II. LES FILS DE CONSTANTIN
Aussitôt après la mort de Constantin , une faction des grands excita l'armée à ne pas souffrir l'ordre établi par l'empereur défunt. D'abord les soldats déclarèrent qu'ils ne voulaient pour maîtres que les fils de Constantin. Dalmatius et Annibalianus furent arrêtés. Constance, par un serment solennel , leur promit la vie ; mais bientôt , faisant courir le bruit que Constantin avait été empoisonné par ses frères et devait être vengé , il laissa les soldats juger et massacrer ses deux cousins. Cinq autres et les deux oncles de Constance , ainsi qu'Optatus , beau-frère de Constantin , et le préfet Ablavius , furent enveloppés dans ce massacre. Gallus et Julien échappèrent seuls. Après ee meurtre, les trois fils du dernier empereur se partagèrent l'empire (il sept. 337). Constantin II, l'atné, eut la Gaule, l'Espagne et l'Angleterre; Constance, kt Thraoe et i'O-
rient; Constant, l'Italie, l'Afrique et FIHyrie occidentale.
Le roi de Perse, Sapor II, avait évité, tant que vécut Constantin, de déclarer la guerre à l'empire; mais sitôt qu'il apprit sa mort, il rompit les négociations artificieuses par lesquelles il avait arrêté les préparatifs du dernier prince, et commença les .hostilités. La mollesse et la licence des troupes chargées de la défense de l'Asie lui promettaient de faciles succès; en effet (338), il s'empara aisément des premières villes de la Mésopotamie, et assiégea Misibis. Une révolution survenue en Arménie, à la mort du vieux Tiridate, chrétien zélé et ami de l'empire, augmenta ses espérances. Les prêtres chrétiens furent chassés, et les villes ouvrirent leurs portes aux troupes de Sapor. Constance parvint, il est vrai, à rétablir Chosroès, fils de Tiridate; mais ce prince efféminé consentit, pour avoir la paix, à payer un tribut et à restituer aux Perses la riche province de l'Atropatène en Assyrie. La guerre ne cessa pas, durant tout le règne de Constance, de ravager cette province: les agiles cavaliers du roi de Perse vinrent un Jour piller jusqu'aux portes d'Antioche ; plus d'une fois aussi les années se trouvèrent en présence, et neuf fois les Romains furent vaincus. La dernière bataille, celle de Singara, faillit être gagnée par eux (348) ; mais une poursuite imprudente, à laquelle ils se laissèrent entraîner, les livra sans défense aux archers persans. Quelque brillants que fussent ces succès, les Perses se virent toujours arrêtés par leur ignorance dans l'art des sièges. Bans l'espace de douze années, ils assiégèrent trois fois Nisibis, que défendait une nombreuse population animée par les exhortations de son évêque. Peut-être le vieux roi aurait-il fini par s'en emparer, si la nécessité de défendre les frontières orientales de la Perse contre une formidable invasion des Massagètes ne l'eût contraint de courir sur les bords de l'Oxus, et de conclure avec Constance une trêve également nécessaire aux deux rois.
Constance, en effet, avait besoin de tourner toute son attention vers l'Occident. Trois ans s'étaient à peine écoulés depuis le partage de l'empire, que Constantin, mé-
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content de son lot, voulut que Constant lui cédât l'Afrique. Sur le refus qu'il essuya, il passa les Alpes, et se fit battre et tuer (mars 340) par les troupes de Constant, qui réunit à ses États ceux de son frère et périt bientôt aussi de mort violente. Son orgueil, son incapacité, encouragèrent la révolte de Magnence, qui se fit proclamer auguste. Les gardes gagnés lui prêtèrent serment. Constant voulut fuir; mais atteint au pied des Pyrénées par un corps de cavalerie, il fut massacré dans un temple (févr. 350). La Gaule et l'Italie reconnurent l'usurpateur. Les contrées guerrières de rillyrie obéissaient depuis longtemps à Vétranion, vieux général qui avait su se faire aimer par la simplicité de ses mœurs ; il promit à Constance de l'aider contre le meurtrier de son frère, et ses légions le proclamèrent luimême. Une fille de Constantin, la veuve d'Annibalianus, plaça le diadème sur la tête de Vétranion. La ressemblance de position le contraignit à faire alliance avec le nouveau maître des Gaules.
