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POÉSIE SATIRIQUE ET DIDACTIQUE

La satire, au moyen âge, se rencontre partout, dans les petits poèmes, les romans de chevalerie, les pièces de théâtre. Elle se donne carrière particulièrement dans le Roman du Renard, le Roman de la Rose, les fabliaux, les lais et les fables.

Roman du Renard (xi« et xm* s.).

Sujet. — Le Roman du Renard a pour sujet la guerre

Entre Renard et Y^engrin (le loup) Qui moult dura et moult fut dure.

C'est un vaste apologue où sont personnifiés la ruse, la force, tous les abus, tous les ridicules de la société féodale. La première rédaction de ce poème, auquel travaillèrent tour à tour un grand nombre d'auteurs, date peut- être du xi° siècle. Les dernières additions appartiennent à Pierre de Saint- Gloud (xme siècle), à Richard de Lison, à Jacquemard de Giellé, etc.

Résumé. — Les animaux se réunissent en cour plénière pour réformer les abus. Après avoir entendu les doléances dYsengrin, (le loup), de Tybert (le chat), de Canteclair (le coq), de Pinte (la poule), et d'une foule d'autres animaux, le roi Lion somme le principal malfaiteur de la contrée, Gorpil (le renard), seigneur de Maupertuis, de comparaître devant la cour. Les deux premiers messagers, Grosbrun (l'ours) et Tybert, en reviennent meurtris. Gorpil ne se rend qu'à la troisième sommation. Condamné à mort, il obtient encore une fois sa grâce en faisant mystère de conspiration contre le roi et de trésor caché. Mais, à peine sorti de la cour, il croque Couart (le lièvre), enlève à

Tiécelin (le corbeau) ton fromage , etc 0 ru ( Gorpil, pour qui tout est hou contre ici ennemie, men bypocri

parjure, tombe enfin iou l( i coups de la ju

|.;t |..||ir est hoilciis.: et (1.TIV0,

M.u un jour pourtant elle irrlrCi

(.1. LoistAU, Fabliaux du moyen âge.)

llonian <lc l;i llosc (xnr s.).

Le Roman de la Rose comprend deux parties, compo

quarante ans de distance : Tune dans la première moitié du xiii0 siècle, l'autre dans la seconde. GUILLAUME Dl LORRIB, en

(iàtinais, est l'auteur des quatre mille premiers vers, et Ji de Meung celui des dix -huit mille derniers. Le poème est, danson ensemble, allégorique et satirique.

Il s'agit, avec Guillaume de Lorris, de savoir si le héros du roman, — un jeune homme en quête d'une femme, — parviendra à cueillir la Rose qu'il a entrevue dans un jardin, et que défendent Dangier (refus), Peur, Malbouche (médisance). Félonie, Avarice, Jalousie, Envie, etc.

Entre les mains de Jean de Meung, « qui joignait, dit Sainte- Beuve, à la vieille malice gauloise l'humeur querelleuse et hautaine d'un libre penseur moderne, » ce roman devient une espèce d'encyclopédie remplie d'attaques injustes contre la royauté, les ordres religieux, la noblesse, la magistrature, la propriété, les vilains eux-mêmes1.

Le portrait de VEnvie et celui de Faux- Semblant sont remarquables entre tous par la justesse des traits.

VEnvie :

Ele ne regardait noient, Fors de travers en borgnoiant.

Ele avoit un mavés usage, Qu'ele ne pooit ou visage Regarder rien de plain en plain ; Ains clooit un oel par desdain ; Qu'ele fondoit d'ire et ardoit,

Elle ne regardait rien, [œil.

Sinon de travers en fermant un Elle avait un mauvais usage, C'est qu'elle ne pouvait au visage Regarder rien face à face, Mais fermait un œil par dédain ; Car elle fondait de colère et brû-

[lait,

* Au xivc siècle, Christine de Pisan et Gerson protestèrent vivement contre le Roraan de la Rose.

'histoire littéraire

Quant aucuns qu'cle rCLrardoit Esloit ou preus, ou biaus, ou

ens, Ou amés, ou loùs des gens.

Faux -semblant :

« Tu semblés estre uns sains her-

[ mites.

— C'est voir, mes ge sui ypo-

[crites...

— Tu vas preschant povreté.

— Voir mes riche sui à plenté... »

Quand quelqu'un qu'elle regardait Etait ou preu.x, ou beau, ou

. noble, Ou aimé ou loué des irens.

« TusemblesOtreun saint hermite.

— C'est vrai, mais je suis hypo-

crite...

— Tu vas prêchant la pauvreté.

— Oui, mais je suis riche en

[abondance.

Autres œuvres satiriques et didactiques. — A Côté des

ouvrages précédents se placent les fabliaux, petits récits familiers et satiriques, trop souvent licencieux, composés sur des aventures réelles ou imaginaires. Le xuie siècle en a vu éclore un grand nombre. « L'esprit des fabliaux est l'esprit gaulois, puisqu'on est convenu de désigner par ce nom une verve narquoise et goguenarde, qui semble avoir été très étrangère à l'humeur des anciens Celtes. » (P. de Julleville. )

Parmi les poètes satiriques et didactiques du moyen âge, nous devons mentionner :

Rutebeuf de Paris (xine siècle), contemporain de saint Louis, auteur de complaintes , de satires, de mystères, d'un miracle dramatique : celui de Théophile, et d'un long poème, la Vie du monde, où il déverse l'épigramme sur toutes les classes de la société, qu'il veut rendre responsable d'une indigence dont son humeur vagabonde et sa passion pour le jeu étaient les seules causes.

Le malheureux poète avait eu des amis qui l'aidèrent plus d'une fois « et moult volontiers »; mais il les a perdus, et il 9e demande avec amertume :

Que sont mi ami devenu Que j'avoie si près tenu

Et tant amé?

Je cuit, li vens les a osté,

L'amor est morte.

Ce sont ami que vens emporte, Et il ventoit devant ma porte.

Que sont mes arnis devenus Que j'avais de si près tenus

Et tant aimés?

Le vent, je crois, les a ôtés,

Leur amour est mort.

Ce sont amis que vent emporte Et il ventait devant ma porte.

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