IL DES ANCIENS PEUPLES DE L' ITALIE
Lorsque Romulus vint s'établir sur les bords du Tibre, il ouvrit, dit Tite-Live, un asile {vêtus urbes condentium consilium). Là vinrent se réfugier des hommes de toutes races , Sabins , Étrusques , Latins , etc. ; tous les voisins de Rome contribuèrent à former sa population primitive. Cette première tradition résume l'histoire de Rome. Elle reçut de même tous les peuples conquis, les Latins après les Samnites, et, après l'Italie, tout le monde connu des anciens.
Parlons donc, avant tout, de ces anciennes populations de l'Italie , dont Rome doit plus tard former ses légions x.
L'Italie n'était ni habitée par une seule race, ni sou*
1 L'exposé rapide qui va suivre est, à l'exception de ce qui concerne les Étrusques, emprunté, en grande partie, à l'Histoire de l'État et du peuple romains, de M. Fr. Fiedler. Leipzig , 1832 , in-8°, p. 22-32.
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mise à une domination unique. Elle renfermait, au contraire, une multitude confuse de tribus différentes , ^ue des émigrations y avaient amenées du dehors. Bien que Fou sache peu de chose sur les ancien* habitants de Fltalle avant la conquête romaine, cependant toutes les» traditions relatives» à la manière dont ce pays fbt peuplé s'accordent pour nous apprendre que, à une époque fort éloignée et qu'on ne saurait' préciser, des hommes, arrivant du sud et du nord, se répandirent par grandes masses s«r ks différents points de la péninsule. Nous n'avons-sar l'origine et sur les rapports de ces peuples , atrtrefoteptrfc*. SMàts, que quelques documents épars, quelques ruines- incertaines, qui attestent encore leur splendeur. Ils ont été, surtout dans ces derniers temps, l'objet de recherches approfondies, il est vrai, mais dont les résultats sont d'autant moins d'accord , qu'il est plus difficile de réunir et de coordonner les différentes traditions qui doivent servir de base à un semblable travail. Nous nous bornerons donc aux points les plus importants '.
I. ŒNOTBIENS, PELASGES , ILLYMENS , VENETES , LIGUEES ET SIC U LES.
Les tribus qui les premières peuplèrent l'Italie, ou du moins lui apportèrent sa première civilisation , appartiennent à deux races différentes, qui peut-être dans l'origine n'en formaient qu'une seule , les Pélasges et les Illyriens. Les Pélasges arrivèrent les premiers , et couvrirent les côtes méridionales.
La pfus ancienne colonie dont le souvenir se soit conservé est, suivant Pausanias (VIII, 3,2), celle des Œnotrieas et des Peucétiens , qui, sous OEnotrus et Peucetius,
i Voyez, pour plus de détails, G. Bossi, Histoire de l'Italie et de
U fondation de Borne Gius.*Micali, l'Italie avant la domination
des Romains. Florence, 1810 ; 4 vol. in-8°; l'Histoire des anciens peuples de l'Italie, par Je même. Florence, 1832; 3 vol. u>8°.— G. Guil. H. Curtius, Deantiq»i$ItaUœineolifl,p.I. Grypiswald. 1829; in-S°, etc.buhr, Histoire romaine* 1. 1, p. 36 etsuiv. de la traduction I
DES ANCIENS WM39KB& DE L ITALIE. ]g
fils de Lycâon , partirent d'Areadie, dix-sept générations avant la guerre de Troie (1750 avant J. C), et vinrent, ave© un grand nombre d'Arcadiens et d'autre» Grecs, s'éteblir en Italie. Mais Strabon (VI, p. 25a) rejette cette feble, et regarde les Gbones et les GEnotrieas comme les premiers habitants du paya avant l'arrivée des Hellènes. Us s'appelaient aussi Péiasges. Nous trouvons des établissement» de cette- grande nation , non-seulement sur les côtes de l'Asie Mineure, dans les îles de Lemnos> d'Imbros, «te. Saooatbraee , dans le Péloponnèse , en Attique , en Thessalie, en Épire, en. Macédoine jusqu'à Strymon {Stfrorn, Stream), mais aussi, d'après des témoignages certains, en Italie sur les côtes del'Etrurie, dans la ville de 6ortone (Crestone dans Hérodote) , à Agylla ou Caeré, sur la mer Supérieure, à Ra venue, à Spma, depuis le Pô jusqu'à l'Aternus. Le Pise jusqu'à l'QEnotrie , se trouvaient des villes* pélasgiques ; beaucoup d'îles de la mer Tyrrhésienne et de la mer Adriatique étaient péiasges. Aux OËnotriens établis dans le Bruttium et dans la Lucanie, appartenaient les Chones, les Italiotes et les Morgètes. Les puissantes colonies grecques de Sybaris, de Grotone , etc. , réduisirent en servitude la plus grande partie des Péiasges de l'OEnotrie , et ceux-ci perdirent ainsi leur langue et leur nationalité.
