DECIUS. , 4^S
mes, qui dominait l'autre peuple et lui imposait ses caprices. Les mœurs aussi étaient tombées dans un singulier relâchement : toutes les traditions morales et religieuses étaient oubliées; c'était l'un de ces moments de crise où le monde suspendu entre une croyance qui se meurt et une croyance qui doit naître , attend dans le doute la révolution morale qui se prépare. Decius tenta de rendre quelque* vigueur à ces esprits énervés. Le premier échec avait abattu l'insolence des légions; elles étaient comme honteuses du pouvoir qu'elles avaient exercé jusque-là , et qu'elles ne savaient pas faire respecter aux barbares. Il les soumit donc facilement aune discipline sévère, car elles sentaient bien qu'elles avaient besoin d'un triomphe pour se relever même à leurs propres yeux. Mais cela ne suffisait pas : Decius comprît que s'il n'avait à opposer que la force à la force, les barbares finiraient par triompher, et il songea à attaquer, à extirper le mal dans sa racine. Il résolut de rétablir la charge de censeur , et jeta les yeux sur Valérien, l'homme que le monde aurait choisi pour un tel emploi, s'il avait pu le choisir. Ce remède venait trop tard ; il n'était plus temps d'évoquer les vieux souvenirs de la république de Caton, et il fallait autre chose qu'un homme,. que le pouvoir discrétionnaire d'un censeur, pour ranimer l'humanité défaillante; il fallait la divine morale du christianisme.
Decius n'eut pas même le temps de réaliser son projet $ les Goths revinrent bientôt à la charge, mais cette fois ils furent repoussés partout, et les aigles romaines traversèrent victorieuses les pays au delà du Danube. Cniva, roi des Goths, pressé par les armes puissantes de son ennemi, demanda la paix, et offrit en échange tout son butin et tous ses prisonniers ; Decius refusa et voulut exterminer la race entière (250). Il les poursuivit, et enfin leur livra une sanglante bataille. Les Goths étaient rangés sur trois lignes; la troisième était couverte par un marais. Cette dernière rencontre décidait de leur sort; ils se battirent donc en désespérés. Decius, après de longs efforts, enfonce la première ligne; on vient lui annoncer que l'un de ses fils
ao.
4fW CHAPITRE XXVIII.
-ttt mort en combattant t « Ceu'est qu'un soldat de m#ins,» idifil, et furieux il^éhmce àta'téteflessfens. La seconde *gne des Gotfas lâcha pied , et déjà les Romains criaient | victoire. Restait encore la troisième. Ici la fortune changea; j entraînés par leur ardeur , les Romains se précipitèrent avec un courage héroïque dans les eaux fangeuses du * marais, pour arriver jusqu'à 4'ennemi; mais le marais était profond, et ils y restèrent presque tous frappés des flèches et de la hache des barbares. On ne trouva même pas le corps de Decius.
Ici se présente tin fait remarquable : l'armée , comme frappée de stupeur par ce terrible échec , attend en silence •qu'on lui nomme -un chef. Le sénat proclame empereur le deuxième fils de Decius, dont il honorait la mémoire. Le Jeune Hostiliaous est donc élevé sur 4e trône; mais on nomme à cet enfant un tuteur, Gallus, qui occupait dans l'armée un des premiers rangs.
5 VI- gallus.
(Ç. Trebmianus Gallus.)
Ge prince s'empresse d'éloigner les Goths au poids de l'or, et, chose inouïe ! consent à leur payer un tribut annuel. Jusqu'ici du moins Borne s'est défendue ; elle a eu peine à retenir les vastes contrées sur lesquelles se sont débordées plus d'une fois les farouches nations du Nord : aujourd'hui elle achète leur départ et paye ignominieusement sa propre honte.
La peste qui s'était déclarée sous Decius continua ses ravages; le jeune Hostilianus meurt, et le brait se répand qu'il a été enlevé par le poison. Le peuple murmure , et .tout habitué qu'il est à la servitude, il flétrit pourtant de «on blâme la paix honteuse de Galhis avec les Goths. Mmlîanus, gouverneur de Messie, qui s'était mesuré plus d'une fois avec eux sur les frontières de sa province , rassemble ses troupes, marche contre les Goths, qu'il défait dans
ptasfcmrs i«MMMftr«H et distribue À se* sDtditefmr tecfeamp 4e bataille le tribut qu'il devait, an n<m de GaHus „ $ayer il i'eiaaemi. L'armée aforeteprodamettnpereiiiyet il mm- <ebe me l'Italie. Gallus «t Vohsien., son fils, «fyù aeoourent pour lui livrer bataille , «eut vaiftttis «t tués (263).
