STILICON ET GAIN A
chute du colosse. Heureusement pour Honorius, à qui l'Italie et la Gaule étaient échues en partage , il avait pour ministre, ou plutôt pour tuteur , le Vandale Stilicon qui, grâce à ses nombreuses relations avec les peuplades germaniques , les retint pour quelque temps sur les bords du Rhin. Caressant les barbares ou semant la division au milieu d'eux par d'adroites confidences , il parcourut toutes les rives du fleuve, depuis sa source jusqu'à son embouchure. Les rois alémans lui demandèrent la paix , et donnèrent leurs enfants en otage ; les Germains depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe consentirent à traiter avec lui. Les garnisons qui défendaient les frontières de la Gaule furent augmentées, les pirateries des Saxons arrêtées , deux rois francs , Marcomir et Sunnon, obligés de se soumettre. Gildon, frère du tyran Firmus, tué par le père de Théodose, avait obtenu le gouvernement de l'Afrique , et bientôt il avait usurpé dans cette province une autorité dont on n'aurait pu le dépouiller sans une guerre civile. Redoutant lés talents de Stilicon, il adressa à Arcadius l'hommage qu'il devait à la cour de Milan , et arrêta les convois qui assuraient la subsistance de Rome. Mais Stilicon lui opposa uiugénéral actif et animé du désir de venger sur le tyran deFinjures personnelles. C'était Masceldel, le propre frère de Gildon; cinq mille légionnaires suffirent pour battKe les soixantedix mille Maures de l'usurpateur , qui s'étrangla dans sa prison (398).
Ainsi les talents et l'activité de Stilicon , d'un barbare, protégeaient seuls l'empire d'Occident. Mais à Constantinople, les Gothtf étaient maîtres; leur chef, Gaina, renversait à son gré les ministres; Rufin fut massacré par lui sous les yeux d'Arcadius. Eutrope succéda à ce minis-4 tre, et éprouva bientôt le même sort. Gaina, fatigué de ces révolutions de palais, résolut d'en finir avec l'empire d'Orient. Â un jour fixé, les barbares devaient s'emparer des portes de Constantinople, et se rendre maîtres d'Arcadius. l»e complot fut heureusement découvert assez à temps pour que Gaina , trompé lui-même par la fausse sécurité de la ville impériale, en poursuivit l'exécution. Un grand nom-
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bre de barbares, surpris au moment où ils entraient dans Constantinople, furent massacres, et Gaina n'eut que la triste, satisfaction de ravager tonte ta Thrace, après quoi il se retira au delà du Danube; mate il rencontra les Huns, et périt dans une bataille contre eux (400) ".
§ IL AXABIC. — INVASION DE LA GRÈCE ET 0E i/lTAUE.
Cependant Te flot de l'invasion se dirigeait vers l'Occident. Les Visigoths, à qui Arcadids refusait le tribut annuel, voulurent se payer par leurs propres mains. Ils avaient alors à leur tête un noble chef de l'ancienne famille des Baldi , Alaric, qui était destiné à entrer le premier dans Rome. D'abord il se jeta sur la Mœsie, la Thrace et la Pannonie (395). A ses troupes était venue se joindre une foule d'Alains , de Huns et de Sarmates. Il ravagea ensuite la Grèce (396). Depuis la mer Adriatique jusqu'au Bosphore, tout fut en proie à la plus affreuse dévastation. Les plus beaux monuments des arts furent détruits. Les Goths pénétrèrent jusque dans Athènes > l'ombre d'Achille, et Minerve armée de sa puissante égide, en défendirent elles-mêmes les murs, si Non en croit l'historien Zosime. Mais les dieux du paganisme étaient impuissants contre ces barbares; les compagnons drAlaric, depuis longtemps convertis au christianisme, ne pouvaient être arrêtés par aucune crainte superstitieuse, en s'approchant des lieux habités jadis par les
1 Nous abandonnons ici l'empire d'Orient pour nous en occuper de nouveau à partir de la mort de Théodose dans notre Précis de Fliis- , taire do moyen âge , liv. m , chap. 1 . « Cet empire, dît M. Heeren , tout resserré qu'il était à cette époque, et quoique dans une situation assez peu différente de l'empire d'Occident, non-seulement subsista, mais même se soutint encore pendant un intervalle de mille ans entiers , au milieu de toutes les calamités qui , seules , auraient suffi pftur le détruire , malgré les déluges de barbare» qui l'ébranlèrent 4aas le cours du moyen âge. La situation inattaquable de la capitale, dont le sort décide ordinairement de tout dans de pareils gouverna» ments, et le despotisme, qui est souvent le dernier appui des nattons dans leur décadence, peuvent seuls expliquer jusqu'à un certain point un phénomène auquel il n'existe d'ailleurs rien de semblable dans l'histoire du monde. X
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divinités de la Grèce, dont les autels et les temples furent impitoyablement pelles et renversés. Stîlicon accourut au secours des Grecs aTec «ne puissante armée, composée des troupes de l'Occident et de l'Orient qui avaient servi sous 'les ordres de Théodose. Il rencontra les Goths dans les plaines de Thessatie, et, par des marches savantes, les enferma dans les forêts de l'Arcadie, où la faim devait bientôt les livrer sans défense au glaive des Romains. Stilicon, se croyant sûr du triomphe, crut pouvoir s'éloigner de son camp; mais tandis que les soldats, profitant de son absence, abjwdonnaient leurs postes pour aller piller les campagnes voisines, Alaric s'échappa avec son armée, et peu de jours après on apprit qu'il était maître de î'Épire. L'empereur d'Orient ne trouva pas d'autre moyen d'arrêter les ravages du Visigoth, que de lui donner la souveraineté de Flllyrie. De là le barbare apercevait l'Occident.
