‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 157 sur 157 · IL* HUMILIATIONS DES KOMAIWS · texte numérisé non relu

IL* HUMILIATIONS DES KOMAIWS

. L'empire romain s'était cru l'empire universel , il pensait avoir enfermé le monde dans ses frontières ; mais pendant que ses chefs, s' occupant à effacer peu à peu l'iniqBité des conquêtes de Borne , faisaient droit aux plaintes des vaincus, donnaient le droit de cité aux provinces et rétablissaient l'égalité entre toutes les parties de l'empire , les barbares auxquels Rome n'avait pas songé étaient venus aussi réclamer leur part. Rome , qui s'était déjà ouverte pour recevoir les vaincus, Grecs, Gaulois, Espagnols, Africains , Syriens , fut obligée d'admettre encore ces non-

ATUDLA. Sgg

veaux venus. Un moment elle put croire, qu'avec ces premiers barbares tout était fini : ils étaient chrétiens comme elle , et les paroles du Visigoth Atanlf la rassuraient sur les intentions de ces Germains qui s'efforçaient de bégayer la langue de Cicéron et de s'affubler de la toge romaine; mais l'Asie barbare réclame à son tour, et ses peuplades nomades, prenant avec elles, sur leur route, les Germains restés dans leur patrie , viennent se ruer de nouveau sur ce vieux monde, et augmenter cette confusion des /*»gués et des peuples d'où devait sortir le moyen âge. Ge fut le dernier coup porté à l'empire. Rome ne put survivre à ce douloureux enfantement d'un monde nouveau. Il faut voir dans les historiens contemporains par combien d'humiliations passa cette vieille reine du monde ancien, avant d'arriver au dernier moment de sa lente agonie.

Attila ne les lui épargna pas. Après une expédition contre les Perses , il entra sur un faible prétexte dans l'empire d'Orient, en 447 , à la tête d'une armée immense , et ravagea tous les pays qui s'éteudent du Pont Euxin à la mer Adriatique, sur un espace de cinq cents milles. Soixantedix villes populeuses furent brûlées. — « Nous arrivâmes, dit Priscus , à la ville de Naissus, qui avait été détruite et rasée par les ennemis : nous n'y trouvâmes aucun habitant, excepté quelques malades qui s'étaient réfugiés dans les raines des temples. Avançant de là dans des plaines désertes , nous arrivâmes près de la rivière , dont les bords étaient couverts des ossements de ceux qui avaient été tués dorant la guerre. » Sirmium , Singidunum , Ratiaria, Marefenopotis , Naissus , Sardica , etc., furent réduites en cendres. Les armées furent rappelées de toutes les frontières, de la Perse et de la Sicile ; mais ce fut pour être battues et détruites par Attifa, qui put s'avancer jusqu'aux portes de GoMtaatinopie*.

z II semble que les peuples de l'Asie septentrionale soient plus féroces que tous les antres barbares. On connaît les pyramides de têtes rheanox» élevées par Gengis-khan, aux portes de Bagdad. Après avoir wibjugjaé tentes les provinces septentrionales de la Chine, les Mongols proposèrent, dans le calme de la réflexion, d'exterminer tons les babi-

OOO CHA.PITU XXXIX.

Théodose le Jeune n'obtint la paix qu'en donnant au roi des Huns six mille livres pesant d'or , et en lui promettant un tribut annuel de deux mille livres. Depuis lors, Attila se joua de la faiblesse de l'empereur d'Orient. Il voulait que l'empereur donnât de riches héritières romaines à ceux de ses Huns qu'il lui envoyait. Tantôt il demandait qu'on lui rendit les Huns transfuges ou les esclaves romains échappés; tantôt il exigeait qu'on lui livrât quelque ministre de l'empereur, dont il était mécontent; faisant ainsi un trafic continuel de la frayeur des anciens maîtres du monde. Il disait un jour à un ambassadeur de l'empereur d'Orient: « Théodose est fils d'un père très-noble aussi bien que moi; « mais en me payant le tribut , il est déchu de sa noblesse « et est devenu mon esclave ; il n'est pas juste qu'il dresse « des embûches à son maître comme un esclave méchant.» Il s'était fait donner le titre de général des armées romaines , et disait que les généraux romains étant ses esclaves, ne devaient obéir qu'à lui.