Mais iEmillaous avait un rival bien autrement h crain» dre.. Valérien, suivi de ses légions, arrive des Gaules au secours de Gallus, dont il apprend la défaite et la mort. Les troupes le proclament empereur d'une vaix unanime; son grand caractère , ses talents, sa vertu, lui assurent rempli*, et bientôt l'armée d^Emilianus, après avoir massacré ce dernier ftrès de Spolète, vient *e featiger «eus ses étendards.
5 VIL YAUSBttW.
(P. Licinius Valerianm.)
L'élection de Valérien fut confirmée par les aèclama- \Mms du sénat et du peuple. Il avait alors «rixarte ans. Bout-étre la froideur de l'âge avafrcile éteint ses facultés à'ioeftte époque , et diminué l'éneigie çu'il lui aurait fallu dans la crise où se trouvait le mœde romain. Dechis 4m le ijliiimwinf censeur lui avait donné un exemple qu'il nés suivit pas. Au lieu de chercher quelque bras vigoureux pair flpqtoaimon pas seulement son trône, mais l'empire, H ne consulta que son affection ou sa vanité, et s'associa Gal- Uea, sua fils , jeune efféminé, dont les désordres avaient été each& par l'obscuritéde sa position. Le moment d'agir ai riva bientôt. Le Nord et l'Est étaient en feu : les barbares assiégeaient l'empire par toutes ses frontières. Lf s Francs inondaient l'Espagte et la Gaule, et déjà menaçaient l'Italie, tandis que les Alémans pénétraient jusque Jtaye&ne. En cette occasion, le sénat retrouva encore cjuelifueft germe» de ses anciennes vertus ; il leva une armée , Gt fit reculer les Alémans(256). Ceux-ci se retirèrent» avec un Jbokia immense, et l'on célébra cet éloiguement comme urçe vfctfrôe, tant Bouse était loin de ce qu'elle avait été jadfe !
A cette nouvelle, Gallien fut bien moins charmé qu'alarmé du courage des sénateurs; il craignait que l'esprit d'indé^ pendance ne les poussât à débarrasser la patrie de ses maîtres et des invasions, et par un édit il fut défendu* à tout membre du sénat de prendre aucun emploi militaire. Cette défense était inutile; vivant dans le luxe et la mollesse , pourvu qu'on leur laissât la jouissance de leurs biens, de leurs théâtres et de leurs villas îombragéesj Ils renonçaient avec plaisir aux dangereux honneurs du pouvoir.
Gallien, dit-on, fit éprouver une sanglante défaite aux Alémans près de la ville de Milan; on rapporte qu'ils étaient au nombre de trois cent mille. Sans doute un de ses lieutenants lui fit honneur de cette victoira Mais c'était par d'autres armes que Gallien cherchait à protéger l'Italie contre les invasions des Germains. Il épousa la fille d'un roi des Marcomans, tribu des Suèves. Nous avons vu Gallus payer tribut au roi des Goths ; maintenant une de leurs filles monte sur le trône , présage de l'alliance prochaine qui doit se foire entre les deux races1. Toutefois les préjugés des Romains sont encore trop enracinés pour qu'ils appellent cette union un mariage ; ils ne voient dans l'impératrice que la concubine d'un citoyen de Rome.
Revenons à l'Est. Sous Artaxerxès la monarchie des Perses s'était reconstituée de nouveau; ce prince avait renversé la maison d'Arsace et laissé le trône à Sapor son fils , dont nous avons déjà parlé plus haut. Chosroès , souverain d'Arménie, qui avait résisté dans ses montagnes avec un courage invincible pendant trente années, fût assassiné par des émissaires du monarque persan. Les satrapes d'Arménie implorèrent aussitôt le secours des Romains en faveur du jeune Tiridate son fils ; mais Rome était loin, et Sapor eut bientôt couvert l'Arménie de ses armées et englouti cet État dans son vaste royaume. Rien ne l'arrêta dans sa marche victorieuse : il s'empara de Nisibis, et répandit la terreur sur les deux bords de l'Euphrate. La perte d'une frontière importante, la ruine <Tun allié fidèle et les progrès rapides de Sapor imprimèrent à