S III. JULIEN
Pendant cette tragédie, Julien, le dernier des descendants de Constantin , avait été conduit à Milan , où sa vie fut plus d'une fois exposée; mais, grâce à la faveur d'Eusebia, l'épouse de Constance, Julien évita toutes les embûches qui lui furent dressées, plaida sa cause devant Constance, et fut enfin renvoyé à Athènes (355). C'était un esprit froid et enthousiaste cependant, ami des lettres, des anciens souvenirs , des temps passés, de l'ancienne république. Nourri de la lecture. d'Homère et de Platon , il avait pour eux un culte sincère, et acceptait leurs croyances; pour lui, les dieux d'Homère régnaient toujours, seulement il fallait corriger par une interprétation philosophique les crudités de la mythologie grecque : tout cela n'était qu'un symbole, et avec l'aide de Platon , l'on pouvait donner au paganisme cette moralité qui lui manquait, et avec laquelle le christianisme avait conquis le monde. Julien se rendit donc avec joie à Athènes, qui était toujours le centre littéraire de l'empire romain ; il s'y forma à l'éloquence et à ces vertus stoïciennes qu'il montra plus tard.
Cependant le moment approchait où il allait sortir de l'obscurité. Constance avait besoin d'un appui , d'un lieutenant; grâce à l'impératrice Eusebia, il fut résolu que Julien recevrait le titre de césar, et gouvernerait les contrées transalpines. Julien était alors âgé de vingt-cinq ans, il reçut la pourpre avec douleur ; et sans nier entièrement son ambition , on peut croire qu'il eut quelques regrets de quitter la vie tranquille d'Athènes. 11 fallut cependant arriver à Milan , où Constance le proclama césar devant les troupes (355). Aussitôt après la cérémonie, on l'envoya en Gaule, où la défiance de l'empereur le suivit. Autour de
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loi étaient les agents de Constance; toute sa conduite avait été tracée à l'avance, et de minutieuses instructions réglaient jusqu'au service de sa maison. Mais bientôt le jeune césar se montra un habile général et acquit une importance que Constance ne tarda pas à lui envier. Quand Julien arriva dans la Gaule, elle était impitoyablement dévastée par les Germains : quarante-cinq villes florissantes avalent été saccagées. Les barbares, regardant le pays comme conquis , s'établissaient déjà sur les bords du Rhin ; les Alémans campaient en Gaule, dans la Germanie Supérieure, et les Francs occupaient la Belgique. Toutes les villes ouvertes de la Gaule septentrionale étaient abandonnées ; ce qui restait de soldats , mal payés , sans provisions, sans armes, sans discipline, tremblait au seul nom des barbares.
Dissiper ce chaos, c'était une rude tâche pour un élève de Platon ; cependant il se mit hardiment à l'œuvre. D'abord il rappela parmi ses soldats la tempérance , la discipline et le courage, dont lui-même donnait l'exemple. Une première action contre les Alémans lui réussit mal; il fut plus heureux une seconde fois à Brocomagus1, chassa des Gaules, les Francs, les Saxons ainsi que les Alémans , et s'empara de Cologne qu'il fortifia (356); mais l'hiver le chassa des bords du Rhin, et il se retira vers Sens. La seconde campagne réussit mieux; il ne tint pas du reste à l'un des généraux de l'empereur que son lieutenant ne restât au milieu des barbares. Barbation, qui devait seconder par une puissante diversion les opérations de Julien, fit retraite tout à coup, et le laissa exposé aux efforts de sept rois barbares. Julien n'avait que treize mille soldats à opposer à leurs trente-cinq mille hommes ; mais la glorieuse bataille de Strasbourg le tira de danger et fonda sa réputation (367). Six mille Alémans furent tués, et Chnodomar , le plus brave de leurs rois , fut pris. Les provinces du haut Rhin étaient délivrées ; mai? les Francs occupaient toujours les parties inférieures du fleuve. Trois mois après la victoire de Strasbourg, Julien i en retournant dans ses
1 Brunt en Alsace.