L'empire d'Orient avait tout à craindre d'un pareil voisin ; mais quelque chose le sauva, ce fut la dévastation de ses provinces ; il y avait si longtemps que les barbares de toute race les pillaient sans cesse, qu'il restait bien peu de chose pour les derniers venus. Au contraire , la Gaule et l'Italie n'avaient point encore souffert d'invasion dévastatrice. Si les Goths , les Suèves , avaient fait beaucoup [de ruines , l'on avait déjà eu le temps d'en réparer au moins une partie. Plusieurs motifs d'ailleurs attiraient Attila vers la Gaule : le nom d'Àlaric , les conquêtes des Goths, loi faisaient ombrage. Il les appelait ses esclaves fugitif , et jurait de les poursuivre jusqu'à ce qu'il les eût soumis au joug. Genséric, le rusé roi des Vandales, l'excitait par de grands présents à attaquer les Romains et les Goths. Croyant que la femme de son fils , fille du roi des Visigoths, avait voulu l'empoisonner , il l'avait renvoyée honteusement à son père avec le nez et les oreilles coupés. Cet ou-

tants, et de convertir le pays en désert et en pâturages pour leurs troupeaux. Ce fut à grand'peine qu'un mandarin chinois parvint à détourner Gengis-khan de ce dessein.

trage devait amener la guerre entre les deux peuples ; aussi Genséric chercha-t-il à la prévenir par l'alliance d'Attila. De plus Aetius , qui employait à la défense de la Gaule une nombreuse armée de Huns et d'Àlains qui lui étaient personnellement attachés, avait placé deux colonies de ces barbares sur les territoires de Valence et d'Orléans , pour garder lès passages du Rhône et de la Loire ; mais ces barbares , ceux d'Orléans du moins, perdus au milieu de peuplades civilisées et enfermées dans des villes , appelèrent Attila. Deux chefs francs , qui se disputaient la succession de Clodion , invoquèrent aussi les secours , l'un des Romains , l'autre du roi des Huns , qui put ainsi compter qu'il lui serait facile de passer le Rhin. Lui-même mit en avant un prétexte pour envahir la Gaule. Il se déclara l'amant et le défenseur de la princesse Honoria , sœur de Valentinien III , qui lui avait autrefois envoyé son anneau, et à son entrée dans l'empire, il réclama sa main et la part à laquelle elle avait droit de prétendre dans le patrimoine impérial (450).

Ce fut vers le confluent du Rhin et du Necker qu'Attila passa le Rhin; aussitôt sa cavalerie porta le ravage dans toutes les provinces voisines. Strasbourg, Tongres, Mayence, Metz, firent ruinés, leurs habitants massacrés, et la place qu'occupait la dernière de ces villes ne fut plus indiquée que par une chapelle échappée seule à L'incendie. Justifiant le titre qu'il s'était donné de fléau de Dieu, Attila ne voulait pas que l'herbe repoussât là où son cheval avait passé.

t Aetius avait mis son espérance dans la réunion des barbares cantonnés dans la Gaule , et pour qui l'invasion de* Huns n'était pas moins redoutable que pour les Romains. Tous en effet vinrent, ralliés aux débris de l'empire, combattre les barbares de l'Asie et ceux de leurs frères qui s'étaient associés aux projets d'Attila ; les Francs , les Alains, les Rurgundes, les Saxons établis déjà à Rayeux, mais surtout les Visigoths de Toulouse, s'armèrent pour délivrer Orléans assiégé par les Huns.