Ces Péiasges, que Ton retrouve en Grèce, en. Italie, dans l'Asie Mineure et les Cyclades , semblent avoir été des populations agricoles et industrielles, habiles à creuser la terre pour en extraire les métaux , comme les Cyclopes de la Sicile , une de leurs tribus , qui descendaient dans leurs minesune lampe fixée au front. Cette raee industrieuse fut partout poursuivie par les races guerrières de l'antiquité. Elle disparut, sans laisser d'autres traces de son passage que d'indestructibles monuments, des canaux percé* à travers les montagnes , des murailles formées de pierres énormes, qu'une connaissance déjà très-développée des procédés de la mécanique a pu seule placer les unes sur les autres, et qui ont fait donner à ces monuments le nom de constructions oyclopéennes. Les Hellène^, qui déjà
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les avaient chassés delà Grèce, les suivirent en Italie; Diomède, Philoctète, Idoménée, descendirentdans[l'Italie méridionale. Leur établissement dans ce pays fut comme l'annonce de l'arrivée des nombreuses colonies grecques qui couvrirent cette côte de leurs cités puissantes : Sybaris, Crotone, qui armaient trois cent mille hommes l'une contre l'autre; Tarente, qui se crut l'égale de Rome; Locres, Rhegium, Gumes, et d'autres en si grand nombre, que le pays en prit le nom de grande Grèce. Les anciens habitants de la contrée furent dispersés; ils perdirent même jusqu'à leur langue, et restèrent comme esclaves des nouveaux venus, dans la Lueanieet le Bruttium. « Cette malheureuse population des Bruttii (c'est-à-dire esclaves révoltés) , descendue en grande partie des Pélasges , resta presque toujours dans la dépendance. Esclaves des Grecs , puis des Samnites Lucaniens , ils furent condamnés par Rome, en punition de leur alliance avec Annibal , à remplir à jamais des ministères servîtes auprès des consuls, à porter l'eau et couper le bois \ »
Dans la Iapygie, depuis le Siris jusqu'au mont Garganus, habitaient, 1° tes Messapiens, que Strabon divise en Salentins et Galabres, d'origine Cretoise ou illyrienne; 2° les Dauniens et les Peucétiens ou Pœdicules. Peucetius, frère d'OEnotrus , et ses frères Daunus et Iapyx % seraient, suivant la tradition , venus dans cette contrée avec des IIlyriens. Là aussi la population était pélasgique. Sur toute la côte orientale de l'Italie , on trouve des traces de peuples illy riens, depuis les Péligniens jusqu'aux Vénètes. Ces derniers étaient un peuple riche , mais peu guerrier, qui, ne pouvant se défendre contre les attaques fréquentes des Gaulois, chercha un appui sous la domination romaine. Une tradition grecque prétend qu'après la chute de Troie, Anténor, parent de Priam, vint, avee des Énètes paphlagoniens , s'établir dans ce pays. Hérodote (1, 196) appelle
1 Michelet, Hist. rom., t. I, p. 45.
2 Festus s. t. Daunu. Daunia Apulia appellatur a Dauno, Illyricœ gentis claro viro qui eam, propter âomesticam seditionem excedens patria, occupavit Voyez Heyne, Excurs. VII, ad Virg., J£n. I, 242.