‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 156 sur 157 · I. INVASION DES HUNS · texte numérisé non relu

I. INVASION DES HUNS

Longtemps on a cru que les Huns n'avaient été précipités sur l'empire romain que par suite de révolutions^gtii les avaient cbassés des frontières de la Chine ; cependant il semble que si ces peuples ont jamais habité l'Asie orientale, ils en ont été repoussés de bonne heure* En effet, Ératosthène , cité par Strabon , parle des Huns conutoe d'un peuple habitant les bords de la mer Caspienne deux cents ans avant J. C. Denys le Périégète, cent soixante ans avant J. C, nomme quatre peuples qui se suivent du nord au sud sur la côte occidentale de la mer Caspienne, les Scythes, les Huns , les Caspiens, les Albaniens. Ptolémée , Moïse de Chorène fournissent les mêmes renseignements à cet égard. Ainsi se trouvent raccourcis de plus de six cents lieues les voyages des Huns, au moins depuis notre ère. Ce peuple était de race finoise. La description des traits de leur visage rappelle la figure des Kalmuks de l'empire russe. Leur manière de vivre était celle des peuplades nomades de la Tartarie. Ils ne mangeaient rien de cuit , ne connaissaient aucune espèce d'assaisonnement, et vivaient de racines

crues , ou de la chair des animaux un peu mortifiée entre la selle et le dos du cheval. Leur religion s'accordait avec leurs mœurs. « Parmi eux , dit assez naïvement Ammien Marcellin, en parlant de ces nomades, on ne voit pas de temple , pas même de chapelle ; seulement ils élèvent parfois un autel ou plutôt une pile immense de fagots , de plusieurs centaines de pieds de largeur. Au sommet , on place droite l'épée de Mars, que Ton arrose du sang des brebis, des chevaux et du centième des captifs. » Lorsqu'ils voulaient consulter le sort dans les sacrifices humains , ils abattaient l'épaule et rompaient le bras de la victime, puis ils les jetaient en l'air et tiraient leurs présages de la manière dont ces membres retombaient sur leur grossier autel.

Après leur première apparition , les Huns avaient été divisés par des querelles survenues entre leurs chefs, et ils s'étaient arrêtés entre le Danube et le Volga. Plusieurs bandes , attirées par l'espoir du butin , s'étaient rangées sous jla bannière du Goth Fritigern , ou même avaient pris •Service parmi les troupes impériales. Mais lorsque, l'an 433 y Attila succéda à son oncle Boas, les choses changèrent , et les Huns redevinrent la terreur du monde. Attila partageait le pouvoir avec son frère Bléda. De concert avec lui, il força d'abord l'empereur d'Orient, Théodose II, de payer aux Huns un tribut annuel de sept cents livres d'or. Après, plusieurs guerres faites en commun contre les peuples barbares d'origines différentes qui habitaient alors le centre de l'Europe , Attila se défit de son frère Bléda, et peu à peu se vit seul maître des Huns , des Gépides , des Ostrogoths, des Suèves , des Alains, des Quades, des Marcomans, et d'autres peuples (445).

Attila n'était pas seulement aux yeux dès Huns un grand chef, mais un ministre de leurs dieux ; c'était lui qui avait retrouvé l'épée de Mars1, et cette découverte , dit Priscus9,

1 Cette épée adorée autrefois par les rois des Scythes , comme consacrée au dieu de la guerre , avait disparu pendant plusieurs siècles. Attila rayait retrouvée enfouie dans la terre.

* Dans la description de l'ambassade dont il fut chargé auprès d'Attila par la cour de Constantinople.

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avait beaucoup ajouté à sa puissance , en lui donnant un caractère sacré. Quant aux peuples vaincus , ils te regardaient comme un grand magicien , qui avait le pouvoir d'exciter à son gré les orages, de commander aux éléments, et de faire tomber les étoiles. Pour les siens mêmes, il était un objet de respect et de terreur. Priscus nous montre le fils aîné d'Attila, roi déjà de plusieurs peuples , se tenant devant son père les yeux constamment baissés. Bans les festins, pendant qu'on servait à ses guerriers des mets de toute espèce, lui n'avait qu'un plat de bois , et ne mangeait que de la viande ; et lorsqu'ils s'égayaient aux bouffonneries des mimes, seul il conservait toujours le même visage, grave et immobile , roulant dans sa pensée de terribles desseins.

' En peu d'années, son empire s'était étendu des bords do fihin à ceux de la mer Caspienne, de la Baltique aux montagnes de la Grèce septentrionale. La Germanie avait été comme subjuguée dans cette tempête , étonnée de se trouver vaincue avant d'avoir eu , pour ainsi dire , le temps de prendre ses armes. Elle accepta sa défaite , céda à cette puissance redoutable, à ce chef qui , comme le Volga , dont H portait le nom, renversait tout devant lui dans sa course impétueuse. Ses guerriers vinrent eux-mêmes se ranger parmi les guerriers d'Attila, et la Germanie tout entière se trouva réunie une première fois sous la main d» roi des Huns.

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