Attila recula devant les forces réunies d' Aetius et des hist. rom. 26

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Visigotbs jusque dans les Champs Caiabunietis , où l'on voit encore aujourd'hui les restes du camp qu'il traça. La bataille fut acharnée; elle commença par un. combat entre un corps de Francs et les Gépides; cinquante mille bar* bares restèrent sur le champ de bataille. ( Bataille de Châ> Ions, 451.) Cependant Attila hésitait; il consultait les victimes pour connaître l'issue de la journée ; mais guette que fût la réponse des prêtres , il fallait combattre ; car il s'était avancé trop loin pour reculer sans danger devant la nombreuse armée qui voulait lui fermer la Gaule. Enfin la grande mêlée s'engagea : ce fut un combat terrible. Si l'on en croit Jbrnandès, l'historien des Goths, qui ri»«f ce récit se montre souvent partial pour les siens, un ruisseau , gonflé par le sang des morts, devint un torrent. Le roi des Visigoths resta sur le champ de bataille avec boa nombre des siens. Mais Attila , étonné de l'opiniâtre résistance qu'il avait rencontrée , recula , et , laissant la (tank aux barbares, alla se venger sur l'Italie. En effet , le printemps suivant , il passa les Alpes , prit après trois mois de jriége la ville d'Aquilée, dont la génération suivante put à peine distinguer les ruines, de même que celles d'Altium, dePadoue et de Gancordia. Viceuce, Vérone et Bcrgamt restèrent debout, mais dépeuplées et appauvries. Pavîe et Milan, plus heureuses, en furent quittes en donnant leurs richesses. Como, Turin, Modène au delà du Pô ^ eurent i aussi à souffrir de l'avide cruauté du vainqueur, qui dé* vasta ainsi toute la Lombardie. Ce fut pour échapper à ces ravages que les habitants de la V énétie s'enftiireot dam les lagunes, dans ces lies formées par tes hos-fonds du golfe Adriatique. La dominante Venise devait bie&ttt s'y élever.

Aetius, qui n'avait pu emmener au secours de l'Italie tes barbares de la Gaule vainqueurs d'Attila à ChAkms, fut réduit à négocier. L'état où était l'armée barbare contribua à faciliter le traité; les jouissances du luxe et lâcha» leur du climat avaient fait naître des maladies qui commençaient à venger l'Italie. Le pape Léon , par son éloquence persuasive, sa démarche majestueuse et ses ha-

DERNIERS EMWÎMMI** DGCCIDENT. 6o3

bits pontificaux , inspira, dit-on, au barbare une vénération dont il profita pour l'engager à se contenter de l'immense douaire de la princesse Honoria {4 52).

De retour en Germanie, à la suite d'une nouvelle expédition dans la Gaule où il fui vaincu par Thorftmond, roi des Visigoths, et par les Alaiûs, Attila mourut après un grand festin où il avait célébré de nouvelles noces (458). Les siens lui firent de splendides funérailles , et sur son tombeau tous les peuples que sa puissante main avait tenus réunis se livrèrent un sanglant combat , après lequel se trouva détruit cet immense empire des Huns. De toute» ees nations, les unes s'enfoncèrent de nouveau dans des forêts ou des steppes inconnues, tandis que les autres retournèrent à l'assaut de ce qui restait encore de retranchements romains.

DEMISES B9UNWS»» D'OCCIftHHT.

La mort d'Attila fut bientôt suivie de celle de son vainqueur ; Aetius , comme Stilicon , mourut par Tordre de celui qu'il avait sauvé* L'eunuque fléraclius, qui gouvernait Valentinien , et qui était jaloux d' Aetius, lui inspira d'injustes soupçons contre oe Jbrave général ; et un jour que celui-ci solicitait trop vivement le mariage de son fils ©audentius avec Eudoxie , fille de l'empereur , Valentinien lé frappa de son épée : c'était la première fois qu'il la tirait du fourreau. Les courtisans «'acharnèrent sur le cadavre, et le percèrent de cent eoaps. Tous ses amis furent massacré*, entre autres Boetius, préfet du prétoire (454). Du reste , ces meurtres inspirèrent aux Romains une profonde horreur pour le lâche gouvernement qui pesait wax eux-

Valentinien De survécut pas longtemps à ces crimes; ayant outragé la femme du sénateur Pétronius Maxiaras, celui-ci le fit assassiner avec Heraclius, pendant les jeux militaires célébrés au Champ de Mars , par deux gardes barbares , anciens soldats d'Aetius (455).

