‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 121 sur 157 · VIII. GALLIEN · texte numérisé non relu

VIII. GALLIEN

(P. Licinius Gallienus.) 259 — 268.

Gallien , qui avait supporté avec impatience la tutelle sévère de Valérien , reçut la nouvelle de sa mort avec une secrète joie et une indifférence avouée : <* Je savais , dit-il, « que mon père était mortel ; et puisqu'il s'est conduit « comme un brave, je suis content. » Pendant que Rome déplorait le sort de son souverain , les courtisans représentaient son fils comme un stoïcien et un héros. Il est difficile de se faire une idée du caractère de ce prince , qui savait se plier avec un rare bonheur à toutes les formes qu'il voulait prendre. Ainsi c'était un habile orateur, un poète élégant, un excellent cuisinier ; mais il avait peu des vertus d'un empereur. Toujours en conversation avec le philosophe Plotin , il ne pensait qu'à se faire initier aux mys-

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tères de la Grèce, ooxsolKdtaitui^^oe4w»r«é(^g^. Invasions, défaites, révoltes, il apprenait tout avec indifférence, et se contentait de demander s'il. n'y avait plis de salut pour Borne parce qu'elle «tait privée du Un de l'Egypte et du drap de la Gaule J

A une époque où le prince tenait d'une maki si lâche les rênes de l'État, il n'est pasâurprenant qu'une feule d'usurjwteurs se soient élevés dans chaqueproviuce de l'empire- <?«st alors en effet qu'arrivent ce qu'on,agpeileles trente tyrans. Cette espèce de parallèle qu'on a vtulu étaWk^ntre&w»e et la Grèce est entièrement faux; car quelle ressemblance entre ce conseil de trente personnes réuaiee pour- opprimer la seule cité d'Athènes, et la liste incertaine deûvaux indépendants qui s'élevaient et tombaient tour À tour? Il n'y «ut d'ailleurs que dix-neuf prétendante an tr^ne.: Cyriade, Ma- . crien, Balista, Odenat et Zénohîe, dans l'Est;en Gaule, Bostumus, Lollianus, Tetricus,.Maritts, Victorinus et sa mère Victoria; en lllyrie, Ingéniais* RÔgeLtianus et Àuceolue; idans le Pont, Saturninus; Trebetlianusien Isaurie, Pimn en Thessalie; en Achaôe, Valeus; ifinulianus en Egypte^, et Celsus en Afrique. On ne saurait compléter le nombre de trente qu'en ajoutant les enfants et les femmes de ceux qui furent re\êtus de la pourpre impériale.

Rechercher la vie et la mort de chacun de ces individus, serait une tâche stérile et ingrate. Nous nous contenterons *de quelques traits.

Presque tous étaient des officiers du premier nénteçpi s'étaient distingués pendant la guerre, et avaient obtenu l'estime de Valérien. Tetricuaseul était sénateur , etPtoo», noHe. Pison pouvait montrer au rang de ses ancêtres les images de Crassus et de Pompée; et ses vertus ajautaitmt m nouveau lustre à l'éclat de sa mmmm*

On peut dire que tous ces braves lieutenants de Vaurien dédaignaient de servir la luxurieuse indolence de «m fils., «t que leur trahison contre ee princeétait presque «n itete 4e patriotisme. Ajoutai fu'ils étaient poussée à Ja jrévolte par leurs craintes aussi btan que .par leur pufre ambrtron. IU reéo«taieAt la jalousie, ha «Hipçone <a»*ls

.de £rilien,rtJ**apifciaa«e >yM^ votas dela^irpre pftrk& soldats, ils u'avaifBt qu'à oamhattrepour l'empifle ou à périr delà main du beumreau^ et il valait mieux tenter la fortune de la .grarraqu* d'attacbiejm trépas sans gloire. C'était là ee qui faisait dire à Saturninus , lorsque .son camp, tout entier le saluait de«as acclamations : « Vous avez perdu un brave général , et vous « avez fait un misérable empereur. »