. Tel était l'état des choses, lorsque Constance obtint une trêve de Sapor. Laissant à ses lieutenants le soin de veiller sur les provinces orientales, qu'il confia bientôt à son cousin Gallus, il marcha vers l'Europe, et rencontra en Thrace les ambassadeurs de Magnence et de Vétranion. Marcellinus, l'ancien comte des largesses de Constant, et le principal auteur de la révolte de Magnence, s'était chargé de l'ambassade. Pour toute réponse, Constance mit les députés aux fers. Cependant sa position était difficile. D'abord, à l'aide de négociations artificieuses, il parvint à se rendre maître de la personne de Vétranion; puis après une comédie jouée devant l'armée, il fit proclamer par elle la déchéance du vieux général, qui fut relégué àPruse, où il vécut avec son ancienne simplicité (25 déc. 350). Par la réunion des légions dlllyrie à son armée, Constance se vit en état de continuer avec énergie la guerre contre Magnence. Les adversaires se trouvèrent en présence dans les plaines de la basse Pannonie ; pendant tout l'été de 351 , Magnence fut maître de la campagne, et son rival découragé fut contraint de demander la paix. Magnence , fier
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de son avantage , exigeait l'abdication de son rival : mieux valait pour celui-ci combattre. La défection du Franc Sylvanus, qui passa de son côté avec un corps nombreux de cavalerie, d'habiles dispositions, l'impétuosité de ses cataphractaires, lui donnèrent la victoire dans les plaines de Mursa (351). Magnence parvint à gagner l'Italie; il ne désespérait pas encore de défendre le passage des Alpes; mais la cruauté qu'il avait montrée pour apaiser la révolte de Népotien,fils d'une sœur de Constantin , qui s'était fait déclarer empereur après la mort de Constant, le sang qu'il avait versé, le massaere de tous ceux qui avaient contracté la moindre alliance avec la famille de Constantin, lui avaient aliéné l'esprit de Rome et de l'Italie. Il survécut cependant près de deux ans à sa défaite; mais désespérant enfin de pouvoir résister, il se donna la mort (353).
Pendant que Constance était ainsi occupé en Oectdent il avait fallu créer un césar pour les provinces d'Orient. Constance choisit Gallus. Gallus et son frère Julien étaient ' neveux de Constantin. Lors du massacre de la famille de l'empereur, ils avaient été soustraits à la fureur des soldats. Gallus avait alors douze ans et Julien six ; ils furent relégués en lonie , puis dans une forteresse voisine de Césarée* mais la faveur de l'empereur vint tout à coup les tirer de cette douce captivité (351). Constance, forcé de marcher vers l'Occident , revêtit de la pourpre Gallus, qui fixa sa résidence à Antioche. Gallus soutînt mal son nouveau rôle; il avait pris dans sa prison une habitude de méfiance qu'il garda sur le trône. Constance lui avait donné pour diriger sa conduite des ministres de son choix; Gallus les fit massacrer dans une sédition populaire : c'était une insulte directe au chef de l'empire. Un député, que Fempereur hrî envoya , fut plus maltraité encore. Peu après, Gallus fit déclarer les troupes et le peuple d'Antioche contre Constance; cependant il n'osa prendre le titre d'auguste, et attendit les événements. Constance effrayé rusa d'abord , et lui envoya des lettres pleines de témoignages d'amitié, puis il l'engagea à se rendre près de lui pour conférer sur leurs différends > et les terminer à l'amiable. GaHus se fia à ces
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lettres; mais quand il arriva en Paanonie, on l'arrêta an nom de Constance, on le dépouilla des insignes de sa dignité , et on renferma à Pola en Istrie, où quelque temps après il fut mis à mort (354).