Pétronius Maximus, proclamé empereur , fut bientôt fatigué des soins de la puissance. Souvent il s'écriait : « 0 « fortuné Damoclès , ton règne commence et finit dans le « même repas 1 » Au bout de 'trois mois , il eut l'imprudence d'avouer à sa nouvelle femme Eudoxié qu'il avait fait assassiner son mari Valentinien ; aussitôt elle appela les Vandales, et Genséric entra victorieusement dans le Tibre; Pétronius, en se sauvant du palais, fut assailli et tué à coups de pierres par le peuple. Malgré les prières de saint Léon, les Maures et les Vandales vengèrent Carthage par le pillage et la dévastation de son antique rivale. Le Capitole , où s'étaient conservées les richesses de l'Europe et de l'Asie , devint la proie des vainqueurs. La table et le chandelier d'or à sept branches des Juifs , apportés par Titus , furent transportés en Afrique ; Eudoxie et ses deux filles emmenées captives par Genséric ; des milliers de prisonniers conduits à Carthage , où ils ne trouvèrent d'adoucissement à leurs maux que dans la charité de Deo* gratias, évêque de cette ville.

L'empire se trouvait sans chef ; alors M. Msecilius Avitus, Arverne distingué qui avait été chargé par Pétronius de protéger la Gaule, se fait proclamer, soutenu par Théodoric , roi des Visîgoths. 11 avait été autrefois le compagnon d'Aetius, et avait contribué à la défaite d'Attila. Aussi les sept provinces gauloises le reconnurent sans délai, et l'empereur d'Orient, Marcien , fut obligé d'envoyer son aveu. Le sénat de Rome seul, comme s'il avait le droit après toutes ses bassesses d'être irrité, fut indigné de voir un Gaulois empereur. Mais l'approbation de la Gaule et surtout l'appui de Théodoric lui arrachèrent son consentement.

Cependant les Suèves ravageaient l'Espagne. Les habitants de Tarragone et de Carthagène implorent le secours

DERNIERS EMPEREURS n'oCCIDENT. 6û5

d'Avitus et de Théodoric; celui-ci envoie à Reicharius, son beau-frère , rpi des Suèves , l'ordre de rentrer dans la Galice ; le barbare répondit aux messagers : « Dites à votre « maître que je méprise ses armes comme son amitié , et « que nous verrons bientôt s'il aura le courage d'attendre « mou arrivée sous les murs de Toulouse. » Théodoric stipule secrètement avec Avitus qu'il gardera toutes les conquêtes qu'il va faire, et il passe les Pyrénées accompagné d'une armée de Francs et de Bourguignons. En peu de temps Théodoric, vainqueur sur les bords del'Urium, à douze milles d'Astorga , prend Braga, capitale des Suèves, . et fait prisonnier Reicharius , qui mourut avec dignité. Le roi des Visigoths , ne trouvant plus d'obstacles, pénétra en Lusitanie jusqu'à la ville de Mérida.

Avitus ne fut pas si heureux; il s'était laissé séduire par les belles paroles du sénat, et avait fixé sa résidence à Rome. Il s'y livrait à tous les plaisirs de la voluptueuse Italie, quand le comte Ricimer, général de ses troupes barbares , Jlis de la fille de Wallia et descendant des Suèves, blessé des victoires de Théodoric , força Avitus à quitter la pourpre (456) : il lui réservait l'épiscopat de Placentia , mais le sénat le condamna à mort. Avitus périt en s'enfuyant vers la Gaule.

