si généreux, si tendre, passe en un moment au dernier transport de la fureur sur la foi d'un billet, sur un soupçon qu'il n'éclaircit pas. »

Scènes principales. — Lusignan est rendu à la liberté (acte II . scène m). Nérestan obtient la permission de voir sa sœur (acte 111, scène iv).

Alzire (1736). l^rj^y

Sujet. — La tragédie (VAlzire est toute d'invention. L'auteur, se reportant à l'époque de la conquête du Pérou, met en contraste les Espagnols civilisés et les Américains sauvages; il oppose un idolâtre que la vengeance pousse au crime à un chrétien qui meurt et qui pardonne. — En dépit de ses préjugés, Voltaire rend ici un hommage sincère au christianisme.

Personnages. — Don Gusman, gouverneur du Pérou, et son père Alvarez; Zamore, chef péruvien ; Montèze, autre chef péruvien, et sa fille Alzire, devenue chrétienne, etc. — La scène est à Lima.

Résumé. — Acte Ier. — Don Gusman demande la main d9 Alzire. En cédant le pouvoir à don Gusman son fils, le vieil Alvarez lui demande la liberté des esclaves arrêtés la veille sous les murs de la ville. Don Gusman ne peut refuser; mais, en retour, il prie son père de lui obtenir la main d'Alzire, fille de

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Montêze. Alzire déclare qu'elle e I (lancée à Zamore, Poui

i résistance, don Gusman lui fail accroire que Za dans un combat .

Acte II. — Projet de vengeance de Zamore, Urarez rend la liberté aui prisonniers Zamore es! du nombre, lyant renc< Mon tèze, qui ne lui donne que de va pon e louchant Alzire,

Zamore conclut qu'elle est dan- l< fei . et il forme une nouvelle conjuration contre les oppresseurs de son pa;

Acte III. — Arrestation de Zamore. Un des captifs dôlivi par Alvarez demandée parler à Alzire; c'esl Zamore. Alzire lui apprend que, le croyant mori ; «'Ile vient d'épouser don < rusman. On avertit que les ennemis marchent sur la ville. Don Gusman fait arrêter Zamore et vole aux remparts.

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