‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 151 sur 157 · THÉODOSE · texte numérisé non relu

THÉODOSE

perdu pat son indolence et ses préférences pour ses gardes barbares. Théodose, occupé d'assurer la tranquillité de l'Orient, ne put venger son bienfaiteur, et fit avec l'usurpateur un traité de paix qui assura au moins à Valentinien II, le frère de Gratien, la préfecture d'Italie (385).

Le règne de Théodose ne fut pas moins consacré à la religion qu'à la politique : d'une part, il repoussa les Goths, et, jusqu'à sa mort, l'empire ne perdit pas une seule province; de l'autre, il écrasa l'arianisme qui attaquait l'unité religieuse de l'empire. Il est fâcheux que cette révolution religieuse n'ait pu se faire sans d'épouvantables désordres, car l'arianisme dominait avant Théodose dans l'empire d'Orient, et pour lui faire perdre cette suprématie il fallut plus d'une fois verser le sang.

Suivant tin usage assez fréquent dans la primitive Église, Théodose, quoique élevé dans la religion chrétienne, n'avait pas encore reçu le baptême lorsqu'il fut promu à l'empire. Ce fut durant la guerre des Goths qu'il se fit baptiser par l'évêque de Thessalonique. Cette cérémonie fut suivie d'un édit contre les ariens qui leur défendait de s'assembler et les traitait d'hérétiques. C'était l'annonce de la persécution. Lorsque la fin de la guerre des Golhs lui eut permis déporter ses soins vers l'administration intérieure, il se rendit à€onstantinople, qui était comme le foyer de l'arianisme, et chassa de Sainte-Sophie le patriarche Damophile, qui fut contraint de céder son siège à saint Grégoire de Naziance (380). La même révolution s'opéra bientôt partout l'empire. Sapor , général de Théodose, reçut, avec le commandement d'un corps de troupes, la commission de rendre aux orthodoxes toutes les églises occupées par les ariens. Enfin un concile général, réuni à Coostantinople dans le mois de mai de l'année 381 , condamna l'hérésie d'Arius , et confirma saint Grégoire de Naztance sur son siège. Mais le saint évéque se vit bientôt en butte à l'envie; Théodose n'eut point le courage dé le soutenir contre ceux qui contestaient la validité de son élection, et le laissa se retirer dans son obscure solitude de Cappadoce.

Des édits nombreux assurèrent l'exécution des décrets

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du concile , et la confiscation et l'exil punirent les hérétiques de toute espèce qui furent assez hardis pour prêcher leurs doctrines.

L'usurpateur Maximus poussa plus loin encore le zèle religieux. Priscillianus,évêqued'A villa, en Espagne, ayant mis en avant quelques doctrines peu orthodoxes, Maximus le fit juger, lui et ses adhérents, par un synode d'évêqnes, et ordonna l'exécution de la sentence de mort prononcée contre eux.

La cour de Milan présentait un autre spectacle : l'hérésie que Ton condamnait à Trêves et à Constantinople, était protégée à Milan. Les édits de Théodose avaient été, il est vrai, promulgués dans les États de Valentinien II, mas sa mère, l'impératrice Justine, avait fait rendre pour toutes ks provinces soumises à son iils un édit de tolérance ; toote- Jois les arfens trouvaient dans l'archevêque de MMan, saint Ambroise , un redoutable adversaire, qui imposait par sa' fermeté à l'impératrice elle-même. Justine voulut eamne Théodose recourir à la force. Les Gotfes avaient été convertis par des évêques ariens; Justine appela dans Milan on corps de ces barbares. Mais tout te peuple, qui partageait la foi de son évêque, repoussa les gardes de Justine quand ils voulurent mettre à exécution une sentence d'exil prononcée contre saint Ambroise (3&&).

Ces dissensions entre Valentinien et son peuple enhardirent Maximus à ne point se contenter de la possession des Gaules, de la Grande-Bretagne et de l'Espagne, il ambitionna aussi l'héritage du jeune Valentinien, qui ne s'occupait à Milan que de disputes théologiques, et s'empara de l'Italie. Cette fois Théodose se trouva en état de rétaàlir Valentinien; Maximus, vaincu en Pannonie, fut pris et mis à mort à Aquilée {3S8). Théodose ne prit rien poar lui-même, satisfait d'avoir renversé l'usurpateur et vengé Gratien.