Un interrègne de quelques jours suivit la mort d' Avitus, et durant ce temps, l'empire fut gouverné par Ricimer, qui n'osa prendre la pourpre. Cependant Majorien , ancien ami d'Aetius , et qui commandait dans le nord de l'Italie, ayant remporté une grande victoire sur les Alémans qui avaient passé les Alpes rhétiennes , reçut du sénat, avec l'approbation de Ricimer, le titre d'empereur -(457). Dans la lettre qu'il écrivit aux pères conscrits, il .montra les meilleures intentions, et promit de joindre à l'intrépidité et aux talents militaires ceux d'un bon administrateur. Il réalisa bientôt ses promesses. Plusieurs lois sages furent publiées, et la réforme des abus commença. D'abord il remit au peuple tous les arrérages -des sommes dues au fisc. Ensuite il nomma des commissions extraordinaires pour l'imposition et pour la collecte des taxes ,

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sous la juridiction spéciale des magistrats provinciale , dont on réprima l'avidité. L'ancien et utile office de défenseur des villes fut rétabli et confié à des mains honorables. Les monuments de Borne tarent aussi préservés de la dégradation que les Romains eux-mêmes, après les barbares, tour faisaient souffrir. L'adultère fut puni de mort ou d'un exil rigoureux.

liais les soins de la paix ne lient pas oublier ceux de la guerra Les Vandales et les Maures avalait; abordé à l'embouchure du Liris. Ils fareat vaincus, et le beaurftère de Gensérie Ait trouvé parmi les morts. Avec une armée formée des plu» braves soldats d'Attila , de Gépides auxiliaires, d'OstrogrthSy de Bourguignons, de Rugiens, de Suèves et d'Alains, Majorien passe les Alpes au cœur de l'hiver ,, marchant en tête des légions , à pied et couvert de l'armure romaine, sondant avee un bâton la profondeur de la glace on de la neige , et encourageant par son exemple et ses paroles les barbares qui se plaignaient du froid. Son dessein était d'aller en Rumidle par la Gaule et l'Espagne, pour renverser la puissance des Vandales. Après une victoire remportée sur Théodoric, 11 fait alliance avec ce prince, la Gaule est soumise, lai Bagaudes cessent leurs brigandages , l'Espagne rentre sous la domination de Pemjereur ; une flotte , construite avec les bois de l'Apennin , est lancée sur la Méditerranée , et trois cents galères avec un bon nombre d'autres navires se rassemblent dans le fort de Gartbagène, d'oit elles se dirigeront sur l'Aftique*

Dégufeé en ambassadeur, Majorien va lui-même à Carthage, oà son ennemi lui parle sans le connaître. Il avait vu d'un coup d'oeil tes ressources des Vandales , et Gtn* série, étonné de l'activité danoavel empereur, commençait k craindre, qua&d Majorien trahi vit sa flotte surprise et brûlée dans le port de Garthagène. Ce malheur le force à revenir en Italie , et là r Û est assailli par les officiers cfc vite et militaires mécontents de ses réformes. Enfin ïttdmerT qui ne trouvait pas dans Majorien l'homme fteft qu'il avait espéré rencontrer, excite une sédition dans le

DERNIERS mUXEUHS D OCCIDENT. $0$

eamp de Tortone > au pkd des Alpes , et Majorie» est massacre par ses soldats (461).

Après la. mort de Majorien r le dernier empereur digne de ce nom , Ricimer présenta au sénat un candidat ai trône ; le sénat fit tout ce que le barbare voulut Ge fant&œ de prince était Libifns Severus, dont on n'a jamais su que le nom. Il ne fit rien par lui-même, et Ricimer , sous son nom, gouverna despotiquement l'Italie ,• tandis queMareellin, soldat encore attaché à la religion païenne, se faisait proclamer en Balmatie, et dominait sur l'Adriatique. Dans le même temps, le Romain iEgkkius, chéri des Gaulois?, était proclamé au delà des Alpes.

Cendant Genséric, avec ses nombreux vaisseaux, qttU commandait toujours en personne, désolait toutes les côtes «le la Méditerranée, de l'Espagne à la Phénicie. Il force Eudoxie, fille de l'impératrice captive,, à épouser son fils Hunnerie, et, dès ce moment, il fut valoir ses prêtes* tionsà L'empire d'Orient. Alors régnait à Constantinopte Léon , successeur de Martien, qui était mort en 467, après un règne assez paisible. Aspar aurait bien voulu monter lui-même sur le trône de Constantin ; mais le tribun Léon lui persuada de l'y placer, et, une fois nommé empereur, il réprima avee fermeté les insolences de son protecteur. B se montra moins hardi en face de Genséric ; il acheta la paix du barbare, qui, affectant une grande générosité, renvoya àConstantinople l'impératrice Eudoxie et Placidie sa seconde fille.

