RÉSULTAT DES PROGRÈS DE L IMPOT
richesse de l'un à l'autre , et crée cette classe moyenne en laquelle réside la force des États de notre Europe et de la France surtout.
Ne soyons donc pas étonnés si les peuples n'offrirent que peu de résistance aux barbares, quand ceux-ci fran* chirent le Rhin et le Danube. « Ils appellent les barbares; disent les écrivains du quatrième et du cinquième siècle , car ils préfèrent le sort des captifs emmenés au delà du Rhin à leur condition d'hommes libres. Ils aiment mieux une liberté réelle sous une captivité apparente , que rester captifs avec le vain nom de liberté. Ce titre de citoyen romain , jadis prisé si haut , on le réprouve aujourd'hui ; on voudrait s'en dépouiller. Les barbares leur sont plus amis que les agents du fisc. Ils fuient aux ennemis pour
échapper à l'impôt Il n'y a plus qu'un seul cri parmi
le peuple romain , c'est qu'on le laisse vivre tranquille avec les barbares. »
Cependant il faut être juste, même avec l'administration impériale. Rome avait trouvé le monde divisé en mille nations inconnues, hostiles les unes aux autres, et de sa puissante main elle avait enlevé à tous ces peuples leurs nationalités, pour les renfermer dans les frontières d'un même empire. Fuis derrière les légions vinrent les légistes, • les préteurs, qui, plaçant leur tribunal dans- toutes les villes des vaincus , les forcèrent de venir bégayer la langue latine et invoquer la loi romaine pour la défense de leurs intérêts. Ainsi, des bords du Rhin à ceux de i'Euphrate, tout se trouva nivelé par Rome. On parla sa langue, on subit le joug de sa loi , on lui emprunta jusqu'àses mœuirs. Une immense unité succéda à l'infinie variété de l'ancien monde. La vie put alors circuler rapidement dans toutes les veines de ce grand corps ; la vie , mais aussi la mort.
Grâce à la conquête, les vaincus s'élevèrent peu à peu jusqu'à la civilisation des vainqueurs ; les mœurs s'adoucirent , les idées s'étendirent : les provinces, même les plus reculées, se couvrirent de routes, de monuments; les arts de la Grèce reçurent droit de cité dans les villes jadis barbares ; ainsi Autun fut surnommée la nouvelle Athè-
■es. fiai», à la faveur delHmhersaKté de la langue lattoe, k christianisme , cta-ànâire ht reKgnm de la civilisation , de la moralité, put s'étendre rapidement d'une extrémité à l'antre de l'empire. Là est te bfenftrit; là est l'immense lésuKat foi peut seul faire tablier tous les maux qu'avait eufflrainés la conquête.
* Mais les bienfaits du despotisme sont courts; il empoisonne les sources m&ae qu'il ouvre. Il ne possède , pour ainsi dire, qa'on mérite d'exception, une vertu de circonstance; et dès que sou histoire est passée, tous les vices de sa nature éclatent et pèsent de toutes parts sur la fMétév
« A mesure que l'empire, ou , pour mieu? dire , le pou* vsir de l'empereur s affaiblit ; à mesure qu'il se vît in proie à plus de dangers intérieurs et extérieurs , «es besoins devinrent plus grands et plus pressants ; il lui fallut plus d'argent, plus d'hommes, plus de moyens d'action de tout genre; il demanda davantage aux peuples, et en même temps il s'occupa moins d'eux. 14 envoyait plus de troupes sur tes frontières pour résister aux barbares , M en Mutait moins dans l'intérieur pour maintenir l'ordre. On dépensait plus d'argent à ConstantinopKe ou à Rome pour acheter des aimnaires ou satisfaire de dangereux courtisans* on en employait moins pour l'admàaistralion des provinces. Le despotisme se trouvait ainsi à la fois plus exigeant et plus faible , obligé de prendre beaucoup, et in* capable de protéger même le peu qu'il laissait1. »
, ' M- Gaizot, Histoire de la civilisation française, tom.I, p. 43 et 64
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