LES ANTONINS
§ I. ÀNTONIN.
(Titus JElius Hadrianus Antoninus Pim.) 138 — 161.
Antonin était issu d'une famille gauloise. Ce n'est pas e premier empereur qu'aient fourni les provinces. La fa- Bille d'Auguste était , il est vrai , une ancienne famille jatricienne de Rome ; mais après elle étaient venus des ialiens, comme Vespasien , qui était de Réate; puis des Espagnols f comme Nerva et Trajan. Si Antonin est Gauois, Septime Sévère sera Africain; Elagabal et son succsseur viendront de la Syrie , et plus tard un Thrace , joth d'origine, siégera à Rome comme empereur. Ainsi a pourpre impériale sera tour à tour envahie par toutes les îations. L'avènement d'un Gaulois , d'un Espagnol , d'un iyrien, n'est pas seulement la satisfaction d'une ambiion personnelle ; ce fait en cache un autre plus important : es vaincus s'élèvent successivement à la hauteur des vainlueurs. C'est que les nations autrefois soumises par Rome tût perdu peu à peu leurs mœurs , leurs coutumes ; c'est [u'enûn ce que Rome devait faire se trouve accompli : le Jiaos de l'ancien monde , où s'élevaient tant de nationaités hostiles, a fait place à l'unité politique que Rome lui imposée- Ces chefs de l'empire , venus de toutes les prosont désormais étrangers au vieil esprit de Rome, et si égoïste. Déjà Trajan a étendu sur toute ilicatious réservées jadis a la populace de it à peine la capitale de l'empire; il provinces ; enfin Marcin, j'ai Rome pour isi Ton eom-
prend qu'au-dessus de la famille il y a l'humanité, andessus de la cité , le monde.
L'esprit chrétien , qui prêche l'égalité de tous les hommes devant Dieu , se montre dans plus d'une page d» livre de Marc-Àurèle. On sent que le moment approche ou le christianisme, si longtemps persécuté, va prendre enfin possession du trône impérial et de tout l'empire. Aussi eston porté à attribuer à Marc-Aurèle l'édit qui déclare citoyens romains tous les habitants libres de l'empire. Sans doute cet édit fut une mesure fiscale, car les citoyens étaient soumis à des taxes que ne payaient point les provinciaux; mais ce n'en est pas moins au fond la déclaration de l'égalité devant la loi de tous les hommes libres de l'empire. L'édit ne parle pas des esclaves, bien que les derniers princes, et surtout Adrien, aient fait beaucoup pour eux : le christianisme seul trouvera assez de force dans sa morale sublime pour attaquer cet odieux privilège sanctionné cependant par tous les philosophes païens, et pour déclarer que l'esclave a devant Dieu les mêmes droits que l'homme libre.
« Le règne d'Antonin fut sans contredit la plus heureuse période de l'empire. Ce prince trouva la république dans la meilleure situation ; il conserva dans leurs emplois , tous ceux qui y avaient été placés par Adrien. Son activité paisible fournit peu de matériaux à l'histoire, et cependant il fut peut-être l'homme du caractère le plus noble qui fût encore monté sur le trône. Quoique prince, il vécut ainsi qu'aurait pu faire un simple particulier, administrant les affaires de l'État comme les siennes propres. Il honorait le sénat, et les provinces fleurirent sous lui, parce que non-seulement il tint les gouverneurs des provinces sous une surveillance sévère, mais aussi parce qu'il s'était fait une maxime de laisser longtemps dans leur place les hommes dont il avait une fois reconnu la probité. Il maintint un ordre rigoureux dans les finances, et il n'épargna jamais rien, soit pour l'amélioration, soit pour la fondation des établissements utiles , comme le témoignent , entre autres exemples , plusieurs grands édifices et