Cependant Libtus Severus était mort en 465 , et depuis cet événement Ricimer exerçait le pouvoir suprême, sans avoir pris le titre d'empereur. Sentant bien qu'il ne pourrait résister à toutes les haines qui fermentaient autour c|e Jui, il demanda un empereur à Léon; celui-ci lui enraya Amthemius, descendant de l'usurpateur Procope, et gendre de Marcien. Le choix de Léon ayant été confirmé en Italie, Anthemius entra dans Rome en triomphe (467).

Un fait singulier, mérite d'être rapporté : sous le règne de cet empereur, l'indifférence religieuse du prince encourageant les païens qui restaient encore, on vit , dans cette

Cott CHAPITRE XL.

fiome chrétienne, la ville de saint Léon, les licencieuses lopercales reparaître au milieu des rues et devant le signe «acre de la nouvelle foi. Le peuple revenait toujours avec plaisir à ses impuretés favorites, et les passions déifiées relevaient de temps en temps la tête du fond de l'abime.

L'an 468, une expédition commencée heureusement par Heraclius, préfet d'Orient, se termina misérablement par la faute de Basilicus, frère de l'impératrice Vérine, qm laissa brûler, dans le port de Garthage, sa flotte de onze eenf treize vaisseaux et prit honteusement la fuite. Marcellin qui , dans cette expédition, s'était réconcilié avec les deux empires , et avait expulsé les Vandales de la Sardaigne, se retira ensuite en Sicile, où Ricimer le fi^ assassiner par se* propres officiers.

Pendant que les forces de l'empire étaient occupées en Afrique, Théodoric, après la mort deMajorien, avait, «ans en prévenir, rompu la paix jurée, et s'était emparé de Narbonne, l'objet constant des efforts des rois visigoths; mais JSgidius défendit les Gaules jusqu'à sa mort, qui fut attribuée à Ricimer. Il sut protéger Arles contre les Vifligoths et les battit à Orléans (463). Cinq ans après, Eulie assassina son f rèra Théodoric , et lui succéda ; puis , passant les Pyrénées, il s'empara de toute l'Espagne, à llexception de la Galice. À son retour en Gaule, il s'empara de tous les pays situés entre les Pyrénées, le Rhône et la Loire. Les Bituriges et les Arvernes furent les seuls qui résistèrent. Glermont fut défendue avec intrépidité par les Arvernes, qu'excitait la valeur presque incroyable d'Ecdicius , fils de l'empereur Àvitus. Les Bourguignons vinrent au secours de l'Arvernie , qui fut sauvée. Quant à Anthemius, ce fut à peine s'il eut assez de pouvoir pour lever une petite armée de Bretons auxiliaires, sous le commandement de Riothamus , qui essaya de défendre les Bifnriges (469).

Pour comble de misère , la discorde éclata entre Ricimer et Anthemius : le barbare était deyenu gendre de l'empereur ; il fixa sa résidence à Milan, et l'Italie se trouva comme séparée en deux royaumes ; Ricimer était le roi

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du Nord et Anthemius le roi du Midi. Un moment réconciliés par saint Épiphane , évêque de Pavie, ils ne tardèrent pas à se brouiller de nouveau, et Ricimer, déclarant ouvertement qu'il ne voulait plus obéir à un prince grec, se mit en marche contre Rome , et campa aux portes de la ville. Continuant, suivant sa politique, à donner à l'une de ses créatures le titre d'empereur qu'il dédaignait pour lui-même, il le conféra , de concert avec Genséric, à un sénateur de la famille Anicienne nommé Olybrius (472). Que pouvait le faible Anthemius contre de si redoutables adversaires? Son seul espoir était dans un corps de Visigoths fidèles qui défendirent Rome pendant trois mois ; mais un jour qu'ils repoussaient les assiégeants sur le pont d'Adrien, Gelimer leur chef fut tué, et Rome fut prise, quand les Goths eurent lâché le pied. A quel abaissement est réduit cet empire, dont toute la force est désormais dans une troupe de barbares , et qui reçoit son prince d'un Suève et d'un Vandale ! Le seul nom romain qui paraisse alors dans l'histoire, c'est Olybrius, et il est devenu une épithète de mépris. Ce fantôme d'empereur monta sur le trône après la mort d'Anthemius, et Ricimer, quarante jours après , mourut de maladie presque en même temps qu'Olybrius.