Ces succès le firent proclamer roi par les siens. Lorsqu'il eut été élevé sur le pavois, il se hâta d'appeler sous ses drapeaux les barbares des rives du Danube, leur promettant les dépouilles de Rome et de l'Italie. Pais il passa les Alpes (400) , et bientôt le siège d'Aquilée et Ja ruine des campagnes annoncèrent la venue des barbares. Tout fuyait devant eux. Honorius épouvanté abandonna Milan, pour se réfugier dans le ehâteau d'Asti, où il se trouva bientôt lui-même enfermé par les Visigoths. Il était près de se rendre, lorsque l'heureuse audace de Stilicon, qui se fit route à travers le camp des barbares pour s'introduire dans Asti, vint ranimer l'espoir des Romains (401). Alaric se vit peu à peu investi de tous côtés par les troupes de l'Occident , qui débouchaient successivement par tous les passages des Alpes. Ses quartiers forent resserrés, ses convois enlevés, et les Romains commencèrent avec activité une ligne de fortifications, dans laquelle l'assiégeant se trouvait luimême assiégé.
■• Alaric assembla un conseil militaire composé de chefs à la longue chevelure, de vieux guerriers enveloppés de fourrures, et dont l'aspect était rendu plus imposant par d'honorables cicatrices. Après avoir mûrement pesé s'ilsdevaient
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* préférer la gloire de persister dans leur entreprise à l'avantage de mettre leurs dépouilles en sûreté, tous opinèrent prudemment pour qu'on se retirât, tandis qu'il en était temps encore. Dans cet important débat, le roi des Visigoths releva par son exemple et ses discours la bravoure de ses compagnons. Après avoir rappelé avec énergie leurs exploits et leurs desseins, il termina en protestant solennellement qu'il trouverait en Italie un trône ou un tombeau. Alaric , après ce conseil , députa vers l'empereur pour lui demander ou de le laisser s'établir paisiblement en Italie, ou d'accepter sur-le-champ la bataille, afin de décider laquelle des deux nations céderait à l'autre cette belle contrée. Stilicon, qui attendait encore quelques troupes, engagea Honorius à céder au roi des Goths un établissement au delà des Alpes. Alaric accepta, passa le Pô, et se mit en marche vers les montagnes qui séparent les Gaules de l'Italie. Stilicon , dont toutes les forces étaient enfin réunies, le suivit, épiant l'occasion de le surprendre; il crut l'avoir trouvée près de Pollentia, où Alaric s'était arrêté pour faire reposer sa cavalerie. C'était le 29 mars 403, le jour de Pâques; les Goths ne songeaient qu'à célébrer pieusement cette grande solennité religieuse de leur foi nouvelle, lorsque Stilicon fit donner le signal de l'attaque. Les Goths croyaient commettre un sacrilège en combattant dans un jour si solennel ; aussi prirent-ils les armes moins pour vaincre que pour se défendre. Leur piété fut mal récompensée; Stilicon tailla leur infanterie en pièces, et les contraignit à lui abandonner le champ de bataille. Le pillage du camp et le massacre des barbares payèrent quelques-uns des maux dont ils avaient accablé les sujets de l'empire. Les vétérans de l'Occident s'enrichirent des dépouilles magnifiques de Corinthe et d'Argos; et réponse d'Alaric, qui attendait impatiemment les bijoux précieux et les esclaves patriciennes que lui avait promis son mari, réduite elle-même en captivité, se vit forcée d'implorer la clémence du vainqueur. Des milliers de prisonniers, échappés des chaînes des barbares, allèrent porter dans toutes les villes de l'Italie les louanges de leur libérateur. Le poète