En effet , presque tous périrent de la main des leura on de celle de leurs rivaux. Toute cette histoire nous atteste un singulier dérèglement du pouvoir, une. dissolution pm-' chaîne de l'empire. Les parties de ce grand tout ne se tie&r jieat plus par aucun lien; ou n'y trouve plus cette communauté d'idées, de croyances, d'intérôfts»au moins, qui seule lait la force morale d'un peuple. Aussi que signifient*» alertions soudaines d'empereurs à l'occident et à Test, au sud jet au nord? Ne téraaigaent*dles pas hautement de la .haine des provinces contre la centralisation impériale , et de l'avidité des légions qui veulent toutes devenir, pour aûnsi dire, des gardes prétoriennes? Dans ce chaos ef- Jjsayant, chaeun tire de son côté; les troupes, qui seule? ont une force à elles, ne savent qu'en faire; elles, font et défont leurs chefs du jour au lendemain.

Jamais l'empire n'avait semblé ausfeiprès de se dissoudre ; il semble qu'il va se démembrer en vingt Étals. Ler . .usurpateurs se le partageront avec les barbares ; car , tas JRersesen Orient, les Germains en Occident franchissent victorieusement les frontières. Cependant l'empire échappa à cette crise. Les usurpateurs disparurent, et les barbares recalèrent. Ceux-ci n'étaient point encore préparés pour la grande invasion , ils n'attaquaient que par bandes, et non en corps de nations, comme il advint plus tard quand les Huns effrayèrent les Goths et les jetèrent sur l'empire. .D'autre part, les provinces sont tellement épuisées,, la vie politique si bienéteinte,ranciennenatiaBaHtési«ntièvement effacée, qu'elles songent uniquement , dans cet immense ich&as, a profiter du désordre pourse constituer «ftpaps mdépariants. Ettes souffrent £t se taisent, ne pwenant intérêt

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ni aux révolutions qui se succèdent les unes aux autres], ni aux maîtres que les légions leur imposent. Aussi laisserontelles tomber , sans chercher à les défendre , tous ces empereurs éphémères.

Rome, l'Italie et le sénat demeuraient toujours attachés à la cause de Gallien ; et en effet , sur quel compétiteur pouvait-on jeter les yeux , parmi tant de noms qui surgissaient de toutes les provinces ? Cependant Gallien , aux applaudissements des sénateurs, conféra le titre d'Auguste à Odénat, qui lui gardait toujours soumission (264). Odénat était l'empereur de l'Orient. Mais reprenons les faits de plus haut.

Au moment où Sapor Ier s'était emparé de Valérien , il reçut de tous les rois de l'Orient , qui n'étaient guère que ses vassaux, des présents magnifiques et de superbes éloges. Un des plus- nobles et des plus opulents sénateurs de Palmyre lui envoya un long train de chameaux chargés des plus précieuses marchandises ; il avait accompagné son offre d'une épître respectueuse, mais sans servilité. « Quel « est donc cet Odénat, dit le superbe monarque ( et il fit « jeter ses présents dans l'Euphrate ) , qui ose écrire à son « seigneur et maître ? S'il veut obtenir quelque adoucisse- « ment à sa punition, qu'il vienne se prosterner au pied « de mén trône , les mains derrière le dos ; et s'il hésite un « moment, je l'exterminerai, lui, sa race et son pays. » odénat, qui campait dans les déserts avec ses Arabes, enflamma le courage des habitants de Palmyre. Il parut devant Sapor , mais en armes, pénétra en Syrie, harcela son armée , le battit en plusieurs rencontres, et lui enleva son trésor et ses femmes. Le roi persan fut obligé de repasser l'Euphrate.

C'est ainsi que la majesté de Rome , outragée par un Perse, fat vengée par un Arabe. Odénat jeta ainsi les premiers fondements de la gloire d'un peuple qui grandissait pour de si hautes destinées; il montra ce qu'on pouvait faire avec ces hordes de l'Orient; mais pour jouer dès le troisième siècle le rôle de Mahomet, il lui manquait le mobile religieux. Il mourut et laissa le trône à Zénobk.

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