Alors la cour d'Orient reprit un instant son influence ; elle donna un empereur à l'Occident. Léon fit reconnaître Julius Nepos, qui régnait en Dalraatie depuis la mort de son oncle Marcellin , et qui avait épousé une nièce de l'impératrice Vérine. Mais il tarda si longtemps à paraître en Italie, qu'un chef bourguignon , Gundobald, voulut aussi faire un empereur. Il nomma Glycerius, soldat obseurde son armée ( 473 ). Cette fois la créature du barbare eut le dessous , celle de l'empire d'Orient arriva tandis que Guiw dobald était occupé au delà des Alpes; et l'empereur d'Occident, Glycerius, devint évêque de Salone (474). La seule action notoire de Julius Nepos fut une lâcheté. Il céda aux Visigoths TArvernie, la province la plus fidèle des Gaules \ mais il n'eut pas le temps de commettre d'autres fautes : les barbares auxiliaires partent de Rome sous la conduite

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de leur général, lé patrice Oreste, et assiègent Nepos dans Ravenne. Il se sanva en Dalmatie où, au bout de cinq ans, l'ingrat Glyeerius le fit assassiner, et fat récompensé par une élévation en dignité; on le fit archevêque de Milan. Il avait là plus de puissance que sous la pourpre de Borne.

Après la fuite de Julio» Nepos, Oreste fit proclamer son fils Romulus Momyllus, surnommé Augustule, par ses barbares, Hernies, Scyrres^ Rugiens, Alain* , Turcttuges (475). Leur insolence ne connaissait point de bornes; ils demandaient impérieusement qu'on, leur partageât sans délai le tiers des terres d'Italie. Oreste rejeta leur demande avec courage; c'était donner une occasion favorable à l'ambition d'Odoacre, fils de l'ambassadeur d'Attila, Édéton. Un jour qu'Odoaere visitait saint Séverin en Myrte, il fut obligé de baisser sa haute taille pour passer sous la porte de la cellule; mais le saint devina sa fierté et aa grandeur future, il lui dit : « Poursuis ton chemin; va en Ita- « lie, tu te dépouilleras bientôt du grossier vêtement de « peau, et ta fortune sera digne de la grandeur de ta « âme. » Plein de cette espérance , Odoacre revint à la tète des confédérés et enferma le patrice dans Ravie, oè, abandonné de ses soldats, il fut tué peu de temps après. Au* gustule implora la clémence du vainqueur , qui le relégua dans la maison de campagne de Lucullus, en Campante, avec un revenu de six. mille pièces d'or (47a). Ce ftrtk dernier empereur, si l'on peut lui donner ce nom. Odoacre reçut de ses soldats le nom de roi d'Italie; mais pour ba pas exciter la jalousie , il s'abstint de la pourpre et du diadème. Il entretint des correspondances amicales avec U* non, empereur d'Orient, et régna en Italie quatorze ans, jusqu'au moment où le génie de Théodoric l'accabla et ha arracha la couronne.

- Ainsi s'éteignit l'empire d'Occident après cinq ceatsix années d'existence et quatre- vingt et un ans d'agonie depuis la mort du grand Théodose. Rome, d'abord repaire de brigands, puis reine des nations, après douze siècles de renommée et de puissance, rentra enfin dans la poussière.

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Mais tout n'est pas fini pour Borne , la ville éternelle. Si son pouvoir temporel est passé, elle trouvera une riche compensation dans l'autorité spirituelle de ses évêques. Rome restera toujours la capitale du monde chrétien :

CÀPITOLI IMMOBILE SÀXUM !

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