La modération avec laquelle Théodose usa de sa victoire, la sagesse de ses lois, le succès de ses armes, loi méritèrent à juste titre k glorieux surnom de Grand. Amis et ennemi*, païens et chrétiens, tous ont rendu justice à ses talents

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et à ses vertus. Quoique Sorti d'un rang obscur pour monter sur le premier trône du monde , il conserva des mœurs pures, et le faste impérial ne lui fit jamais oublier qu'il était père, époux, ami; il aima les talents utiles on agréables et les récompensa toutes (es fois qu'il le put. Quelques défauts ternissaient cependant ses qualités; Théodose se laissait trop aller à la passion du moment, et la colère pouvait le rendre cruel : on le vit dans deux circonstances, lorsque les habitants d'Antioche (387) et ceux de Thessalonique (390) se soulevèrent.

Revenons aux événements politiques du règne de Théodose. Après la mort de Maximus, Théodose avait rétabli Valentlnien Ii sur le trône de Milan, en ajoutant généreusement à ses premières possessions celles de Maximus,sans rien garder pour lui que la gloire d'avoir vengé son bienfaiteur. Mais la main débile de Valentinien était incapable de défendre un si riche héritage.

Dans son expédition contre Maximus , Théodose avait été puissamment secondé par le Franc Arbogast qui, en réeempense, reçut le titre de maître général de l'armée des Gaules (388). Cette charge importante ne satisfit point l'ambition du barbare. On ne saurait dire quels étaient ses secrets desseins. Sans-doute, il ne faut pas lui attribuer le projet de renverser l'empire d'Occident au profit des barbares de la Germanie; il ne voulait, en créant un empereur, que régner lui-même sous son nom. Mais les révolutions qu'il causa n'en ont pas moins contribué puissamment à la chute de l'autorité impériale dans les provinces de l'Ouest. Il profita de sa charge pour donner tous les commandements des troupes à des Francs; tous les offices, même du gouvernement civil, furent confiés à des barbares. Valentinien se trouva comme prisonnier dans son propre palais. Cependant il se faisait encore illusion sur sa faiblesse réelle, et crut* pouvoir déjouer les desseins du barbare, en loi étant tous ses emplois. Un jour il le fit venir devant lui, le reçut, assis sur son trône, et lui annonça qu'il devait, dès ce moment, remettre à d'autres le commandement de l'armée. « Mon pouvoir, répondit Arbogast, ne dépend ni du bon

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« plaisir ni de la colère d'un prince,» et il jeta à ses pieds, avec mépris, l'édit impérial on lui était signifiée sa disgrâce. Yalentinien indigné saisit l'épée d'un de ses gardes pour tuer le comte z. Quelques jours après l'empereur fut trouvé étranglé daus son lit (392).

Arbogast ne voulut pas prendre pour lui la couronne impériale; il la mit sur la tête d'un de ses secrétaires, le rhéteur Eugène, et, pendant trois ans, Théodose n'osa attaquer ce fantôme d'empereur, défendu par l'habileté d' Arbogast et les secours des nombreux barbares que ce chef franc avait appelés auprès de lui.

La bataille qui, l'an 394, mit fin à la royauté d'En gène, ou pour mieux dire d' Arbogast, fut une véritable bataille livrée entre des barbares. Théodose avait de son côté tonte une armée de Gotfes, sous la conduite de leurs princes indigènes, Gaina, Saûl et Alaric. Les troupes d'Arbogast se composaient presque tout entières de Francs et d'Alémans.

Les Romains, les habitants de l'Italie et des provinces ne semblent plus intéressés dans les questions politiques. Us ne servent qu'à fournir l'argent dont on paye les barbares , qui seuls remplissent les emplois , les dignités , les camps , et vont bientôt démembrer un empire qui semble déjà leur appartenir. *.

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